Le Registre de la Ruine
Lire le chapitre 18: The Night Before the Job
La pluie de novembre tambourinait contre les vitres du garage désaffecté que Roy avait loué sous un nom d'emprunt. Une seule ampoule nue éclairait la table pliante où les cartes de Chicago s'étalaient, couvertes de croquis et de notations à l'encre rouge. Walter sentait l'odeur de l'huile de vidange et du tabac froid qui imprégnait les murs, et quelque part dans la nuit, une sirène de police lança son cri avant de mourir dans la distance. Il consulta sa montre. Dix heures passées. Demain, à cette heure, tout serait fini.
Roy frappa la table du plat de la main.
— Alors, Crane. Montre-nous.
Walter se leva, ses jointures blanchies sur le bord de la table. Il avait répété ce discours des dizaines de fois dans sa tête, mais maintenant que les visages de Doc, de Jack et de Sal se tournaient vers lui, les mots semblaient se dérober. Il toussa.
— Demain, à dix-neuf heures précises, la Federal Trust célèbre la fin de l'audit annuel. Le président DeVries reçoit le banquier d'État, les principaux actionnaires et, selon nos informations, le rédacteur en chef du *Chicago Tribune*.
— Pour la publicité, grogna Jack depuis son coin, où il faisait tourner un couteau entre ses doigts.
— Pour la publicité, confirma Walter. La salle des coffres est sous le hall principal. La porte principale est un anneau de sécurité en acier à deux vantaux de la Herring-Hall-Marvin, modèle 1928. Celle précisément que la banque a fait installer après la fusion. Le fabricant, pour ses équipes de maintenance, a caché un mécanisme de dérivation derrière le panneau de contrôle sous le comptoir de l'agent de sécurité. Aucune trace dans les plans officiels. J'ai vérifié moi-même quand j'étais comptable à la succursale de l'autre côté de la rue, l'année où ils ont fait installer ce modèle dans plusieurs banques de la région.
Il marqua une pause, sentant le poids de son propre passé dans ces chiffres.
— Ce mécanisme ne désactive pas l'alarme, il la gèle. Quand on le déclenche, le panneau d'alarme principal affiche un test de maintenance. La banque est aveugle pendant quatre-vingt-dix secondes. Pas plus. Après, le système reprend.
Roy hocha la tête, accroupi sur une caisse renversée, ses yeux plissés comme ceux d'un chat.
— Quatre-vingt-dix secondes, c'est ce que tu m'as dit. Mais toi, tu restes en haut, avec les invités. Tu ne seras pas dans la salle des coffres.
— Je connais le passage. Je peux l'expliquer en une minute. C'est le travail de Doc et de Jack de l'exécuter.
Doc, qui jusqu'ici avait écouté en silence en fumant une cigarette, écrasa son mégot sous sa chaussure.
— La porte du coffre privé de DeVries ? Tu m'as dit qu'elle avait une serrure à permutation à trois disques.
— Une Chubb style britannique, répliqua Walter. J'ai travaillé sur les relevés d'entretien de ce type de serrure pendant des années. Le code est très probablement un relevé de date : la date de naissance de DeVries, ou celle de son fils, ou celle de la fondation de la banque. Le coffre est dans le mur du fond, dissimulé derrière un panneau de boiserie. Il est petit, individuel, pas le grand coffre-fort principal.
Jack l'interrompit en abattant le poing sur la table.
— Merde, Crane, tu parles comme si on allait voler une lettre dans une boîte aux lettres ! On est des cambrioleurs, pas des employés de bureau ! La salle des coffres de la Federal Trust contient des dizaines de milliers de dollars. On entre par la même porte que ton petit coffre secret. Pourquoi diable on passerait devant tout ça pour un fichu document ?
— Parce que le document *est* la cible, dit Roy, avec un calme qui glaça la pièce. La Ford et le culbuto ont besoin de vraies preuves pour que la presse et les procureurs s'emparent de l'affaire. Le document prouve que DeVries a délibérément provoqué la panique bancaire pour racheter les banques concurrentes à des prix bradés. Qu'il a orchestré la ruine de milliers de gens, dont celle de Crane.
Jack rit, amer.
— Et les gens dans la rue qui vivent avec du pain sec, ils s'en foutent, de ses putains de preuves ! Ils veulent du sang et des pièces !
— On ne touche pas à la salle des coffres principale, répéta Walter. Le vol d'un document dans le coffre privé de DeVries, c'est un cambriolage de bureau. Les banques remboursent rarement les documents. Le manque de liquide déclencherait une enquête fédérale simultanée avec l'enquête sur le scandale — une enquête qui pourrait atterrir sur nos têtes avant qu'on ait eu le temps de faire éclater la vérité. Le document doit nous être révélé *avant* qu'on sache que quelque chose a disparu. Une seule cible. Quelques jours de silence. Après, tout explose en même temps.
— Et mon argent à moi ? demanda Jack, la voix tendue comme une corde de violon. Tout ce qu'on risque, et vous voulez qu'on parte avec des mains vides ?
Roy se leva alors, d'un mouvement lent. Il mesurait une tête de plus que Jack, et dans la demi-obscurité, sa silhouette semblait enveloppée d'ombre.
