Le Registre de la Gouvernante
Lire le chapitre 25: The Empty Summer House
Le tunnel exhala une haleine de terre et de moisissure. Evelyn avançait d'un pas prudent, la main d'Annabel serrée dans la sienne. La fillette ne tremblait pas — c'était elle qui guidait, en réalité, comme si elle connaissait chaque pierre de cet itinéraire souterrain pour l'avoir parcouru en rêve cent fois.
« Encore dix pas, murmura Annabel. Je vois la lumière. »
La grille de fer céda sous la poussée conjointe, et elles émergèrent dans un fouillis de ronces et de lilas sauvages. Le pavillon d'été se dressait devant elles, fantôme de stuc et de bois peint, son toit affaissé comme une épaule fatiguée. Une fenêtre béait, vitre brisée ; une autre était obstinément close, rideau de toile d'araignée.
Evelyn sortit la lanterne qu'elle avait glissée sous sa cape et l'alluma pendant qu'Annabel poussait la porte. Celle-ci résista une seconde, puis céda dans un gémissement de gonds rouillés.
L'intérieur semblait figé depuis des années. Un canapé Louis XIV éventré par l'humidité, une table de jeu aux pieds tordus, des gravures de chasse que la moisissure avait transformées en paysages abstraits. La poussière formait un tapis épais sur le parquet, et c'est ce tapis qui parla le premier.
Des traces. Deux séries de traces, nettes, qui traversaient la pièce en diagonale pour se perdre derrière le canapé. L'une était étroite, chaussée de bottines fines ; l'autre plus lourde, presque traînante.
« On les a fait passer ici, dit Annabel d'une voix posée. On a forcé Martha à marcher jusqu'au canapé. »
Evelyn s'agenouilla. Derrière le meuble, le parquet était plus clair — quelque chose avait été déplacé récemment, frotté. Sa main rencontra un petit objet dur, échappé d'une couture ou d'une poche. Elle le souleva : un médaillon d'argent terni, ovale, fermé d'un fermoir capricieux.
« C'est à elle, dit Annabel. Je reconnais le gravé. »
Evelyn fit jouer le fermoir. À l'intérieur, ni miniature ni portrait — seulement une inscription gravée dans le métal, en pattes de mouche : *À Martha, mon enfant. Ne m'oublie jamais. — M.B.*
M.B. Marguerite Blackwood ? La mère de Lord Blackwood ? Evelyn retourna le médaillon. Au revers, une date : 1851 — l'année de la mort de la vieille dame, si ses déductions étaient bonnes. Martha Reeves avait donc été la protégée de la mère, pas seulement la gouvernante. Le lien s'épaississait.
« Il y a autre chose », dit Annabel.
La fillette s'était accroupie près du canapé, et sa main tenait un lambeau de tissu coincé entre le bois et le rembourrage. Un lainage bleu sombre, déchiré en zigzag, comme si la propriétaire avait été happée par une force brutale. Evelyn le prit avec précaution. Elle connaissait ce bleu — c'était celui de la robe que Miss Reeves portait lors de sa dernière apparition, décrite par la femme de chambre, Annie.
« On l'a traînée jusqu'ici, murmura Evelyn. On l'a fait taire, puis on l'a portée vers la voiture. »
Elle se releva, les preuves dans son mouchoir — le médaillon, le tissu, et l'image mentale de la scène qui se recomposait maintenant dans sa tête comme un tableau achevé. Beatrice avait attendu ici. Elle avait dû guetter, postée près de la fenêtre orientée vers le lac, le signal de son complice. Puis, quand Martha avait conduit Annabel vers la maison pour le dîner, elle avait bondi.
« Regarde, mademoiselle. »
Annabel désignait le sol près de la porte de service. Une tache sombre, presque noire, incrustée entre les lattes du parquet. Evelyn s'accroupit, passa un doigt. Sec, ancien, mais oxydé — du sang.
« Elle a frappé quelqu'un, ou quelqu'un l'a frappée », dit Evelyn. Elle se releva, rangea ses découvertes dans la poche intérieure de sa cape. « C'est suffisant. Le médaillon, la robe, la tache — cela ne prouve pas encore la culpabilité de Beatrice, mais cela confirme le récit d'Annabel. »
« Et si elle revient ? »
Evelyn regarda la fillette, dont le visage pâle semblait vieilli de dix ans dans cette lumière crue. Elle prit sa main.
« Retournons par le tunnel. Nous avons ce qu'il nous faut pour demain. »
Elles émergèrent dans la crypte après quelques minutes de marche forcée. L'air était plus frais, plus pur — et puis il n'était plus seul. Un grincement léger, très léger, au-dessus d'elles, du côté de la chapelle. Evelyn leva la lanterne, mais rien — seulement la poussière qui retombait en pluie fine de l'escalier en colimaçon.
Quelqu'un venait de repartir.
Elle se figea, la main sur la poitrine d'Annabel pour la faire taire. Les pas n'étaient pas ceux de Mrs. Hutchins, ni ceux de Lord Blackwood. Ils étaient secs, rapides, marqués par une canne — ou un parapluie. Un cliquetis d'anneaux. La porte de la chapelle se referma avec un déclic sourd.
« Qui ? » chuchota Annabel.
Evelyn ne répondit pas. Elle connaissait pourtant ce bruit — elle l'avait entendu deux jours plus tôt dans le corridor ouest, quand l'ombre avait glissé sous la porte de la bibliothèque. C'était celui de Greta, la suivante de Beatrice, une femme maigre aux yeux plats qui ne parlait jamais mais semblait tout voir.
Elles remontèrent l'escalier avec précaution. La chapelle était vide ; la porte intérieure vers la maison était entrouverte. Evelyn l'ouvrit d'un cran — assez pour apercevoir le bout d'une jupe grise qui tournait dans le couloir vers l'aile de Beatrice.
« Elle est au courant, dit-elle. Maintenant, tout est une question de temps. »
Annabel leva la tête, les yeux brillants.
« Alors nous devons trouver Martha avant la nuit. »
Evelyn serra les épaules, le poids des preuves dans sa poche contre sa hanche — lourd, réel, enfin tangible. Mais la pendule de la chapelle sonnait cinq heures, et le médecin arrivait demain à la tombée de la nuit. Demain, il ne resterait plus qu'une seule confrontation possible, et Beatrice venait d'apprendre que ses adversaires n'étaient pas désarmés.
« Non, dit Evelyn. Nous devons d'abord la convaincre de nous croire. Et nous n'avons plus que jusqu'à demain soir pour le faire. »
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