Le Registre de la Gouvernante
Lire le chapitre 29: The Search for the Truth
La porte de la chambre de Miss Reeves céda sous l'épaule de Lord Blackwood avec un craquement sec qui résonna dans le corridor désert. Evelyn s'engouffra dans la pièce, suivie de près par le maître de maison, dont la lanterne balayait les murs d'une lumière tremblante.
L'odeur de renfermé et de lavande fanée les accueillit. Le lit était fait, les rideaux tirés, comme si Martha Reeves allait revenir d'un moment à l'autre. Mais une fine couche de poussière recouvrait le bureau, et la cheminée froide n'avait pas été allumée depuis des semaines.
« Nous devons faire vite, murmura Lord Blackwood en fermant la porte derrière eux. Greta rôde. Je ne lui fais pas confiance. »
Evelyn hocha la tête, déjà à genoux pour examiner le plancher. Sous le lit. Dans le placard. Derrière la commode. Chaque latte de bois fut testée du bout des doigts, chaque plinthe sondée.
« Cherchez les livres, Lord Blackwood, dit-elle sans cesser sa progression. Un journal intime pourrait être dissimulé dans un volume creusé. Vérifiez les reliures. »
Il s'exécuta, ouvrant les volumes un à un, les secouant pour en faire tomber tout papier caché. Rien. Les gravures de paysages écossais, les recueils de poésie de Mrs. Browning, les manuels d'instruction pour gouvernantes — aucun ne cédait sous la pression des doigts.
Evelyn s'arrêta net. La plinthe près de la fenêtre présentait une légère saillie, presque imperceptible, mais son œil exercé l'avait remarquée. Elle y glissa l'ongle. La plinthe pivota sur une charnière invisible, révélant un vide poussiéreux.
Son cœur s'emballa.
À l'intérieur, protégé par un linge de lin, reposait un petit carnet à la couverture de cuir brun. Il était fermé par une fine chaînette dorée, dont le cadenas était orné d'un médaillon.
Evelyn s'en saisit avec précaution et le tendit à Lord Blackwood. « Le monogramme — M.R. Martha Reeves. C'est elle. »
Le vieux lord l'observa un long moment, sa mâchoire se serrant. Il sortit un couteau de sa poche et fit sauter le cadenas d'un geste net.
Le carnet s'ouvrit au hasard, révélant une écriture fine et serrée, des lignes régulières qui disaient la discipline et l'angoisse contenue.
« Lisez, Lord Blackwood, dit Evelyn qui continuait de sonder la cavité vide. Je dois m'assurer qu'il n'y a pas autre chose. »
Il commença à voix basse, et chaque mot semblait lui coûter.
« 14 juin. Sa Seigneurie m'a convoquée à nouveau. La question toujours la même : l'enfant est-elle vivante ? J'ai répondu que oui, que la petite Annabel vivait à Blackwood, que je la voyais chaque jour dans la nursery. Elle m'a regardée avec de tels yeux que j'ai cru voir se creuser mon tombeau. » Il s'interrompit, puis tourna quelques pages. « 2 juillet. Elle a menacé de me faire passer pour folle. Moi. Folle. Elle prétend que je vois des fantômes là où il n'y a que le souvenir de sa bonté. Je sais ce qu'elle prépare. Le docteur Ashworth ne vient que sur ordre. Il est sous sa coupe. Je le lis dans ses regards fuyants. »
Evelyn se redressa, le souffle court. « Le médecin. Il est de mèche avec elle. »
« 17 juillet, continua Lord Blackwood dont les mains tremblaient légèrement. J'ai découvert le plan complet. Elle veut faire constater l'aliénation mentale par le docteur Ashworth et faire enfermer Annabel dans un asile à Merrow. Elle prétend que l'enfant est dangereuse pour elle-même et pour les autres. Elle n'a pas encore trouvé comment placer le médecin et la patiente dans la même pièce sans éveiller les soupçons. Mais son idée est arrêtée : la cérémonie de remise des prix servira de prétexte. Le docteur viendra comme membre du public, et elle fera en sorte qu'une crise soit provoquée devant lui. »
Une lueur de compréhension traversa le visage de Lord Blackwood. « La vitesse. Annabel a besoin de sa vitesse. Si l'un de ses frères provoquait un incident... »
« Ils l'ont déjà fait, répondit Evelyn. Lord Geoffrey l'a frappée lors de la répétition de la remise des prix. Il l'a fait exprès, pour la faire tomber de sa chaise. Tout le monde était là. »
« Geoffrey... » Lord Blackwood ferma les yeux un instant. « Mon fils aîné. Comblé d'honneurs, fiancé à une riche héritière — et il complotait avec Beatrice pour enfermer sa demi-sœur dans un asile. »
Il se ressaisit et reprit sa lecture, sa voix se faisant plus sourde à mesure qu'il avançait.
