Le Procès du Liseron
Lire le chapitre 20: The Trial's Eve
La cellule sentait la paille pourrie et la peur. Dehors, le vent de mai sifflait entre les planches mal jointes, portant avec lui l'odeur des pommiers en fleur — une ironie cruelle que Mercy aurait savourée en d'autres temps. Elle n'avait pas dormi. Comment l'aurait-elle pu ?
Nathaniel était adossé au mur, sa main bandée posée sur ses genoux. La lueur de la chandelle, maigre et tremblotante, sculptait son visage fatigué. Son œil droit avait viré au violet, et sa lèvre fendue s'était recouverte d'une croûte sombre. Pourtant, il tenait encore le rouleau de parchemin — la formule complète de son père, sauvée de justesse.
— Tu devrais te reposer, dit Mercy doucement.
— Je me reposerai quand tu seras libre.
Elle secoua la tête, mais un sourire fragile ourla ses lèvres. Depuis combien de temps n'avait-elle pas souri sans amertume ? Elle ne se souvenait plus.
La porte grinça. Le geôlier Bibber apparut, son visage bouffi éclairé par sa lanterne. Il tenait un bol de bouillon dont la vapeur montait en volutes paresseuses.
— Pour la demoiselle, marmonna-t-il en posant le bol sur le rebord. Et pour vous, ajouta-t-il en tendant à Nathaniel un morceau de pain noir.
Nathaniel prit le pain avec sa main valide, hochant la tête en silence. Le geôlier hésita, puis baissa la voix :
— La petite Putnam est au lit. La fièvre l'a prise hier soir. Sa mère a envoyé chercher le docteur Willard, mais il n'a pas pu la calmer.
Mercy se figea. Ruth ? Ruth Putnam, la seule des filles qui avait montré des remords — celle qui avait hésité pendant son témoignage, celle dont le regard avait vacillé quand Mercy avait parlé de belladone. Si Ruth mourait, si elle mourait avant de pouvoir se rétracter...
— Abigail aussi ? demanda-t-elle, sa voix tendue comme une corde d'arbalète.
— Abigail Williams est clouée au lit depuis l'aube. On dit qu'elle délire, qu'elle parle de serpents et d'ombres qui lui griffent le ventre.
Nathaniel échangea un regard avec Mercy. Le même cauchemar se dessinait dans leurs yeux.
— La même fièvre que l'automne dernier ? demanda-t-il.
— C'est ce que dit sa mère. Le docteur Willard a saigné la petite Ruth, mais elle ne va pas mieux.
Mercy se leva d'un bond, arpentant la cellule exiguë. Trois pas, demi-tour. Trois pas, demi-tour. Ses pensées galopaient plus vite encore.
— Il faut la voir, dit-elle. Il faut que je la voie avant le procès.
— Tu ne peux pas sortir d'ici, objecta Nathaniel en se levant à son tour.
— Alors c'est toi qui iras.
— Moi ? Chez les Putnam ? Après ce que Willard m'a fait à la maison Hart, tu veux que je m'expose encore ?
— Ruth a besoin de la formule. Si la fièvre est la même que celle qui a tué mon père et douze autres villageois l'automne dernier, elle mourra avant demain — et avec elle notre unique témoin.
Bibber, qui n'avait pas quitté le seuil, toussota.
— J'ai une fille qui travaille chez les Putnam, dit-il. Elle pourrait porter un message, si vous le souhaitez.
Mercy s'arrêta net. Elle dévisagea le geôlier — cet homme qui avait fermé les yeux lorsque sa femme lui avait glissé le médaillon de sa mère, qui avait détourné le regard tandis que les gardes la bousculaient. Mais dans ses yeux bouffis, elle vit autre chose : la lassitude d'un homme qui en avait assez d'être du mauvais côté.
— Vous le feriez ? demanda-t-elle.
— J'ai vu trop de morts, mademoiselle Hart. Bien trop. Et si votre remède... ce que je veux dire, c'est que j'ai entendu parler de ce que votre père faisait. Ma propre sœur a été sauvée par lui, il y a des années. La dysenterie. Ce n'est pas juste que sa fille soit ici.
Nathaniel s'approcha de Mercy, baissant la voix :
— C'est peut-être un piège. Willard a des hommes partout.
— Et si c'est le cas, nous n'avons rien à perdre. Sans Ruth, le procès est perdu d'avance. Hathorne a déjà vu les preuves de sorcellerie — la belladone, le lierre grimpant que les filles ont vomi. Il croit que nous sommes des instruments du diable. Il nous faut une voix vivante, une voix qui parle depuis l'intérieur du cercle des accusatrices.
Elle se tourna vers Bibber :
— Ma formule complète. Je vais vous la donner. Mais vous devez jurer que votre fille la remettra entre les mains de Ruth Putnam elle-même, et que Ruth saura qu'elle vient de moi. Elle comprendra. Elle sait ce que c'est que la peur.
