Le Procès du Liseron
Lire le chapitre 15: The Locket's Secret
Les cloches sonnaient encore lorsque des pas traînards approchèrent de la cellule. Mercy, adossée au mur de pierre humide, n'avait pas fermé l'œil. Chaque vibration de bronze lui rappelait l'aube qui venait, l'examen qui l'attendait, et la promesse de Nathaniel de faire entendre la vérité. Mais la vérité semblait lourde comme le fer de ses chaînes.
La serrure grince. Une femme entre, un châle usé sur les épaules, les yeux baissés. La femme du geôlier. Elle tenait un objet enveloppé dans un linge sale.
— Je n'aurais pas dû le prendre, murmura-t-elle sans la regarder. Quand ils ont arrêté votre mère, j'ai pensé... je ne sais pas ce que j'ai pensé. Une belle chose, un bijou de femme riche. Mais ma conscience me ronge depuis.
Elle déposa le paquet sur la paille et se retira aussi vite qu'elle était venue. La porte claqua.
Mercy resta un long moment immobile, le souffle court. Le linge ouvert révéla un médaillon d'argent terni, gravé d'un entrelacs de feuilles et de tiges — du liseron, ces mêmes vrilles qui poussaient contre le mur du cimetière, à l'endroit même où le manuscrit était caché. Le médaillon de sa mère. Celui dont elle gardait le souvenir chaud contre sa poitrine lors des longues nuits de garde auprès des malades.
Ses doigts tremblaient en saisissant le bijou. Le fermoir résista, puis céda avec un déclic. À l'intérieur, là où elle avait toujours connu le portrait miniature de son père, se trouvait maintenant une fine mèche de cheveux gris et... une clé.
Pas une grande clé de porte. Une clé minuscule, délicate, ornée à sa base d'une petite rose gravée. Du travail d'orfèvre fin, trop élaboré pour une simple boîte à couture.
Une mémoire lui remonta, claire comme un matin d'hiver. Sa mère, penchée sur son ouvrage, lui montrant un médaillon presque semblable, des années auparavant.
*Cette clé, Mercy, n'ouvre pas une serrure ordinaire. Elle ouvre ce que chacun porte en lui : le secret que l'on garde pour ceux qu'on aime.*
Mais non. Sa mère avait dit autre chose. Elle avait dit — oui, c'était cela :
*Cette clé ouvre la mémoire de notre famille. Si un jour je ne suis plus là et que quelqu'un menace ce que nous avons construit, ouvre la Bible. La grande, celle avec les fermoirs de laiton. Tu trouveras ce qu'il faut.*
La Bible. Celle de la famille Hart, qui reposait dans le coffre de la maison que Mercy n'habitait plus depuis son arrestation. La maison où Patience vivait encore, pâle ombre silencieuse depuis la révélation de sa possible trahison.
Mercy referma sa main sur la clé. Son cœur battait à un rythme nouveau : celui de la certitude. Le médaillon n'avait pas été pris par le geôlier par simple cupidité — c'était le seul objet qu'elle aurait pu obtenir pour prouver ce que sa mère savait. Et sa mère savait.
Qui savait, sur Willard ? Quel secret reposait entre les pages de cette Bible ?
Un bruit de pas. Le geôlier Ezra Hopkins passa devant la cellule sans s'arrêter, mais son œil glissa vers elle. Il avait porté son message à Nathaniel. Il pouvait en porter un autre.
— Ezra, appela-t-elle d'une voix feutrée.
L'homme s'arrêta, jeta un regard dans le couloir sombre, puis s'approcha des barreaux.
— On m'a vu assez avec vous, gronda-t-il. Si Hathorne apprend—
— Hathorne n'apprendra rien, dit-elle. J'ai besoin que Nathaniel vienne. Ce soir. Avant l'aube. C'est une question de vie et de mort — la mienne, et celle de ma mère.
Ezra hésita, puis hocha brièvement la tête et disparut.
Mercy se recroquevilla contre la pierre, la clé toujours serrée dans son poing. La nuit entière s'étendait devant elle, mais pour la première fois depuis que les accusations avaient commencé, elle avait quelque chose que Willard ne possédait pas : un secret dont il ignorait l'existence.
Elle passa les heures à compter les gouttes d'eau qui suintaient du plafond, à mémoriser chaque relief de la clé sous son pouce. La rose gravée. La finesse du métal. C'était une pièce rare. Et si sa mère l'avait gardée dans son médaillon jusqu'à l'arrestation, c'est que ce secret était précieux.
Les ombres s'épaissirent, puis s'amincirent lorsque les torches du couloir furent rallumées. Un pas léger, presque imperceptible, et la silhouette voûtée de Nathaniel apparut devant sa cellule.
— Ezra dit que vous avez une nouvelle, chuchota-t-il, le souffle court. Hathorne a rejeté le registre. Ma position est affaiblie. Si vous avez quelque chose de concret...
Mercy tendit la main à travers les barreaux, la clé au creux de sa paume.
— Le médaillon de ma mère. On le lui avait confisqué, la femme du geôlier l'a rendu. À l'intérieur, cette clé.
Nathaniel plissa les yeux, l'examina de près.
— Elle est petite. Une boîte à bijoux, peut-être ? Un coffret ?
— Une Bible, murmura Mercy. Ma mère a dit : la grande Bible, celle avec les fermoirs de laiton. Il y a un compartiment secret. Ce qu'elle y a caché peut prouver le motif de Willard.
— Votre Bible est à la maison.
— Chez ma sœur, oui. Patience...
Le nom resta en suspens entre eux. La possibilité que Patience ait révélé la cachette du manuscrit pesait sur chaque syllabe.
— C'est un risque, dit Nathaniel lentement. Si votre sœur a parlé à Willard, la Bible sera surveillée. Peut-être déjà confisquée.
— Mais si elle n'a pas parlé, dit Mercy, c'est notre seule chance. Le registre de Willard, vous le tenez. Hathorne ne veut pas agir parce que la politique est contre nous. Mais une preuve du motif — une preuve écrite par ma mère, du temps où Willard a volé la formule de la fièvre à mon père — cela, aucune cour ne pourra l'ignorer.
Nathaniel hésita. Il regarda la clé, puis les yeux de Mercy dans la pénombre.
— Votre sœur est-elle encore à la maison ? demanda-t-il.
— Elle y était hier. Elle n'a pas été arrêtée.
— Et votre père est avec Willard.
Le silence s'alourdit.
— Si Patience est de son côté, dit Mercy, elle refusera de vous donner la Bible. Alors vous la prendrez de force. Il faut que vous l'ayez en votre possession avant l'aube.
Nathaniel serra la clé dans sa main gantée.
— Je vais y aller. Mais si votre sœur est loyale, je ne la violenterai pas.
— Elle est ma sœur, dit Mercy d'une voix sourde. Mais je croyais aussi que Sarah Osgood était mon amie.
Une dernière pression de ses doigts contre les barreaux, et Nathaniel s'évanouit dans l'obscurité du couloir.
Mercy resta seule, les mains vides. Dans sa tête, elle récitait la phrase que sa mère lui avait dite, encore et encore, comme une prière :
*Tu trouveras ce qu'il faut.*
Elle n'avait pas précisé quoi. Mais elle n'avait pas précisé non plus que ce secret était lié à la guerre contre les fièvres — la guerre que son père avait menée, et que Willard avait gardée pour lui.
La nuit avançait. Les cloches se turent. Et dans le silence de la prison, Mercy entendit le bruit lointain d'une porte qui s'ouvrait.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.