Le Procès du Liseron
Lire le chapitre 31: A New Dawn
Le printemps de Salem sentait le sel et la terre retournée. Mercy Hart se tenait sur le seuil de l'apothicaire de sa mère, une clé en laiton neuve dans la paume, et regardait la rue où les gens passaient sans détourner les yeux.
Ils ne fuyaient plus son regard. Certains levaient la main, d'autres murmuraient un salut. La veuve Smallwood, libre depuis trois semaines, traversait la place avec un panier de linge et s'arrêta pour sourire à Mercy.
« Vous rouvrez aujourd'hui, alors ? »
Mercy tourna la clé dans la serrure. La porte céda avec un grincement que sa mère aurait huilé depuis longtemps. « Aujourd'hui, oui. »
« On disait que vous refuseriez, après tout ce qui s'est passé. »
Mercy poussa le battant et la lumière entra en coin dans la pièce vide. Les étagères nues portaient encore les marques de chaque pot, de chaque fiole. Elle respira l'odeur de poussière et de plantes séchées qui s'attardait comme un souffle.
« C'est justement à cause de tout ce qui s'est passé que je rouvre », dit-elle. « On ne laisse pas la peur décider de ce qu'on fait. »
La veuve Smallwood hocha la tête et s'en alla sans ajouter un mot.
Mercy passa la matinée à inventorier ce qui restait. Peu de choses : quelques mortiers ébréchés, des balances rouillées, un alambic que quelqu'un avait caché sous le plancher arrière et que les hommes de Willard n'avaient jamais trouvé. Elle nettoya chaque objet comme si elle préparait un autel, et c'en était un, d'une certaine façon.
Nathaniel arriva aux alentours de midi, avec une caisse de plants sur l'épaule et de la terre sous les ongles. Il la déposa sur le comptoir, essuya ses mains sur son tablier.
« Le père Thomas a fait don de sa réserve de digitale. Il a dit que si quelqu'un devait la garder, c'était toi. »
Mercy souleva le couvercle de la caisse. Les feuilles vert sombre s'étalaient en rosettes, vigoureuses. « Il a eu peur que je la vole après son sermon ? »
Nathaniel rit. « Il a peur de toi, oui. Mais il t'estime. C'est pareil, chez lui. »
Elle referma la caisse et le regarda. Il avait maigri pendant l'hiver, comme tout le monde. Mais ses yeux étaient vifs, et il la regardait avec cette attention particulière qu'il avait eue dès le premier jour — ce mélange de prudence et de curiosité qui lui avait toujours semblé suspecte et qui maintenant lui semblait être la chose la plus honnête qu'elle connaissait.
« J'ai quelque chose à te demander », dit-il.
Mercy sentit son pouls s'accélérer. Elle s'appuya au comptoir, croisa les bras.
« Si c'est pour me demander de reconsidérer la dose d'aconit pour la vieille Mme Proctor, je te rappelle que je sais ce que je fais. »
Nathaniel secoua la tête. Il sortit de sa poche un anneau d'argent, simple, sans pierre, poli par des années de frottement.
« Il appartenait à ma mère, dit-il. Elle l'a porté pendant trente ans. Je n'ai rien d'autre d'elle qu'une alliance et un livre de psaumes. »
Il posa l'anneau sur le comptoir entre eux, comme on pose un traité.
« Je te demande de m'épouser, Mercy. Au printemps, quand les arbres seront en fleurs, si tu veux attendre jusque-là. Ou demain, si tu préfères. Mais je te demande de m'épouser. »
Elle regarda l'anneau. Elle regarda ses mains à lui, des mains de fils de notable qui avaient appris à porter des plantoirs et à panser des blessures pendant l'hiver. Elle regarda la rue par la fenêtre, où des gens vaquaient à leurs affaires sans craindre les dénonciations.
« Tu sais ce que je suis », dit-elle. « Je parle trop. Je connais des poisons par cœur. J'ai été accusée de sorcellerie, et il y aura toujours une partie de ce village qui me regardera comme si j'étais capable de jeter des sorts. »
Nathaniel fit le tour du comptoir et prit ses mains dans les siennes.
« Je sais ce que tu es, répéta-t-il. C'est pour ça que je te demande. »
Elle retira une main et prit l'anneau.