« 29 juillet. J'ai trouvé un homme de loi à Londres qui acceptera de recevoir ma déposition. Le nom de mon père m'ouvrira les portes. Je lui écrirai pour préparer le terrain. »
Evelyn interrompit : « Le nom de son père ? Je croyais qu'elle était fille de la seconde épouse de votre père. »
« Elle était fille de la seconde *Mme. Blackwood* — ma première épouse, répondit-il, une amertume dans la voix. Martha était née avant notre mariage. Je l'ai reconnue tardivement, mais mon nom ne lui a jamais été donné. Le nom de son père, c'était mon titre de cadet — elle était fille de Lord Charles Everett, mon frère. »
Evelyn resta un moment silencieuse. Tant de couches de secrets se révélaient, chacune plus sombre que la précédente.
« 31 juillet, reprit Lord Blackwood. Ma lettre est partie ce matin par la diligence de six heures. J'ai tout exposé au magistrat Edwin Hargrove de la cour de Bow Street. S'il la reçoit, Beatrice est perdue. La mise sous tutelle d'Annabel sans procédure légale sera portée à la connaissance du tribunal. Il me faut juste encore une semaine pour que la lettre arrive et qu'une réponse me parvienne. Je ne dois pas céder à la panique. Mais ce soir, quand j'ai croisé Beatrice dans l'escalier, elle a souri. Un sourire de chat qui joue avec une souris. Elle sait quelque chose. Je vous en prie, si vous lisez ceci sans moi, continuez la lutte. L'enfant doit être sauvée. »
La voix de Lord Blackwood se brisa sur les derniers mots. Evelyn s'approcha de lui et lui posa la main sur le bras.
« Elle avait raison, dit-elle doucement. Et cette lettre... si elle est partie le 31 juillet, elle est arrivée depuis longtemps à Bow Street. Le magistrat Hargrove a dû la lire. »
« Mais pourquoi alors n'avons-nous rien appris ? » demanda la voix d'Annabel derrière eux.
Evelyn fit volte-face. L'enfant se tenait dans l'embrasure de la porte, les joues pâles, ses mains crispées sur sa robe.
« Je vous ai suivis, murmura-t-elle. Je savais que vous chercheriez ici. »
Lord Blackwood s'avança vers sa fille, mais elle recula.
« Pourquoi n'ai-je pas été sauvée, alors ? s'enquit-elle d'une petite voix étranglée. Si la lettre est partie, pourquoi suis-je toujours en danger ? »
Evelyn l'observa, son esprit travaillant avec une rapidité fébrile. La lettre. La diligence. Le magistrat. Et Beatrice qui avait souri dans l'escalier.
« Parce que Beatrice l'a interceptée, dit-elle lentement. Elle savait que Martha cherchait à l'exposer. Elle avait des complicités partout — à Londres aussi bien qu'ici. Et si elle a pris la lettre, elle sait que Martha avait tout découvert. » Elle s'interrompit, les morceaux s'assemblant avec une netteté brutale. « Ce n'est pas seulement pour la faire taire qu'on l'a enlevée. C'est pour empêcher que cette lettre atteigne son destinataire. Martha était sur le point de faire tomber Beatrice, et Beatrice l'a éliminée. »
Les yeux d'Annabel s'emplirent de larmes. « Alors la lettre n'est jamais partie ? »
« Ou bien elle est partie mais Beatrice l'a récupérée à l'arrivée, corrigea Evelyn. Sa complice à Londres, le médecin peut-être, ou M. Grant dès la malle-poste. »
Elle s'accroupit devant l'enfant et la prit par les épaules.
« Mais cela signifie autre chose, Annabel, dit-elle avec intensité. Cela signifie que quelqu'un, ici ou à Londres, détient la preuve que ta gouvernante disait la vérité. Et si nous pouvons trouver cette lettre, ou celui qui l'a interceptée, Béatrice perdra son dernier mensonge. »
De la fenêtre, une lueur grise commença à poindre. L'aube. Le départ de Beatrice était proche.
« Nous n'avons que quelques heures, murmura Lord Blackwood. Où peut-elle cacher une lettre assez importante pour lui valoir sa liberté ? »
Evelyn se releva, les yeux brillants. Son regard se porta vers le portrait posé sur la coiffeuse de Martha Reeves — une dame âgée aux traits sévères, mais au sourire bienveillant.
« Elle ne nous la dira jamais volontairement, dit-elle. Mais Béatrice a une faiblesse : sa confiance en son propre génie. Si nous pouvons la faire parler, lui faire croire que nous ignorons tout, qu'elle s'estimera victorieuse... »
Elle se tourna vers Lord Blackwood.
« Je vais la voir. Maintenant. Seule. Avant qu'elle ne parte. »
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