Le Procès du Liseron
Lire le chapitre 17: The Chest's Secret
L’aube n’était plus une promesse lointaine ; elle rampait déjà sous les volets de la cellule, grise et sale comme du lait caillé. Mercy se tenait contre le mur de pierre, les mains enfoncées dans les plis de sa robe, comptant les battements de son cœur. Chacun d’eux était un pas de Nathaniel sur la route de la maison Hart. Chacun d’eux, un mot de plus que Willard pourrait glisser à l’oreille de Hathorne avant que les cloches ne sonnent.
La porte grinça. Elle sursauta, la main à la poitrine, mais ce n’était que le geôlier, un homme aux yeux fatigués qui ne la regardait plus en face depuis qu’il avait rendu le médaillon. Il déposa un pain dur et une cruche d’eau sur la paille, puis s’éclipsa sans un mot. Mercy ne toucha ni l’un ni l’autre. La faim n’était plus une sensation ; c’était un état, comme l’humidité ou la peur.
Elle entendit des pas plus pressés dans le corridor, puis la voix de Nathaniel, basse et essoufflée, échangeant quelques mots avec le geôlier. Un cliquetis de clefs. La porte s’ouvrit de nouveau, et il entra, les bras chargés d’un coffre de chêne sombre, haut d’un pied et demi, cerclé de fer rouillé. Il le déposa sur la paillasse avec un soin qui contrastait avec son visage rouge d’effort.
— Personne ne m’a vu, dit-il. Patience m’a laissé entrer par la cuisine. Elle tremblait comme une feuille, mais elle ne m’a pas arrêté. Elle m’a seulement dit… que Willard était venu la veille, qu’il avait posé des questions sur le lopin derrière le cimetière.
Mercy sentit son estomac se nouer. Le manuscrit sous la clôture. Il savait.
— Elle lui a dit quoi ?
— Rien. Elle m’a juré que non. Mais elle avait peur. Pour notre père.
Mercy ferma les yeux une seconde. Le père, quelque part dans la maison de Willard, interrogé, brisé peut-être. Elle rouvrit les yeux et se pencha vers le coffre. La serrure était petite, en cuivre, ornée d’une gravure de rose — identique à celle du minuscule médaillon. Elle tira le cordon de son cou, sortit la clé minuscule, et l’inséra. Un déclic sec. Le couvercle céda.
L’intérieur sentait l’herbe sèche, la cire, le bois vieilli. Des fioles de verre épais, des sachets de toile noués avec de la ficelle, un mortier de pierre taché de vert, une balance de cuivre minuscule. Et en dessous, dans un compartiment double fond qu’elle n’aurait pas vu si sa mère ne l’avait pas un jour, un soir d’hiver, laissé entrouvert sous ses yeux d’enfant — une feuille de parchemin pliée en huit, scellée d’un ruban de soie pâle.
Mercy la sortit d’une main qui ne tremblait plus. Elle la déplia sur ses genoux. L’écriture était fine, serrée, celle d’Elisabeth Hart, tracée à l’encre de noix, datée de huit ans plus tôt.
— « Fièvre putride, commencement », lut-elle à voix basse. « Prendre écorce de saule blanc, trois doigts. Fleur de sureau, séchée à l’ombre, une poignée. Racine de gentiane, pilée. Et la petite herbe que ton père nommait la guérisseuse — l’armoise, mais pas celle des champs, celle des lisières, à la tige pourpre. Infuser dans du vin chaud, boire par gorgées, pas plus d’une tasse toutes les six heures. »
Nathaniel s’accroupit près d’elle, lisant par-dessus son épaule. Ses sourcils se froncèrent.
— C’est une recette simple. Des herbes communes, presque toutes. Pourquoi Willard tuerait sa réputation pour ça ?
— Ce n’est pas la recette qui compte. C’est la note en bas. Tu la vois ?
Il suivit son doigt. En dessous du texte principal, d’une écriture plus heurtée, presque pressée, sa mère avait ajouté : « Testé sur quatorze fiévreux. Douze rétablis en trois jours. Les deux morts étaient des vieillards pris trop tard. L’écorce doit être récoltée au printemps, avant la montée de sève. Toute autre saison, elle est inefficace. La différence tient à cela — trois semaines dans l’année. »
Nathaniel releva la tête. Un silence épais les entoura.
— Trois semaines, répéta-t-il. Personne ne sait ça. Personne ne peut copier cette recette sans tuer ses patients.
