Le Procès du Liseron
Lire le chapitre 19: The Hunting of Mercy
La poussière du grenier se souleva en nuages dorés dans la lumière de l’aube lorsque Nathaniel poussa la porte du cottage Hart. Il n’avait pas dormi depuis deux jours. Ses mains tremblaient encore de l’adrénaline qui l’avait porté jusqu’ici, mais l’urgence était ailleurs — dans le bruit qu’il venait d’entendre en traversant le verger, un bruit de pas lourds et de voix étouffées, des hommes qui approchaient par le chemin de la rivière.
Le parchemin — la formule complète du remède contre la fièvre — était glissé dans sa chemise contre sa poitrine. Il avait cru la mettre en sécurité en la sortant de la maison avant l’aube. Mais Mercy lui avait dit où la cacher si les choses tournaient mal. Et maintenant, les choses tournaient mal — non au meetinghouse où elle comparaissait devant Hathorne, mais *ici*, dans la maison vide de ses parents, où Willard envoyait ses hommes détruire ce qu’ils croyaient encore y trouver.
Nathaniel parcourut la pièce du regard. Le plancher était propre. Les meubles dégagés. Mais une armoire trop lourde avait été déplacée sur le côté, révélant une ouverture fraîchement découpée dans le bois. Le coffre d’apothicaire. Les hommes de Willard ne pouvaient pas savoir qu’il était vide.
Un craquement sur la véranda. Nathaniel n’eut pas le temps de se retourner.
Le premier coup le frappa entre les omoplates, le projetant contre l’étagère aux herbiers. Les bocaux de verre s’écrasèrent autour de lui dans une pluie d’éclats et de feuilles séchées. Il tenta de rouler sur le côté, mais une botte s’écrasa sur sa main droite, lui arrachant un cri de douleur. Le second homme — un colosse qu’il reconnut comme le boucher du village, un dénommé Pratt — le souleva par le collet et le plaqua contre le mur.
— Où est le coffre ? demanda Pratt, son haleine chargée de bière aigre.
— Quel coffre ? cracha Nathaniel.
Le deuxième coup de poing lui fit voir des étoiles blanches. Sa lèvre éclata. Le goût du sang emplit sa bouche. Il sentit le parchemin crisser contre son torse sous la pression des coups, chaque impact lui rappelant l’enjeu — la vie de Mercy, la preuve qui pouvait la sauver, et qui ne devait pas être détruite.
— Je sais pas de quoi vous parlez, répéta-t-il.
— Le docteur Willard sait que la sorcière a un coffre caché sous le plancher. Nous sommes venus le chercher. Dis-nous où il est et nous te laisserons la vie.
Nathaniel rit — un son rauque, presque hystérique, teinté de sang et de défi. Pratt le frappa à nouveau, au ventre cette fois. L’air fuit ses poumons dans un sifflement. Le monde se brouilla. Dans le vacarme, il entendit le troisième homme fouiller le grenier, renverser des caisses, jurer. Ils ne trouveraient rien. Mais sa main droite était broyée, sa vision se troublait, et le parchemin dans sa chemise était là, minuscule, brûlant à chaque battement de son cœur.
Il fallait qu’il survive.
---
Au meetinghouse, la lumière du matin filtrait par les fenêtres hautes, créant des colonnes de poussière dansantes qui faisaient ressembler l’assemblée à une église en ruine. Le juge Hathorne trônait derrière une table massive, son visage taillé dans la pierre, tandis que le révérend Parris et deux autres magistrats s’installaient de part et d’autre. La foule des dignitaires murmurait comme un ruisseau d’hiver.
Mercy se tenait debout au centre de la nef, les poignets entravés de corde. Elle avait glissé la feuille de belladone et la tige de liseron dans la couture de sa manche avant de quitter sa cellule. Elles tintaient contre son poignet à chaque mouvement. Une arme minuscule dans cette salle immense où les visages étaient tous hostiles ou indifférents.
On avait appelé les témoins. Les deux premières, des femmes du village qui juraient avoir vu des fantômes rôder autour de sa fenêtre la nuit de la mort du bébé Porter. Mercy les écoutait avec la moitié d’une attention — l’autre moitié cherchait désespérément le visage de Nathaniel parmi la foule. Il avait promis de revenir avec le ministre avant le jugement. Il n’était pas là.
Son père était entré quelques minutes plus tôt, escorté par deux gardes de Willard, le visage marqué de fatigue mais les yeux vifs. Il lui lança un regard chargé de sens, puis détourna la tête. Elle vit ses lèvres former un mot silencieux : *Patience*. Sa sœur était toujours emprisonnée. Le père d’Ezekiel Hart était un homme brisé, plié mais non rompu.
Sarah leva la main au moment où Hathorne l’appela à témoigner. Elle s’avança, pâle comme de la craie, les yeux écarquillés de la peur de quelqu’un qui s’est répété un rôle jusqu’à y croire.
— Mademoiselle Hart, commença Hathorne, vous avez accusé Mercy Hart de vous avoir envoûtée. Racontez-nous.
