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Le Procès du Liseron

Lire le chapitre 6: The Old Grudge

La pluie s’était mise à tomber, fine et tenace, quand Nathaniel frappa trois coups contre la porte de la cellule. Mercy, assise sur la paille humide, leva les yeux. Il tenait une lanterne basse, le col de son manteau relevé, et quelque chose dans sa mâchoire serrée disait qu’il n’était pas venu lui apporter de bonnes nouvelles.

— Votre mère est rentrée chez elle, dit-il sans préambule. J’ai réussi à l’intercepter avant qu’elle ne franchisse le seuil du tribunal. Elle n’est pas arrêtée. Mais elle est furieuse, et elle a failli se faire prendre deux fois.

Mercy exhala un long souffle. La nouvelle la soulageait, mais elle voyait bien que Nathaniel n’avait pas terminé.

— Il y a autre chose.

Il posa la lanterne sur le sol, s’accroupit en face d’elle, séparés par les barreaux. La lueur dansait sur son visage, creusant des ombres sous ses yeux. Il paraissait plus jeune que son rôle de clerc ne le suggérait, et plus vieux que ses ans à la fois.

— Ma tante Sarah a été désignée pour l’examen de demain matin. Elle est de la famille Putnam, vous le savez. J’ai pensé que peut-être… qu’elle pourrait vous épargner le pire. Alors je suis allé la voir, ce soir.

— Et alors ? fit Mercy, la voix tendue.

— Elle m’a fermé la porte au nez. Parce qu’elle sait qui vous êtes. Pas seulement Mercy Hart, l’herboriste. La fille d’Ezra Hart. Et elle m’a rappelé ce que votre père a fait au mien.

Mercy sentit son estomac se nouer. Elle baissa les yeux, fixant la paille trempée.

— Je sais ce qu’elle vous a dit.

— Alors dites-le-moi, vous. Parce que je suis fatigué de creuser dans les registres et de voler des preuves pour une femme dont je ne connais même pas la véritable histoire. Ma tante dit que votre père a ruiné le sien — mon père. Elle dit qu’il l’a accusé de vol, devant toute la congrégation, et que cette accusation était un mensonge. Que mon père a perdu ses terres, sa réputation, et presque sa vie à cause de cette calomnie.

Le silence s’étira entre eux, chargé de la pluie qui tambourinait contre les murs de pierre. Mercy releva la tête. Elle pouvait mentir, ou esquiver. Mais Nathaniel Putnam lui avait déjà apporté un registre volé et sa propre sécurité compromise. Il méritait mieux qu’une dérobade.

— Ce n’était pas un mensonge, dit-elle lentement. Enfin… pas tout à fait.

— Que voulez-vous dire ?

Mercy se leva, s’approcha des barreaux. Ses doigts s’enroulèrent autour du bois humide.

— Mon père était un homme méticuleux. Il tenait des registres de tout, vous l’avez vu. Et il avait noté que votre père lui devait une somme considérable — un emprunt pour acheter du bétail, contracté des années plus tôt. Votre père n’avait jamais remboursé. Mon père a demandé le paiement, votre père a refusé. Alors Ezra Hart a fait ce qu’il savait faire : il a rendu publique la dette.

Nathaniel fronça les sourcils.

— Ce n’est pas un vol. Une dette impayée, ce n’est pas du vol.

— Non. Mais mon père était un homme précis, obstiné. Quand votre père a continué à nier la dette, Ezra a déposé une plainte. Et dans cette plainte, il a utilisé le mot *vol*. Pas pour la somme — pour les registres du bétail que votre père aurait falsifiés. Une accusation secondaire, presque anecdotique. Mais les Putnam n’ont jamais laissé passer quoi que ce soit, et votre père a contre-attaqué. La querelle a pris des proportions telles que personne ne se souvenait plus de la dette originale. Seulement de l’accusation de vol.

Nathaniel resta immobile un long moment. La pluie redoubla, martelant les toits.

— Donc, dit-il lentement, mon père n’était pas innocent. Il devait de l’argent. Votre père a exagéré. Et les deux familles se sont détruites pour une histoire d’orge et de bétail.

— Pour de l’orgueil, corrigea Mercy. L’orge et le bétail n’étaient que le prétexte.

Il ferma les yeux, passa une main sur son visage. Quand il les rouvrit, son regard avait changé. La stupeur avait fait place à quelque chose de plus froid, de plus résolu.

— Pourquoi votre père vous a-t-il dit cela, à vous ? Vous étiez une enfant.

