Le Registre de la Ruine
Lire le chapitre 21: The Revelations
La lampe à huile crachotait, projetant des ombres dansantes sur les murs suintants de l'entrepôt. Walter était assis sur une caisse retournée, le document volé étalé devant lui sur une planche posée en travers de deux barils. Ses doigts tremblaient légèrement, non de froid, mais de ce qu'il venait de lire.
Doc gisait à quelques mètres, une compresse de fortune pressée contre son flanc. Sa respiration, bien que faible, était régulière. Sal était partie chercher de l'eau potable. Roy et Jack montaient la garde près des portes.
— Alors ? demanda Roy depuis l'ombre. Qu'est-ce que ça dit vraiment, ce bout de papier qui valait la vie de Doc ?
Walter ne répondit pas immédiatement. Il relisait un passage pour la troisième fois, comme s'il pouvait en changer le sens par la force de sa concentration.
Le document était un état des transactions interne de Federal Trust, préparé pour les yeux de DeVries seul. Un tableau méthodique : banques listées par nom, date de faillite, montant des actifs rachetés, et le prix dérisoire payé en dessous de leur valeur réelle. La banque de Walter, Crane & Fils, y figurait en troisième position sur une liste de douze.
Mais ce n'était pas la liste elle-même qui lui serrait la gorge. C'étaient les annotations marginales, écrites à la main dans une encre bleue distincte. L'écriture de DeVries. Walter l'avait vue maintes fois sur des documents officiels, lorsqu'il travaillait encore dans le secteur.
À côté du nom de Crane & Fils, DeVries avait griffonné : *« Précipité par pression sur la fiduciaire nationale. Paiement accéléré. Aucune résistance significative du propriétaire. »*
Walter leva les yeux vers le plafond fissuré. Son père. Ce n'était pas la panique bancaire qui avait tué son père — la crise cardiaque avait suivi la faillite, c'était vrai — mais la faillite elle-même avait été provoquée. *Pression sur la fiduciaire nationale.* Une autre banque, complice, avait retiré ses réserves au moment le plus inopportun. Un mouvement coordonné.
— Walter. La voix de Roy était plus insistante. Tu nous lis quelque chose, oui ou non ?
Walter replia le document avec soin, puis le déplia de nouveau. Ses mains refusaient de rester immobiles.
— C'est pire qu'on pensait. Ce n'est pas une simple fraude. Ce sont eux qui ont créé la panique.
Il se leva et s'approcha de la lumière, le papier tendu devant lui.
— DeVries et d'autres — il y a sept noms ici, dont deux sénateurs — ont identifié des banques régionales solides. Ils ont approché leurs fiduciaires avec une proposition : retirer leurs dépôts d'un coup, massivement, à une date choisie. Les banques, naturellement, s'effondraient en quelques jours. Puis DeVries rachetait les actifs par l'intermédiaire de prête-noms à un dixième de leur valeur.
Jack siffla doucement depuis son poste près de la porte.
— Et personne ne trouvait ça étrange ? Douze banques qui tombent en six mois ?
— La panique générale masquait tout. Les gens retiraient leur argent partout, par peur. Les vraies faillites couvraient les fausses.
Walter tourna la page. Une seconde feuille, plus épaisse, était collée au dos. Un mémorandum daté de huit mois avant l'effondrement de sa propre banque.
Il lut à voix haute, sa voix devenue rauque :
— *« L'obstacle principal reste l'examinateur régional Phelps. Il a posé des questions sur la concentration d'actifs et menace d'auditer les transactions interbancaires. Proposition : l'écarter par une mise en cause publique. Un dossier déjà constitué — voir l'annexe A. »*
Le silence qui suivit était si épais qu'on aurait pu le couper au couteau.
Le nom d'Arthur Phelps. Assistant examinateur, homme discret aux costumes élimés, connu pour sa ténacité. Lorsque Walter était encore en activité, il l'avait rencontré trois fois. Phelps examinait les livres de Crane & Fils deux mois avant la faillite. Il avait noté quelques irrégularités mineures, rien de plus. Mais il avait surtout posé des questions sur d'autres banques, sur des transactions inhabituelles entre institutions. Il cherchait quelque chose.
Puis Phelps avait disparu. Officiellement, il avait démissionné de son poste pour raison de santé. Walter, à l'époque, n'y avait pas prêté attention — il était trop occupé à tenter de sauver sa propre banque.
— Phelps était sur leur liste, murmura Walter. Pas comme victime. Comme complice.
Roy s'approcha, les sourcils froncés.
— Mais tu disais qu'il enquêtait. Que c'était un homme honnête.
— Il l'était.
