Le Regard de l'Ombre
Lire le chapitre 27: A Step Forward
La pluie londonienne tambourinait contre les vitres du flat de Danny, transformant Camden en un aquarium de néons flous. Marcus se tenait près de la fenêtre, les mains enfoncées dans les poches de son jean, la mâchoire serrée. Il n'avait pas dormi depuis la photo. Depuis qu'il savait que l'orchestrateur les avait vus. Ensemble.
— Tu n'es pas obligé de rester ici, dit Danny depuis le canapé. Je peux partir, si tu veux.
— Reste.
Evelyn se tenait dans l'embrasure de la porte, son manteau encore humide de pluie. Elle avait insisté pour venir malgré la pluie battante, malgré la menace. Marcus avait refusé. Elle était venue quand même. Il se demandait si elle comprendrait un jour ce que cela signifiait pour lui.
— Marcus. Il se retourna. Elle avait cette expression qu'il commençait à reconnaître, celle qui précédait ses déclarations les plus importantes. Je ne suis pas venue pour parler de l'orchestrateur.
— Alors pourquoi ?
— Pour te dire que je te pardonne.
L'air sembla se raréfier. Danny se leva silencieusement et disparut dans la cuisine. Le bruit de l'eau qui coule. Le frigo qui s'ouvre. Un homme qui s'invente une occupation pour ne pas entendre.
— Evelyn, je ne mérite pas—
— Tu m'as sauvé la vie. Tu as protégé ma carrière. Tu as passé des nuits éveillé à surveiller mes fenêtres, et tu portes le poids mort d'un homme que tu n'as pas pu sauver il y a dix ans. Elle fit un pas vers lui. Ton client est mort, Marcus. Pas parce que tu étais incompétent, mais parce que quelqu'un de déterminé a trouvé une faille. Cela peut arriver à n'importe qui. Cela arrive à tout le monde.
— Tu ne peux pas savoir—
— Je sais ce que c'est que de porter la culpabilité de quelqu'un qui n'est plus là. Mon père. Elle s'arrêta, et il vit la douleur traverser ses yeux avant qu'elle ne la maîtrise. J'aurais pu être là. Si j'avais annulé cette audition, si j'avais répondu à son appel... Mais je ne l'ai pas fait.
Le silence s'étira entre eux. Marcus la regarda, absorbant chaque mot, chaque pli de son visage. Il avait passé des années à fuir son propre jugement, et voilà qu'elle lui offrait une absolution qu'il n'avait jamais osé demander.
— Nous ne pouvons pas changer le passé, dit-elle finalement. Mais nous pouvons choisir ce que nous faisons maintenant.
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Le gala du Théâtre Royal était un tourbillon de cristal et de conversations feutrées. Evelyn avait insisté. Après l'interview, après la révélation des lettres, les rumeurs allaient bon train sur sa relation avec son garde du corps. La meilleure défense, avait-elle argué, c'était de maîtriser le récit.
Marcus portait un smoking noir parfaitement coupé qui transformait sa carrure en quelque chose d'impressionnant plutôt que menaçant. Evelyn, dans une robe émeraude qui faisaient écho à ses yeux, avait glissé sa main dans la sienne avant d'entrer.
— Souris, murmura-t-elle.
— Je souris intérieurement.
— Ce n'est pas visible.
— C'est le principe.
Elle rit, un son léger qui fit tourner quelques têtes. Il sentit les photographes agglutinés à l'entrée, les flashs qui capturaient chacun de leurs mouvements. Elle avait raison : si elle devait être associée à un homme, il valait mieux que le monde croie que c'était choisi.
À l'intérieur, sous les lustres, elle fut happée par un producteur qui lui parlait avec trop d'enthousiasme de son projet d'adaptation de *Rebecca*. Marcus resta en retrait, à surveiller les entrées, les serveurs, les invités. Il avait repéré trois de ses ex-collègues en renfort discret, déployés dans la salle comme une broderie invisible.
Julian Ashworth s'approcha d'Evelyn, la robe de son regard suivant la sienne. Marcus sentit ses muscles se contracter. Professionnel. Calme. Il n'était pas jaloux. Il était prudent.
— Evelyn, vous rayonnez, dit Julian. Mon offre reste valable. Ce rôle vous attend.
— Je vous remercie, Julian. Je réfléchis.
— Réfléchissez vite. Le temps ne m'attend pas.
Il se retira avec un sourire que Marcus trouva trop sûr de lui, trop affûté. Evelyn le rejoignit quelques instants plus tard, un verre de champagne à la main.
— Il me veut dans son adaptation.
— Je l'ai entendu.
— Tu n'as pas aimé sa façon de me regarder.
— Ce n'est pas mon travail d'aimer ou de ne pas aimer.
Elle pencha la tête, un sourire amusé aux lèvres. — Et si ce n'était pas ton travail, Marcus ? Si c'était juste toi ?
Il ne sut pas quoi répondre. Elle éclata de rire devant son embarras.
— Viens, dit-elle en le prenant par la main. J'ai besoin d'air.
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Le toit était une terrasse étroite qui surplombait la Tamise, l'eau noire striée de reflets dorés. Evelyn frissonna dans sa robe légère. Marcus retira sa veste et la posa sur ses épaules sans un mot. Elle la serra contre elle, inhalant l'odeur de lui, un mélange de savon et d'un après-rasage discret.
— Tu fais ça pour toutes tes clientes ? demanda-t-elle.
— Non.
Sa franchise la surprit. Elle se retourna pour le regarder. Il se tenait à quelques pas, la lumière de la ville découpant son profil. Son corps était tendu, comme toujours, mais il y avait autre chose dans sa posture. Une vulnérabilité qu'elle n'avait jamais vue.
— Je n'ai jamais fait ça pour personne, dit-il. Je n'ai jamais laissé personne entrer dans ma vie comme tu l'as fait.
— Marcus...
— Je sais que ce n'est pas professionnel. Je sais que ça compromet ma capacité à te protéger avec le détachement nécessaire. Mais je ne peux plus prétendre que tu es juste un contrat.
Elle s'approcha de lui, les talons de ses escarpins cliquetant sur le béton. Elle leva une main, hésita, puis la posa sur sa joue légèrement râpeuse.
— Tu tiens à moi, dit-elle. Au-delà du devoir.
— Oui.
— Moi aussi. Elle sourit, et il vit les étoiles se refléter dans ses yeux. Depuis plus longtemps que je veux l'admettre.
Il baissa la tête, son front touchant le sien. Elle sentait son souffle, la chaleur de son corps malgré la nuit froide. Elle aurait pu l'embrasser. Elle aurait pu franchir cette dernière frontière.
Mais un téléphone vibra dans la poche de son veston.
Il recula aussitôt, rompant le contact, l'instant brisé. Il sortit le téléphone, les traits de son visage se durcissant à mesure qu'il lisait.
— Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle.
Il tourna l'écran vers elle. Un message, d'un numéro inconnu.
*« Vous êtes adorables ensemble. J'espère que vous survivrez à la nuit. »*
Suivait une photo. D'eux. Sur le toit. Pris à l'instant.
Evelyn sentit le froid l'envahir malgré la veste sur ses épaules. L'orchestrateur était ici. Dans le gala. À portée de vue.
Marcus saisit son poignet d'une main ferme, son visage à quelques centimètres du sien.
— Nous partons. Maintenant.
— Il est ici, murmura-t-elle.
— Je sais. Et cette fois, il ne nous échappera pas.
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