Le Procès du Liseron
Lire le chapitre 16: Aftermath of Revelation
La pluie s'était mise à tomber, fine et obstinée, quand Nathaniel frappa à la porte de la cellule. Mercy se leva d'un bond, les chaînes de ses poignets cliquetant contre le mur de pierre. Il était trempé jusqu'aux os, ses cheveux collés à son front, et dans ses mains il tenait une Bible à la couverture de cuir usé, gonflée d'humidité.
— Patience te l'a donnée ? demanda Mercy, la voix serrée.
Nathaniel secoua la tête en s'accroupissant devant les barreaux.
— Elle ne m'a pas laissé entrer. Elle a passé le livre par la fenêtre, sans un mot. Ses yeux étaient rouges, Mercy. Elle avait peur — ou elle pleurait. Je n'ai pas su distinguer.
Mercy ferma les yeux un instant. Sa sœur n'était pas une traîtresse, elle en était presque sûre à présent. Mais la peur pouvait faire faire à une femme des choses que la malice n'oserait jamais.
— Ouvre-la, dit-elle. Cherche le compartiment.
Nathaniel essuya la pluie de ses mains sur son manteau et déposa le livre sur ses genoux. La Bible avait appartenu à leur grand-mère maternelle, une femme que Mercy n'avait connue que vieille et silencieuse, mais dont on disait qu'elle avait guéri la moitié du comté avant que les docteurs de Boston ne viennent lui voler ses malades. Le cuir était craquelé, les pages jaunies, marquées par des générations de doigts. Nathaniel l'ouvrit avec précaution, comme s'il craignait qu'elle ne se désagrège entre ses mains.
— L'Évangile selon saint Jean, murmura-t-il. Ta mère a souligné un passage.
— Lequel ?
— « Et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira. »
Mercy sourit malgré tout. Sa mère avait toujours eu le sens de la théâtralité.
— Soulève la page. Il y a une fente sous le texte, à hauteur du verset huit.
Nathaniel glissa l'ongle sous le papier, et un léger déclic lui répondit. Il écarta la page avec précaution — le compartiment était minuscule, à peine assez grand pour contenir une enveloppe pliée en quatre. Il la sortit, la tint un instant entre ses doigts, et la porta à ses lèvres pour déchirer le sceau de cire rouge marqué d'une fleur.
— C'est le sceau de ta mère, dit-il.
— Lis-la.
Nathaniel déplia la lettre. L'écriture était serrée, nette, d'une main ferme — la main d'Elisabeth Hart avant que la maladie ne la diminue. Il tourna la page vers la lumière vacillante de la lanterne du couloir.
— « Ma chère Mercy, si tu lis ceci, c'est que je n'ai plus la force de te le dire en face. »
Sa voix était basse, posée, et Mercy s'appuya contre la pierre froide pour mieux entendre.
« Tu sais que ton père a mis au point une décoction contre les fièvres putrides, il y a près de dix ans. Ce que tu ne sais pas, c'est qu'il n'en était pas l'unique auteur. J'avais travaillé avec lui sur cette formule — c'est moi qui y ai ajouté la sauge et l'écorce de saule, pour en adoucir l'amertume et prolonger l'effet. Ton père n'a jamais voulu que cela se sache. Il disait que le monde n'était pas prêt pour une femme qui prescrit. »
Mercy sentit ses yeux picoter. Sa mère n'avait jamais parlé de cela. Elle avait toujours laissé son père prendre la lumière, comme une honnête épouse devait le faire. Mais elle avait continué à soigner, en secret, dans l'ombre des cuisines et des étables, là où les hommes ne regardaient pas.
« Un jour, le docteur Willard est venu nous voir. Il prétendait vouloir consulter ton père sur un cas difficile. Ton père, qui n'a jamais su lire la malveillance dans un sourire, lui a montré la formule. Il était si fier, tu comprends. Il voulait qu'elle serve. »
Nathaniel marqua une pause, le temps de tourner la page de la lettre. Sa mâchoire était serrée.
« Willard est reparti avec la formule, et trois semaines plus tard, il se vantait en ville d'avoir découvert un remède contre les fièvres. Il la vendait dix fois le prix de nos simples. Ton père a voulu protester, mais qui aurait cru un apothicaire contre un docteur formé à Londres ? Il a laissé tomber. Il a dit que c'était la volonté de Dieu. »
Mercy serra les poings, les chaînes lui mordant les poignets. Voler une formule à son père — c'était une chose dont Willard était capable. Mais pourquoi attendre toutes ces années pour détruire leur famille ?