— Notre argent, Jack, c'est la renommée. Quand ce document sortira, when la carrière de DeVries s'effondrera et que le public saura qu'on a déjoué le plus gros crime économique du siècle, les gens parleront de nous avec admiration. Les contrats de protection, les pots-de-vin, les informations vendues aux journaux — tout ça rapportera plus que ce que cette salle des coffres contient. Mais si on sème le chaos, on devient des bandits ordinaires. On pourchasse sur tout le pays. Et quand on sera arrêtés, on mourra en prison, seuls et oubliés.
— Je croyais que c'était déjà ça, le plan, ricana Jack.
— Le plan, c'est d'être des héros ou des morts, dit Roy. Pas des ordures qui ont volé pendant qu'on les pend.
La tension dans la pièce monta d'un cran. Walter vit la mâchoire de Jack se crisper, les muscles de son cou saillir. Il connaissait ce genre d'homme — le genre qui faisait la queue devant les banques dans les années vingt avec une crosse de pistolet sous la veste. L'instinct de Jack était de prendre, de saisir, de remplir ses poches. L'abstraction, l'attente, la patience — tout cela lui était étranger.
Mais c'est Sal qui brisa le silence.
— Il a raison, dit-elle doucement, sans quitter la fenêtre où elle avait observé la rue déserte. Le document, c'est la vraie prise. Le liquide qu'on peut vider, c'est la monnaie de singe. DeVries a renfloué des banques pendant des années — ces coffres contiennent à peine assez pour notre billet de train. Mais le document... il vaut son propre poids en or. Et puis, ajouta-t-elle avec un sourire en coin, y'a rien de plus excitant que de voler une chose qui n'a pas de prix.
Jack tourna son regard vers elle, ses yeux plissés dans une évaluation muette. Puis il laissa échapper un souffle, comme un taureau qui avait chargé sa porte en vain.
— Putain de merde, d'accord. Je laisse tes papiers tranquilles. Mais si y'a un pépin, je prends ce que je peux.
— On n'aura pas de pépin si tout le monde reste dans les temps fixés, dit Walter, sentant des gouttes de sueur perler sous son col.
Il étala une photographie aérienne de la banque sur les cartes, une image prise quelques semaines plus tôt par un ami de Roy qui opérait un avion de tourisme à Gary, Indiana.
— On entre par la porte de service de la cuisine. Sal, tu as disposé les repas de la réunion à la banque : tu seras dans la cuisine à neuf heures pour superviser les livraisons. Tu passes le panneau électrique du sous-sol à dix-huit heures cinquante-cinq, exactement quand le banquet commence. Tu coupes l'alimentation de la deuxième aile. C'est là qu'est le panneau de contrôle. Doc, tu entres à dix-neuf heures avec le comité de l'État, tu restes dans le hall. Jack, tu arrives par les toits, par l'échafaudage du bâtiment voisin — tu as fait une reconnaissance, tu connais le trajet. Sal, tu retrouves Doc derrière le panneau. Jack descend vous rejoindre. Tu, Doc, déclenches la dérivation ; Jack ouvre la porte. Vous entrez, vous ouvrez le coffre privé de DeVries, vous prenez le document, vous refermez — et vous sortez comme des spectres. Moi, je reste dans le hall, je fais diversion. À dix-neuf heures quinze, c'est fini.
La simplicité du plan contrastait avec la tension qui régnait. Walter regarda les visages autour de la table : Roy, imperturbable, son regard de faucon ; Doc, sa bouche tordue par une fausse assurance ; Jack, sa colère à peine contenue ; Sal, ses yeux vigilants perçant l'obscurité de ses pensées.
Et pour une raison étrange, il sentait un lien se tisser entre eux — des hommes et une femme brisés, rongés par la vie et la perte, mais qui avaient trouvé un but dans le vol d'une vérité. C'était la première fois depuis la ruine de sa banque que Walter se sentait appartenir à un groupe qui ne le jugeait pas pour ses échecs.
— Où est le document exactement ? demanda Doc.
— Dans le coffre de DeVries, fixé au mur du fond, entre les dossiers de l'audit. Un stylo à encre bleue. Ma connaissance de ses habitudes me dit qu'il le garde dans le compartiment supérieur gauche.
— Et si Edward Whitfield est là ? demanda Sal.
La question flotta dans l'air comme un poison. Walter avait évité d'y penser.
— Je le gérerai, dit-il, sans conviction parfois vacillante.
— Bon, fit Roy, se levant. Tout est clair. Repos maintenant. Demain matin, dernière répétition. À l'aube, on bouge.
Comme les autres se dispersaient, Walter observa une dernière fois la carte. Le bâtiment de la Federal Trust se dressait comme une forteresse de pierre et de fer, mais pour lui, c'était un piège tendu à son auteur. Et pourtant, dans un coin de son esprit, il se demanda si DeVries ne leur avait pas tendu un piège à tous.
Dans la poche intérieure de sa veste, il sentit le pli du document que Meridian lui avait donné — le papier qu'il avait forgé plus tôt. Un détail inutile maintenant, mais dont il ne pouvait se défaire. Il l'effleura du bout des doigts.
Demain. Révéler la vérité ou mourir dans l'oubli.
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