Le Registre de la Ruine
Lire le chapitre 19: The Heist of Federal Trust
La nuit enveloppait Federal Trust d'une obscurité que seuls les projecteurs de façade trouaient d'une lueur jaunâtre. Walter ajusta son nœud de cravate devant la vitre teintée de la Packard, observant les invités qui gravissaient les marches de marbre, leurs rires feutrés par le double vitrage. L'invitation au nom de Whitfield pesait dans sa poche intérieure comme un fer rouge.
— C'est l'heure, murmura-t-il.
Roy tapota son chapeau. Sal vérifia son pistolet une dernière fois, le regard fixé sur la grille d'aération du sous-sol. Jack, adossé à la portière, mâchonnait un cure-dent avec une agitation nerveuse. Doc, calme, ajusta ses lunettes.
— On se retrouve dans une heure, dit Roy. Walter, tu entres par la façade. Toi et moi, Sal et Jack, par le tunnel de service au nord. Doc reste en vigie.
Le plan se déroula comme un mécanisme d'horlogerie. Walter présenta son invitation à l'huissier, échangea des politesses avec un contrôleur du Trésor qu'il ne connaissait pas, et se fondit dans le flot des invités vêtus de tweed et de soie. Le hall de Federal Trust l'écrasait de ses plafonds à caissons, de ses comptoirs en acajou poli, de ses coffres visibles derrière les grilles dorées. Le luxe de la banque qui avait avalé la sienne.
Il compta les secondes jusqu'à la rotation des gardes. Dix minutes. Il se dirigea vers les toilettes au deuxième étage, s'y enferma, puis ouvrit le conduit d'aération que Sal avait repéré lors de ses repérages. Le métal froid contre ses doigts, il rampa dans le noir, guidé par la torche sourde de Roy.
Ils se rejoignirent dans la salle des archives, au sous-sol. Sal avait déjà neutralisé le panneau de contrôle principal, ses doigts agiles dansant sur les relais. Jack surveillait le couloir, le dos plaqué au mur, un rictus nerveux aux lèvres.
— Combien de temps ? demanda Roy.
— Quatre minutes avant que la patrouille ne passe au niveau inférieur, répondit Sal sans lever les yeux. Le panneau de sécurité est un modèle standard. J'ai besoin de deux minutes.
Walter sortit de sa poche le document de la Meridian, caressa son bord usé comme un talisman, puis se pencha vers la serrure du coffre privé de DeVries. Il avait étudié ce modèle pendant des années, dans une autre vie, dans une autre banque. Les combinaisons chez Federal Trust suivaient un schéma précis : la date de fondation, le numéro de licence, et un caprice du propriétaire. Il tourna le cadran.
— 17... 31... 44...
Un déclic. La porte du coffre céda.
À l'intérieur, une liasse de documents, ficelée de ruban rouge. Walter l'attrapa, mais une diode rouge s'alluma sur le montant du coffre — une alarme secondaire, invisible à l'œil nu.
— Merde, souffla Roy.
— J'y vais, dit Jack.
Il s'élança vers le panneau latéral, un couteau à la main, pour sectionner les fils. Doc était resté en vigie dans le couloir, à l'angle de la porte. Un bruit de bottes. Une silhouette de garde apparut.
Doc n'eut pas le temps d'attaquer. Le coup de feu claqua, sourd, étouffé par l'épaisseur des murs. Doc s'effondra, une tache pourpre s'étalant sur sa chemise blanche. Le garde leva son arme de nouveau, mais Doc, avant de perdre connaissance, saisit son revolver et tira deux fois. Le garde tomba lourdement, un filet de sang dans la bouche.
— Doc ! cria Sal.
Jack arracha les fils du panneau. La diode rouge s'éteignit.
Roy arracha le document des mains de Walter et le glissa dans sa veste.
— On part. Maintenant.
Ils traînèrent Doc dans le tunnel de service, laissant une traînée écarlate sur le ciment. Walter soutenait la tête du médecin, sentait le sang chaud qui imbibait ses doigts.
— Tiens bon, lui dit-il. On va sortir.
Doc râla, les yeux mi-clos.
— Les noms... murmura-t-il, la voix brisée. Le document... il y a les noms... jusqu'à Washington.
Walter serra la mâchoire et accéléra le pas vers la Packard qui les attendait, moteur tournant, dans la ruelle derrière la banque.
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