Walter fixait toujours la phrase écrite en bleu dans la marge, de la même écriture que les autres annotations : *« Phelps neutralisé. Dossier falsifié présenté à son supérieur. Accusations de corruption — trois témoignages achetés. Il a fui avant l'arrestation. Où qu'il soit, il ne représentera plus un danger. »*
— Il est fichu, dit Walter. Ils l'ont piégé. Fichu, discrédité, contraint à disparaître. Et tout le monde — les journaux, la profession, moi-même — a cru qu'il avait vendu des informations aux banques rivales.
Jack gratta sa barbe naissante.
— Donc, soit ce Phelps est mort quelque part dans un fossé, soit il se cache toujours. Dans les deux cas, son nom sur cette liste sert les intérêts de DeVries.
— Exactement. S'ils ont besoin d'un bouc émissaire, il est tout désigné. Et s'il est vivant et qu'il resurgit, ils le font passer pour un maître chanteur.
Doc toussa faiblement, attirant l'attention de tous. Ses yeux étaient ouverts, vitreux mais présent.
— Walter, murmura-t-il. La date. Au bas de la première page. Regarde-la.
Walter retourna le document. Une date manuscrite : le 14 mars. Dans trois semaines.
— C'est quoi, cette date ? demanda Roy.
— D'après le contexte, dit Walter, c'est la prochaine échéance. Le prochain paiement aux associés de Washington. DeVries leur verse des dividendes trimestriels sur les actifs revendus.
— Et si le document ne leur parvient pas ?
Walter regarda le papier qu'il tenait entre ses doigts. Un document unique. La seule preuve existante — ou du moins la seule qu'ils aient trouvée.
— Si le versement n'arrive pas, dit-il lentement, DeVries saura que quelque chose cloche. Il fera le ménage, détruira les autres preuves, fera taire les témoins. Ce document, c'est notre unique cartouche. Et je parie qu'il n'a jamais eu d'intention de le laisser traîner dans un coffre.
— Alors pourquoi l'avoir gardé ? demanda Jack.
Walter sourit sans joie.
— Les hommes comme DeVries collectionnent les preuves contre leurs associés. C'est leur assurance. En cas de trahison, ils peuvent détruire n'importe qui. Nous venons de voler sa police d'assurance préférée.
Un bruit dehors. Roy leva la main, tous se figèrent. Puis un double coup, suivi d'un seul. Sal. Roy alla ouvrir.
Elle entra, deux bidons d'eau à la main, les joues rougies par le vent. Elle posa son chargement et regarda les visages tendus.
— Qu'est-ce que j'ai manqué ?
— Le puzzle, dit Walter. Il est complet.
Il lui résuma rapidement le contenu du document. Elle écouta, hochant la tête à certains passages, fronçant les sourcils à d'autres. Quand il eut terminé, elle s'accroupit près de Doc et vérifia son pansement.
— Donc, dit-elle, on a un document qui prouve que des banquiers ont provoqué la crise pour s'enrichir, avec des complicités jusqu'à Washington. Et un homme blessé qui ne peut pas voyager. Il faut décider de la suite.
Roy s'appuya contre un poteau.
— DeVries va découvrir le vol dès qu'il ouvrira son coffre. On a peut-être deux jours, peut-être moins, avant que toutes les polices de Chicago ne nous cherchent. Il faut bouger.
Walter replia le document et le glissa dans sa veste, contre sa poitrine. La sensation du papier contre son cœur lui rappelait la lettre de sa fille, celle qu'il avait déchirée pour forger l'invitation. Une lettre de plus qui portait le poids de sa vie.
Mais quelque chose le tracassait encore. Il sortit le document de nouveau et examina la seconde page sous un angle différent. Il y avait un pli dans le papier, comme si une troisième page avait été collée puis retirée. Des traces d'adhésif.
— Il y avait autre chose, dit-il.
— Comment ça ? demanda Roy.
— Cette page est incomplète. Quelqu'un a retiré une section avant que nous ne la prenions. Regardez — les fibres du papier sont déchirées, pas coupées. C'est récent.
Il leva les yeux vers le plafond, le regard lointain.
— Quelqu'un d'autre a eu accès à ce coffre avant nous. Et a retiré quelque chose. Quelque chose que DeVries ne voulait pas que nous trouvions — ou que quelqu'un d'autre ne voulait pas que nous trouvions.
Un silence s'installa. Dehors, le vent gémissait contre les tôles de l'entrepôt.
— Qui ? demanda Sal.
Walter ne répondit pas. Mais dans son esprit, un nom s'imposa, inattendu et dérangeant : Arthur Phelps. Et pour la première fois, il se demanda si l'examinateur disparu était vraiment mort, caché, ou quelque chose de bien plus dangereux — un homme qui jouait son propre jeu, depuis l'ombre.
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