— Et Willard l’a volée, dit Mercy. Il n’avait que la version incomplète — celle qu’il avait dérobée de la poche mortuaire de mon père, sans la note. Il a dû l’essayer en hiver, avec de l’écorce sèche. Ses malades sont morts ou n’ont pas guéri. Il a conclu que la formule était fausse. Mais elle ne l’est pas. Elle est seulement saisonnière.
Elle saisit le bord du parchemin des deux mains, puis se ravisa. Le fixa, pensa. Derrière elle, les cloches de l’église n’avaient pas encore sonné, mais le ciel avait pâli d’un cran. Le jour venait.
— Il veut ce coffre, dit-elle doucement. Pas pour la justice. Pour vendre cette formule. La fièvre ravage la ville — chaque maison a un malade. Un homme qui pourrait promettre la guérison contre paiement, contre silence, contre loyauté… il n’aurait plus besoin d’accuser les autres. Il deviendrait intouchable.
— Mais il l’a déjà presque, dit Nathaniel. S’il obtient la version complète, il peut se présenter devant les juges comme seul capable de sauver Salem de la fièvre. Toute accusation contre lui tomberait.
— Oui.
Mercy replia le parchemin avec lenteur, puis le glissa dans son corsage, contre sa peau. Elle referma le coffre, tourna la clé dans la serrure, et la retira. Elle n’avait pas de meilleure cachette que les autres. Le médaillon, le coffre, la Bible — tout cela, Willard savait déjà que cela pouvait exister. Il ne savait pas que le contenu était maintenant sur elle.
— Tu vas devoir le porter toi-même, dit Nathaniel. Je ne peux pas aller devant Hathorne une seconde fois. Il m’a renvoyé comme un chien. Pour lui, je ne suis qu’un clerc qui parle trop haut.
— Je le sais.
Mercy se leva. Ses jambes la portaient à peine, mais elle marcha vers la fenêtre haute, où le jour filtrait en poussière dorée. Elle sortit la feuille de belladone et la tige de liseron de sa manche — toujours là, oubliées dans l’urgence des nuits passées. Elle les regarda un instant. Un poison. Une preuve. Une arme maladroite, mais une arme.
— Nathaniel, dit-elle sans se retourner. Il faut que tu ailles trouver le nouveau ministre.
— Le ministre ? Parris ?
— L’autre. Celui qui est arrivé après Quelles. Le jeune, celui de Boston. Il n’a pas encore pris parti dans les accusations. Il a refusé de signer la pétition contre Gilles Corey.
Nathaniel resta silencieux un moment.
— Tu crois qu’il t’écouterait ?
— Je crois qu’il est le seul à Salem qui pourrait ouvrir une porte que Hathorne a cadenassée.
Les cloches sonnèrent. Trois coups longs, espacés, qui semblaient sortir de la terre elle-même. Mercy sentit le parchemin contre sa poitrine, le poids minuscule de toute une vie de travail, de toute une vérité sur la fièvre et sur la médecine et sur l’homme qui voulait la faire taire.
La porte de la cellule s’ouvrit. Le geôlier, visage fermé, dit :
— Ils vous attendent au meetinghouse, Mercy Hart. Le magistrat Hathorne est déjà installé. On vous y emmène.
Merry ne bougea pas. Son regard alla de Nathaniel au geôlier, puis au coffre verrouillé, puis au ciel qui s’éclairait derrière les barreaux. Elle ne savait pas si le parchemin suffirait. Elle ne savait pas si le ministre voudrait la voir. Elle ne savait pas si son père respirait encore.
Mais elle savait une chose, maintenant. Willard n’avait pas besoin de la faire pendre pour gagner — il avait besoin qu’elle parle devant Hathorne de façon à se discréditer elle-même. Et il avait préparé Sarah pour cela.
Elle prit le parchemin de son corsage, le déplia, et le tendit à Nathaniel.
— Garde-le. S’ils me condamnent, brûle-le devant Hathorne. Ne le laisse pas tomber entre les mains de Willard.
Nathaniel le saisit, les jointures blanchies.
— Et toi ?
— Moi, je vais parler. Pour la première fois de ma vie, je vais faire exactement ce qu’ils attendent. Je vais dire la vérité. Et nous verrons si Salem peut la supporter.
Elle sortit de la cellule sans se retourner, le pas plus ferme qu’elle ne l’avait cru. Derrière elle, Nathaniel serrait le parchemin contre son manteau, et le coffre restait là, ouvert, vide, dans la paille grise de la cellule désormais silencieuse.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.