« Ce que Willard ne sait pas, c'est que la formule qu'il a volée n'était pas complète. J'avais retiré la dernière plante de la liste avant de la laisser sur la table. La scrofularie, la grande digitale. Sans elle, sa décoction fonctionne pendant quelques semaines, puis le malade rechute. Il a dû s'en rendre compte, car il a cherché à acheter notre terre — il croit que ton père a planté cette plante quelque part. Il croit que le manuscrit entier est enterré avec elle. »
Mercy retint son souffle. Le manuscrit sous la haie de liserons. La terre, les plantes, le champ que Willard convoitait. Tout le puzzle s'assemblait avec une clarté brutale.
« La clé de ton médaillon, ma fille, ouvre le coffre d'apothicaire de ton père. Nous l'avons caché sous le plancher de notre chambre, dans la maison. Tu trouveras à l'intérieur la copie complète de la formule, écrite de la main de ton père. Brûle-la si tu dois. Mais ne la laisse pas tomber entre les mains de Willard. Il l'a déjà volée une fois. Il ne doit pas la posséder entière. »
La lettre se terminait par une bénédiction, puis trois mots, soulignés deux fois : « Je t'aime, Mercy. »
Nathaniel replia la lettre avec soin et la glissa dans sa poche intérieure, près de son cœur.
— La scrofularie, dit-il. C'est la plante qui pousse le long des rigoles, celles qui ont de petites fleurs violettes.
— La grande digitale aussi, répondit Mercy. C'est une plante dangereuse si on la dose mal. Ma mère avait raison de la retirer. Elle pouvait tuer autant que guérir.
— Et le coffre ?
Mercy ferma les yeux. La maison Hart. Elle n'y avait pas mis les pieds depuis son arrestation, mais elle l'avait dans la tête, tous les détails — les poutres basses, l'odeur de la cire d'abeille, les armoires qui grinçaient, la chambre de ses parents, et entre les deux poutres maîtresses, la planche qui ne tenait pas. Celle que son père avait soigneusement sciée pour dissimuler un coffre aux fermetures de laiton.
— Sous le plancher, dit-elle. Dans la chambre de mes parents. Il faut soulever la troisième planche à partir du mur, celle qui porte un nœud de bois en forme de cœur.
— J'y vais, dit Nathaniel.
— Patience est là-bas. Elle te laissera entrer ?
— Elle m'a donné la Bible. C'est un signe.
Mercy secoua la tête, un doute tenace lui tordant le ventre.
— Patience a toujours été craintive. C'est la peur qui la fait agir, pas la loyauté. Si Willard a menacé notre père pour obtenir sa coopération, elle pourrait bien nous trahir pour le sauver.
Nathaniel se releva, secoua son manteau pour en faire tomber l'eau.
— Alors je ne frapperai pas à la porte. J'entrerai par la grange. La chambre de tes parents donne sur l'appentis, n'est-ce pas ?
— Oui. Le volet de la fenêtre n'a jamais fermé correctement depuis que le gond a cédé. Mon père prétendait que c'était la charnière, mais je crois qu'il aimait l'air frais, même en hiver.
Nathaniel hocha la tête, puis s'accroupit de nouveau devant les barreaux. Il était si proche que Mercy pouvait voir les fines rides au coin de ses yeux, creusées par les nuits sans sommeil.
— Merci, murmura-t-elle.
— Ne me remercie pas encore. Attends que j'aie le coffre.
— Non. Merci d'avoir cru en cette histoire. Personne d'autre n'aurait fait ce que tu fais. Hathorne t'a renvoyé. Les Putnam te soupçonnent. Tu risques ta place, ta vie, pour une femme que tout le monde croit sorcière.
Nathaniel la regarda, et dans ses yeux il y avait une chose que Mercy n'avait pas vue depuis longtemps — une chaleur tranquille, sans peur.
— Je sais qui tu es, Mercy Hart. Ce n'est pas la ville qui me l'a dit.
Il se releva, s'enfonça dans le couloir sombre, et sa silhouette disparut dans la pluie.
Mercy resta seule dans sa cellule. Elle sortit de sa manche la feuille de belladone et la tige de liseron qu'elle avait pliées ensemble, une amulette de fortune qu'elle avait fabriquée la veille. Elle la fit tourner entre ses doigts, l'odeur âcre des plantes séchées lui rappelant la maison, sa mère, les matins d'été où elles allaient cueillir l'herbe à ladre dans les prés, avant que le monde ne devienne si étroit et si sombre.
La lettre de sa mère brûlait dans la poche de Nathaniel. Le coffre l'attendait sous le plancher. La formule entière, la preuve de la duplicité de Willard — tout cela était presque à portée de main. Mais les heures passaient, et le jour gris se levait déjà derrière la petite fenêtre de sa cellule. L'examen allait commencer, et avec lui, le procès.
Elle remit la feuille dans sa manche. Puis elle ferma les yeux, écouta la pluie, et pria pour la première fois depuis des années — non pour elle-même, mais pour que Nathaniel arrive à temps.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.