— Je jure sur la tombe de ma mère, dit Bibber.
Mercy tendit la main vers Nathaniel. Il hésita, puis déroula le parchemin. Dans la lumière chancelante, l'écriture fine de son père recouvrait la page — des croquis de plantes, des mesures précises, des annotations dans une langue proche du latin. La connaissance d'un homme qui avait donné sa vie pour cette formule incomplète qui avait révélé sa puissance jusque dans sa version tronquée.
— Il faudra préparer la décoction exactement comme c'est indiqué là, dit Mercy en montrant un passage. La racine de gentiane doit être pilée à froid, jamais chauffée directement. L'écorce de saule doit venir d'un arbre de moins de trois ans. Si on se trompe, la fièvre empire.
Bibber plia le parchemin avec précaution, le glissant sous sa chemise.
— Je le ferai porter avant l'aube.
Il sortit, refermant la porte derrière lui. Le silence retomba, plus lourd qu'avant.
Nathaniel s'adossa de nouveau contre le mur, son visage marqué par la douleur et l'inquiétude.
— Et si elle meurt quand même ? dit-il. Si le remède arrive trop tard ?
Mercy serra ses bras autour d'elle. La nuit était froide, malgré le printemps. Froide comme la mort qui rôdait dans les rues de Salem.
— Alors nous irons au procès avec ce que nous avons. La formule. La lettre de ma mère.
— Une lettre qui accuse Willard d'un vol, mais qui ne prouve pas qu'il manipule les filles.
— Et la main de mon père, ajouta Mercy. Il a témoigné aujourd'hui, mais il était sous contrainte. S'il se rétracte...
— Il ne se rétractera pas tant que Willard le tient. Tu le sais.
Mercy ferma les yeux. Elle revoyait son père dans la salle de l'audience, les épaules voûtées, la voix tremblante. Il avait dit la vérité — qu'il avait vu sa fille préparer des remèdes, conserver des plantes étranges, posséder des livres qu'elle ne lui avait jamais montrés. Mais il avait tronqué, atténué, transformé la vérité en arme contre elle. Par peur. Par amour mal placé.
— Il y a autre chose, dit soudain Nathaniel. Quelque chose que tu dois savoir.
Elle ouvrit les yeux, alertée par le ton de sa voix.
— Quand j'ai quitté la maison Hart, après que les hommes de Willard m'ont attaqué, j'ai vu quelque chose tomber de la poche de l'un d'eux. Une petite clé de fer, rongée par la rouille. J'ai mis du temps à comprendre ce que c'était.
Il sortit de sa poche un objet qu'elle n'avait pas remarqué — une clé courte, trapue, dont le panneton avait la forme d'une couronne brisée.
— Le cimetière, murmura Mercy. La cachette de Willard.
— Il avait la clé de sa propre cachette, mais il n'a pas pensé à la récupérer sur son homme avant de partir. Je m'en souviens maintenant — c'était la même que celle que j'ai vue à la ceinture de son valet quand ils ont brûlé le coffre vide.
Mercy saisit la clé, la tournant entre ses doigts. Une idée naissait, fragile et dangereuse.
— Le procès a lieu demain à midi, dit-elle lentement. Hathorne lira la lettre de Willard au tribunal, ou il ne la lira pas. Mais Willard croit que sa cachette est toujours secrète.
— Que veux-tu dire ?
— Il faut que tu y retournes. Au cimetière. Avant le procès. Trouve ce qu'il a enterré — ce manuscrit sur la belladone dont il se vantait. S'il le présente au tribunal comme preuve contre moi, il faudra que nous ayons notre propre version de cette histoire.
— Tu veux que je vole ce que Willard a volé à ta famille ?
— Je veux que tu reprennes ce qui nous appartient. Le manuscrit de ma mère — c'est elle qui l'avait enterré, souviens-toi. Pas lui. Il a simplement fouillé là où il ne fallait pas.
Nathaniel resta silencieux un long moment. Sa main bandée était posée sur sa cuisse, et l'on devinait la douleur sourde qui palpitait sous les bandages. Mais il hocha finalement la tête.
— Avant l'aube. À l'heure où les gardes changent.
— Et si tu es pris ?
— Je ne serai pas pris.
Mercy s'approcha de lui, posant sa main contre la joue meurtrie. Il tressaillit à peine, puis se laissa faire.
— Je ne sais pas ce que je ferais si tu mourais pour moi, murmura-t-elle.
— Alors ne meurs pas, et je n'aurai pas à mourir pour toi. C'est simple.
Elle rit — un son étrange dans cette cellule où flottait encore l'écho des sanglots des prisonnières précédentes. Un rire sans joie, mais un rire tout de même.
Dehors, la nuit était presque finie. À travers la lucarne, une bande de ciel pâlissait à l'est.
Le procès commencerait dans quelques heures.
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