« Le printemps, dit-elle. J'ai besoin du temps pour apprendre à être heureuse. »
Le mariage eut lieu en mai, dans le verger qui s'étendait derrière l'église. Les pommiers étaient en fleurs, et le vent charriait des pétales blancs comme une neige tardive. Une cinquantaine de personnes assistèrent à la cérémonie — pas tout le village, mais la plupart de ceux qui comptaient : la veuve Smallwood, le père Thomas, les fermiers dont Mercy avait soigné les enfants, les femmes qu'elle avait aidées à accoucher.
Le révérend Parris ne vint pas. Personne ne s'en étonna.
Mercy portait une robe de laine bleue que sa mère avait cousue pour son propre mariage et que Mercy avait raccourcie parce qu'elle était plus petite. Elle portait l'anneau d'argent de Nathaniel au doigt, et il portait un ruban qu'elle avait teint avec de l'indigo sauvage.
Ruth, assise au premier rang, souriait d'un sourire un peu distant qui fit serrer le cœur de Mercy. La jeune femme avait été libérée comme les autres, mais quelque chose en elle était resté en prison.
Mercy se promit de s'en occuper. Plus tard.
Après la cérémonie, Nathaniel prit sa main et la fit pivoter lentement dans les fleurs de pommier. Le geste était maladroit — il n'avait jamais dansé de sa vie — mais ils rirent tous les deux, et quelqu'un dans l'assistance applaudit.
« C'est fait », dit-il contre son oreille.
« C'est fait », répéta-t-elle.
Et pendant un instant, la douleur de l'hiver, les procès, les mensonges de son père, les poisons cachés dans les fioles de sa mère — tout cela sembla lointain, comme une chose racontée par quelqu'un d'autre.
Le mois suivant, Mercy rouvrit officiellement l'apothicaire. Elle repeignit l'enseigne elle-même, une main verte sur fond blanc, et ajouta une plaque de cuivre : *Mercy Hart, apothicaire et herboriste*.
Le premier client fut un maréchal-ferrant qui avait une brûlure au bras. Le deuxième fut la fille du tanneur, qui avait la fièvre. Le troisième fut le fils du juge Hathorne, qui vint en cachette avec une toux persistante et des yeux qui ne voulaient pas rencontrer les siens.
Mercy le soigna sans commentaire. Elle nota son nom sur le registre, le traita avec de la racine de guimauve et du miel, et le laissa partir avec un conseil : « Buvez de l'eau, pas de cidre, et couchez-vous une heure plus tôt. »
Le garçon acquiesça et disparut. Elle ne le revit pas.
Mais les autres revinrent. Semaine après semaine, les portes de l'apothicaire s'ouvrirent plus souvent. Les gens qui avaient traversé l'hiver sans oser demander de l'aide — ceux qui avaient eu peur que la guérisseuse soit une sorcière, ceux qui avaient eu peur que la connaissance des plantes soit un crime — revinrent avec leurs douleurs, leurs fièvres, leurs enfants malades.
Mercy ne leur demandait pas de s'excuser. Elle leur tendait les fioles, leur disait les dosages, et regardait le village guérir par petites touches.
Nathaniel travaillait au comptoir du greffe, mais il la rejoignait chaque soir. Ils mangeaient devant la cheminée de la petite maison qu'ils avaient achetée à la lisière du village, à cinquante pas de l'apothicaire. Il lui lisait les lettres officielles, elle lui apprenait les noms latins des plantes. Il ne les retenait jamais, et elle les lui répétait avec une patience qu'elle ne se connaissait pas.
« Achillea millefolium », disait-elle en hachant des feuilles de millefeuille.
« Achilla... quoi ? »
« Encore. »
« Achillea millefolium. »
« Tu progresses. »
« Je vais finir par te croire. »
Le Conseil du comté envoya une note officielle en juin, annonçant que le gouverneur Phips avait formellement disculpé tous les accusés de sorcellerie du printemps. La note était signée de maints paraphes, et elle accordait à Mercy Hart une réhabilitation complète ainsi qu'une déclaration d'estime pour son « service rendu à la justice divine et civile ».
Mercy plia la lettre et s'en servit pour allumer le feu.
« Tu ne la gardes pas ? demanda Nathaniel.
— Je sais ce que j'ai fait, répondit-elle. Je n'ai pas besoin d'un papier du gouverneur pour le croire.
Elle marqua un temps d'arrêt et regarda le papier se tordre dans les flammes.