— Il me l’a dit sur son lit de mort. Il m’a fait promettre de ne jamais laisser cette histoire pourrir davantage. Il regrettait la manière dont il avait mené l’affaire — non pas l’accusation, mais la façon de la porter. Il disait qu’il avait gagné le terrain et perdu l’honneur. Et que les Putnam ne l’oublieraient jamais.

Nathaniel rit, sans joie.

— Vous parlez de terrain. C’est tout ce que les Putnam savent faire — gagner, perdre, et se souvenir des deux avec une égale amertume.

— Votre famille a gardé sa haine. La mienne a gardé sa faute. C’est pour cela que ma mère a signé la rétractation contre les Ashworth, il y a cinq ans. Elle s’est tue pour protéger ce qui restait de notre nom. Et maintenant, regardez où nous en sommes. Les morts ont la mémoire longue, et les vivants paient pour elle.

Nathaniel se releva. Il fit les cent pas devant sa cellule, dans la lumière dansante de la lanterne. Son ombre s’allongeait et se tordait contre le mur.

— Si ma tante vous examinera, elle ne sera pas tendre. Et vous savez ce que cela signifie pour Martha Ashworth, également présente.

— La femme du geôlier qui tient le médaillon de ma mère, dit Mercy sèchement. Oui. Je sais.

— Elle vous cherchera une marque. Pas parce qu’elle croit que vous êtes une sorcière — mais parce que vous portez le nom de la femme qui a retiré son accusation contre sa famille, et que les Ashworth ont besoin que vous soyez coupable. Vos seins, vos bras, vos cuisses… elle inspectera tout. Et si elle ne trouve rien, elle inventera.

Mercy sentit le froid de la cellule pénétrer plus profondément. Elle croisa les bras, se serrant contre elle-même.

— Qu’est-ce que je peux faire ? Je ne peux pas refuser l’examen.

— Non, vous ne pouvez pas. Mais je connais quelqu’un qui peut être présent. Une femme que Martha Ashworth ne peut pas écarter — la veuve du révérend, qui préside les examens de pureté. Elle est âgée, et elle déteste les Ashworth depuis une affaire de dîme impayée, il y a vingt ans. Si elle est dans la pièce, Martha devra faire attention.

— Comment la convaincre de venir ?

Nathaniel hésita. Son regard croisa celui de Mercy, et quelque chose vacilla dans sa résolution.

— Vous me demandez de faire appel à la seule personne de Salem qui se soucie plus de sa haine des Ashworth que de votre réputation. La vieille Sarah Osgood.

— La femme qui crie « sorcière » à chaque réunion de prière ?

— Elle ne crie pas votre nom. Et elle déteste les Ashworth depuis plus longtemps que vous n’avez vécu. Si je lui dis que Martha espère être la seule à vous examiner, elle y verra une occasion de l’humilier. Elle viendra.

Mercy le regarda, un mélange de gratitude et d’incrédulité lui serrant la gorge.

— Pourquoi faites-vous cela ? a-t-elle demandé. Après ce que je vous ai dit… votre tante a raison. Mon père a ruiné votre famille. Vous devriez me laisser tomber.

Nathaniel ramassa sa lanterne. La flamme vacilla, projeta son ombre derrière lui, grande et noire.

— Votre père a dit la vérité, même s’il l’a mal dite. Ce n’est pas qu’un mensonge. Peut-être que le monde de Salem est fatigué des mensonges commodes. Peut-être que je le suis aussi.

Il se tourna vers la porte, puis s’arrêta.

— Votre mère, avant que je la raccompagne, m’a donné ceci. Elle a dit que vous sauriez quoi en faire.

Il sortit un petit paquet de sa poche, le glissa entre les barreaux. Mercy l’ouvrit. Une pincée de graines de linaire, enveloppée dans un linge propre, avec un bout de papier plié. Elle déplia la note. *Le poison des champs court par les racines. Cherchez celles qui poussent dans le noir.*

Mercy leva les yeux, mais Nathaniel était déjà parti.

Le poison des champs. Le liseron. La plante qui étouffe la moisson. La plante que sa mère appelait le tueur silencieux.

Elle regarda la pluie tomber dans l’obscurité. L’examen de demain matin – cela, elle pouvait le supporter. Mais sa mère n’envoyait jamais un message sans raison. Quelque part dans les racines, il y avait une vérité que le monde ne voulait pas voir émerger.

Et Abigail Proctor était peut-être la vigne la plus toxique de toutes.