Le Procès du Liseron
Lire le chapitre 21: A Public Accusation
La salle entière retint son souffle quand Mercy se leva. Le banc de bois craqua sous son poids, et elle sentit les regards—vingt, trente, peut-être cinquante paires d'yeux—se poser sur elle comme des mouches sur une blessure. Hathorne la toisa depuis son pupitre surélevé, la mâchoire serrée.
« Vous avez déjà parlé, Mercy Hart. »
« J'ai montré des preuves. Je n'ai pas encore posé de questions. »
Elle ne lui laissa pas le temps de protester. Elle se tourna vers le docteur Willard, assis au premier rang, son manteau noir impeccable, son visage lisse comme une pierre tombale vernie. Il souriait—ce sourire patient, condescendant, celui d'un homme qui croit avoir tout prévu.
« Docteur Willard, dit Mercy, élevant la voix pour couvrir les murmures. Vous connaissez mon père depuis longtemps. Vous avez été apprenti chez lui. »
Willard haussa un sourcil. « Jeune fille, ce n'est pas un interrogatoire— »
« Répondez. »
Hathorne frappa son bâton contre le plancher. « Mercy Hart, vous n'avez pas autorité pour— »
« Le tribunal honore-t-il les témoignages de ceux qui ont menti sous serment ? » Mercy sortit la lettre de sa poche—celle de sa mère, le papier jauni, l'encre fanée. Elle la déplia lentement, savourant chaque seconde du silence. « Ou bien le tribunal préfère-t-il que je lise à voix haute ce que ma mère a écrit en 1678 ? »
Willard ne bougea pas, mais ses doigts se crispèrent sur le bord de son banc.
« Cette lettre ne prouve rien, dit-il. Elle n'est qu'un chiffon de papier écrit par— »
« Par une femme que vous avez demandée en mariage ? » Mercy laissa la phrase flotter dans l'air. « Une femme qui vous a refusé. Qui a épousé un autre homme. Et dont vous avez volé le savoir pour vous établir à Boston. »
La salle explosa. Des voix s'élevèrent—certaines indignées, d'autres curieuses, quelques-unes triomphantes. Hathorne frappa son bâton trois fois. Le bruit ne suffit pas à calmer la marée. Il fallut que le constable aboie pour que le silence revienne.
Willard se leva lentement. Il avait pâli, mais sa voix resta douce. Trop douce.
« Je n'ai jamais volé quoi que ce soit. J'ai étudié sous Ezra Hart comme tout apprenti honnête. Si sa femme écrivait des accusations amères après mon départ, c'est son droit—mais cela ne fait pas d'elle une oracle de vérité. »
« Et votre copie de la formule ? » Mercy sortit le parchemin—celui qu'il avait volé, incomplet. Elle le brandit comme un étendard. « Celle qui a échoué sur vos patients ? Celle qui vous a poussé à faire accuser des jeunes filles pour détourner l'attention de vos erreurs ? »
« Mensonge. »
« Alors pourquoi vos hommes ont-ils brûlé la malle vide chez mes parents cette nuit même ? »
Le souffle collectif de la foule sembla aspirer toute la chaleur de la pièce. Hathorne se pencha en avant, les sourcils froncés. Le révérend Parris, assis dans un coin, avait cessé de prier.
Willard ouvrit la bouche, mais Mercy ne lui laissa aucun répit.
« Vous avez fouillé la tombe de ma mère, docteur. Vous avez déterré un manuscrit de jusquiame noire—celui-là même que je viens de montrer au tribunal. Pourquoi ? Parce que vous saviez que mes herbes révéleraient votre crime. Parce que vous aviez peur. »
Les mots tombèrent comme une hache. Willard devint blême.
« Hathorne, ordonna-t-il d'une voix étranglée. Cette femme vous manipule. Elle est— »
« De la belladone, docteur ? » Mercy s'approcha du banc des accusés où les filles étaient assises, les mains croisées. « C'est vous qui avez donné à ma sœur de la belladone. Pour que ses symptômes ressemblent à une possession. Vous avez compté sur mon ignorance—mais je connais ces plantes mieux que quiconque dans cette ville. Mieux que vous. »
Sarah Putnam—celle qui avait témoigné contre elle avec des yeux révulsés—fit un mouvement brusque. Son regard glissa vers l'arrière de la salle, vers un homme au manteau gris. Willard fit un signe presque imperceptible de la tête.