— Mais je le garde en mémoire. Phips a fait ce qu'il a dit qu'il ferait. C'est plus qu'on ne pouvait espérer.
— Et Fuller ? demanda Nathaniel doucement.
Elle sentit ce nom comme on sent une couture qui tire.
— Fuller s'est envolé avant l'arrivée de Phips. Avant d'être arrêté, il avait pris soin de brûler ses propres documents, ses lettres, ses notes. Il n'est pas dans les registres. Le médecin qui a formé Willard n'existe officiellement nulle part.
— Tu le cherches encore ?
— Je garde un œil. Je ne le cherche pas.
Elle gratta le fond du mortier avec la cuillère en bois.
— Il sait que je sais. Ça lui suffit peut-être, à lui, de savoir que je ne peux rien prouver. Et moi, ça me suffit de savoir qu'il est vivant quelque part, et que je le reconnaîtrai au premier regard.
Nathaniel ne dit rien à cela. Il vint s'accroupir près d'elle et prit ses mains poudreuses d'herbes.
« Alors, on vit. On guérit ce qu'on peut guérir. Et on regarde devant. C'est la seule chose qu'on peut faire. »
Mercy appuya son front contre le sien.
« C'est la seule chose qu'on fait. »
L'été arriva, chaud et humide. Les champs recommencèrent à produire, les enfants à courir dans les rues. Les procès ne revenaient que dans les murmures des mères qui disaient à leurs filles : *ne signez jamais rien, ne témoignez jamais contre personne, même si on vous promet la liberté*.
Mercy entendait ces murmures. Elle les laissait passer.
L'apothicaire prospérait. Elle avait formé deux apprenties — des filles de fermiers, douées et curieuses, qui apprenaient à distinguer la digitale de la consoude, qui écoutaient quand elle leur expliquait les dosages. « Les plantes ne mentent pas, leur disait-elle. Elles font ce qu'elles font. C'est à vous de savoir ce que vous voulez qu'elles fassent. »
Elle pensait souvent à sa mère. Chaque fois qu'elle ouvrait un flacon, chaque fois qu'elle reposait un mortier à la place où sa mère l'avait toujours mis, chaque fois qu'elle traversait la pièce et que l'odeur des herbes lui rappelait des bras, une voix, un savoir.
Le journal était resté chez Phips. Elle ne le réclamait pas. Les mots y étaient — les listes de poisons, les noms, les preuves de ce que Willard avait fait — mais elle les portait maintenant dans sa tête. Elle avait été l'élève de sa mère pendant quinze ans. Le savoir était en elle.
Un soir de juillet, Nathaniel rentra avec une brassée de bois pour l'hiver et la trouva assise sur le pas de la porte de l'apothicaire, regardant les étoiles apparaître une à une au-dessus des toits.
« Tu rentres ? demanda-t-il.
— Je regardais. »
Il s'assit à côté d'elle sur les marches. Le bois craquait doucement dans ses bras.
« Tu regardais quoi ? »
Elle leva la main et désigna un point dans le ciel, faiblement lumineux entre les nuages.
« Il y a une étoile que ma mère m'a montrée quand j'étais petite. Elle disait que c'était la même que celle qui avait guidé les bergers. Je ne sais pas si c'est vrai. Mais je la regarde, et je pense qu'elle est toujours là, même quand on ne la voit pas à cause des nuages. »
Nathaniel posa le bois et s'approcha d'elle. Il ne chercha pas l'étoile.
« Tu es comme elle », dit-il.
Merry croisa son regard, étonnée.
« Le phare, expliqua-t-il. Pas parce que tu guides les gens. Parce que tu continues de brûler, même quand tout le monde te croit éteinte. »
Elle rit doucement.
« Je parle des herbes, pas des flammes. »
« Moi aussi. »
Il prit sa main et la porta à ses lèvres. Le geste était simple, presque inconscient, et il lui alla droit au cœur comme une flèche.
« Viens, dit-il en se levant. Le dîner refroidit. Et demain, la fille du tanneur revient pour sa fièvre. Tu as besoin de tes forces. »
Mercy se leva et le suivit. Avant de passer la porte, elle jeta un dernier regard à l'étoile — ou à l'endroit où elle savait qu'elle était, derrière les nuages.
Puis elle referma la porte derrière elle.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.