Sarah passa la main sur sa poitrine, théâtrale.
— Il y a trois semaines, j’ai trouvé une poupée de chiffon sur mon seuil. Elle était percée d’aiguilles. Depuis cette nuit, je souffre de douleurs atroces dans l’abdomen. Et la nuit dernière, j’ai rêvé. J’ai rêvé que Mercy me murmurait à l’oreille de me taire — de ne jamais parler de ce que j’avais vu chez elle. Le lendemain matin, mes mains étaient en sang.
La foule réagit par un soupir collectif. Mercy ferma les yeux un instant. Sarah avait été son amie. Elles avaient cueilli des simples ensemble, ri en cachette des sermons du révérend. Cette fille-là n’était plus la même. Ou peut-être, songea Mercy, cette fille-là n’avait jamais existé. L’amitié n’était qu’un camouflage pour quelqu’un qui voulait obtenir quelque chose qu’elle n’avait jamais cessé de convoiter.
— Vous mentez, dit Mercy, la voix claire et dure.
Hathorne souleva un sourcil.
— Vous pouvez vous défendre après la déposition. N’interrompez pas le témoin.
Mercy ignora sa semonce.
— Sarah, regarde-moi. Tu sais que la poupée de chiffon à laquelle tu fais référence a été retrouvée dans ton propre jardin la semaine dernière — par moi. C’est moi qui l’ai trouvée et montrée au révérend. Tu ne l’as jamais vue avant qu’on te la montre. Alors explique-nous comment tu peux prétendre avoir été envoûtée par quelque chose que tu n’as jamais vu toi-même.
Un silence. Sarah vacilla. Dans la foule, quelqu’un changea de posture — un homme, visage dissimulé sous un chapeau de feutre, que Mercy reconnut comme un des hommes de Willard. Il fit un signe imperceptible. Sarah serra les mâchoires.
— Je… je l’ai vue. Je l’ai vue dans un rêve. Une vision envoyée par le diable.
Mercy soupira intérieurement. Le mensonge avait changé de forme mais restait pernicieux. Le compte rendu venait de s’épaissir d’une couche de ruse — un rêve peut tout justifier dans ces procédures.
— Hathorne, je vous en prie — ajouta-t-elle en se tournant vers le juge — vous savez que les rêves ne sont pas des preuves. La loi exige des actes visibles dans ce monde.
Une rumeur parcourut l’assistance. Quelqu’un dans la foule cria « Sorcière ! Qui a trouvé la poupée ? » Hathorne leva la main pour faire taire la salle.
— Nous entendrons d’autres témoins. Faites monter le père de l’accusée.
Le père de Mercy. Il s’avança, escorté par les gardes de Willard. Son regard croisa celui de sa fille, puis se posa brièvement sur la porte du fond, comme pour vérifier si quelqu’un allait entrer. Nathaniel n’était toujours pas là.
— Ezekiel Hart, dit Hathorne. Votre fille administrait des potions aux malades. Est-il vrai qu’elle possédait des herbes interdites ?
Ezekiel prit une longue inspiration. Mercy vit les muscles de sa mâchoire se contracter. Ses mains étaient liées devant lui, les doigts écorchés — ils l’avaient interrogé, peut-être torturé. Il leva les yeux. Il savait. Il savait ce que faisait sa fille. Il savait pourquoi elle faisait cela. Et dans son regard, elle lut l’absolution et l’angoisse.
— Ma fille est une guérisseuse, répondit-il d’une voix éraillée. Une apprentie sage-femme. Elle n’a jamais fait de mal…
Un bruit à la porte. Le battant s’ouvrit à la volée, et le silence retomba tandis qu’un homme ensanglanté, vêtu de vêtements déchirés, s’effondra sur les pavés.
C’était Nathaniel.
Le parchemin était toujours serré dans sa main droite brisée.
— Le coffre est vide, haleta-t-il à l’attention de Mercy, avant de glisser un regard vers Hathorne. Willard a envoyé des hommes chez vous. Ils ont trouvé le coffre… et l’ont brûlé. Mais j’avais pris la formule avant. Elle est ici, ajouta-t-il en brandissant le rouleau ensanglanté. Brûlez-moi si vous voulez, juge, mais d’abord lisez ceci. Lisez comment Willard a obscurci sa science pour vous servir votre propre poison.
Hathorne se figea. Les murmures reprirent de force. Les gardes se précipitèrent vers Nathaniel, mais Mercy se dressa entre eux et lui. Sa manche déchira brusquement, la feuille de belladone et la tige de liseron tombèrent sur le sol dans un tintement sec.
Elle avait cessé de se sentir désarmée.
— Lisez la formule, Hathorne, dit-elle. Lisez ce que votre médecin a volé, et demandez-vous qui a envoyé ses hommes brûler le coffre d’une femme accusée. Vous nous croyez encore, vous, en train de lui faire ce procès ? Vous êtes en train de juger un remède.
Le silence dans la salle était si épais qu’on entendait quelqu’un éternuer dans la rue.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.