Mais Mercy avait déjà tourné les talons vers la galerie.
« Ruth Putnam. »
Un frisson parcourut la foule. Ruth se tenait au premier rang de la galerie, les mains serrées sur la balustrade, le visage pâle comme l'os. Elle avait été la première fille à accuser Mercy. Elle avait convaincu sa propre tante, ses cousines, la moitié de la congrégation.
Et pourtant—elle était là. Seule. Debout.
« Ruth, dit Mercy doucement. Vous savez pourquoi vous êtes ici. Vous savez qui vous a dit de dire ce que vous avez dit. »
Willard pivota. « Hathorne, cela suffit ! Cette cour n'est pas un théâtre pour les délires d'une— »
« J'ai entendu son nom, dit Ruth. Sa voix était à peine audible, mais dans le silence absolu qui suivit, elle résonna comme une cloche. « Il m'a dit que si je faisais condamner Mercy Hart, il ferait disparaître la dette de mon père. »
Quelqu'un dans la foule poussa un cri étouffé. Madame Putnam—la mère de Ruth—se leva d'un bond, le visage déformé par l'horreur. « Ruth ! Tais-toi ! »
« Il m'a dit que Mercy Hart gardait des plantes maudites dans sa ceinture, continua Ruth, les yeux brillants de larmes. Que si je l'accusais, tout le monde me croirait. Il m'a montré comment faire—comment trembler, comment convulser, comment crier en latin sans savoir ce que je disais. »
Elle leva la main, la pointa droit sur Willard. Le docteur recula comme si elle avait brandi un pistolet.
« C'est lui. C'est lui qui nous a appris le poison. C'est lui qui a préparé les sachets de poudre qu'on glissait dans les maisons des accusées. Il disait que la peste venait de la fièvre de l'été dernier, mais— »
« TAISEZ-VOUS ! » Willard cria. La salle entière se tut. Il tremblait de la tête aux pieds, le visage décomposé, la dignité en loques. « Vous êtes une possédée ! Une menteuse ! Le diable vous parle par la bouche ! »
« Non, dit Mercy, si calme que sa voix traversa le tumulte comme une lame dans l'eau. C'est vous qui parlez par la leur. »
Elle posa la formule complète sur la table du greffier, à côté du manuscrit de jusquiame que Willard avait exhumé de la tombe de sa mère.
« Voilà vos preuves, messieurs du tribunal. La formule volée qui a guéri la moitié de Boston l'année dernière malgré vos erreurs. Le manuscrit de belladone que le docteur Willard a déterré de la tombe d'une morte pour accuser ses filles. La lettre de ma mère qui documente son vol. Et la voix d'une jeune fille qu'il a forcée à porter un faux témoignage. »
Elle fit face à Hathorne.
« Que votre tribunal décide qui, ici, mérite d'être jugé pour sorcellerie. »
Le silence dura. Une seconde. Deux. Cinq.
Puis Hathorne se pencha vers le greffier et murmura quelque chose. Le greffier pâlit. Il acquiesça, se leva, et sa voix trembla quand il annonça :
« La cour suspend cette séance pour… enquête sur les allégations portées contre le docteur William Willard. Mercy Hart reste sous garde jusqu'à nouvel ordre. »
Willard cria quelque chose—une protestation, une menace, une malédiction—mais personne n'écoutait. Ruth sanglotait dans les bras de sa tante, qui avait cessé de la repousser. Sarah était affaissée, le regard vide, les doigts encore agités d'un tremblement que personne ne feignait plus de croire.
Mercy resta debout, immobile, jusqu'à ce que le constable vienne lui reprendre le bras pour la ramener vers la geôle. Elle ne regarda pas en arrière.
Mais elle entendit, au milieu du chaos, une voix familière près de la porte—une voix qui murmura son nom, rauque et essoufflée.
Nathaniel.
Sa main bandée encore tachée de sang. Son visage pâle. Mais son sourire—contre toute attente—était flamboyant.
« J'ai trouvé le nouveau ministre, souffla-t-il tandis qu'on la faisait passer devant lui. Il est à l'auberge. Il a déjà entendu parler du procès. »
Elle n'eut pas le temps de répondre. Le constable la tira vers le couloir sombre, et les portes se refermèrent derrière elle avec un bruit définitif.
Mais dans sa poitrine, pour la première fois depuis des semaines, quelque chose de chaud et d'étranger remuait.
L'espoir.
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