Le Registre de la Ruine
Lire le chapitre 25: The Fallout
Le silence dans l'entrepôt était plus lourd que les caisses de machines rouillées empilées contre les murs. La voix de Doc s'était éteinte comme une bougie dans un courant d'air, et Walter tenait encore sa main, les doigts de l'homme encore chauds mais déjà inertes.
« Doc ?
Rien. La poitrine de Doc ne se soulevait plus. Une dernière bulle de sang avait éclaté sur ses lèvres, et ses yeux gris étaient restés ouverts, fixant quelque chose que Walter ne pouvait pas voir.
Walter déglutit. Il passa une main sur les paupières de Doc, les fermant doucement.
« Bon Dieu, murmura Roy derrière lui. Il est mort ?
Walter se tourna. Roy se tenait à trois mètres, le document serré contre sa poitrine comme un nouveau-né. La colère monta en Walter, chaude et acide.
« Tu l'as tué, dit Walter. Ta saloperie de mensonge. Ton coup monté. Ce cœur n'a pas supporté le choc.
— J'ai rien fait, répondit Roy, la voix un ton trop haute. C'est lui qui a parlé. Il a déliré pendant des heures, tu le sais. Il aurait dit n'importe quoi pour te protéger.
— Il a dit la vérité.
Jack baissa son arme. Il regardait le corps de Doc, le visage décomposé entre la confusion et le chagrin.
« Putain, Doc, souffla-t-il. C'était lui qui nous tenait ensemble.
Roy fit un pas vers la porte de derrière. Son ombre s'allongeait dans la lumière jaune qui filtrait par les fenêtres graisseuses.
« Écoutez, dit-il. On n'a plus le temps pour les pleurnicheries. DeVries croit qu'on a le document. On a le document. Dans deux semaines, la date butoir va déclencher l'audit. On a besoin d'un plan.
— Le plan, c'est de le tuer ? demanda Sal depuis la fenêtre où il était resté caché. Je t'ai entendu. Tu as dit « qu'on le tue ».
Roy haussa les épaules. « Je parlais de lui. Crane. C'est lui qui est dangereux. Il connaît le contenu du document mieux que nous tous. Il a la tête faite pour les chiffres, mais il n'a pas le ventre pour ce qu'on doit faire.
Walter se releva lentement. Ses genoux craquèrent. Il avait passé la nuit à veiller Doc, à changer ses bandages, à lui tenir la main quand les fièvres le traversaient. Maintenant, la fatigue se mêlait à la rage dans ses veines.
« Je n'ai pas le ventre pour quoi ? Pour être le bouc émissaire de ton plan foireux ?
Roy sortit son pistolet. Le canon était dirigé vers le sol, mais son doigt caressait la détente.
« Tu as compris le document, Crane. Tu sais qu'on peut faire chanter DeVries et sa clique à Washington. Tu sais aussi que ça foutrait en l'air tout ce qu'on a construit. Alors tu vas me laisser sortir, et si tu me suis, je te défonce le crâne.
Le silence retomba. Jack regardait Walter, puis Roy. Sal s'était avancé, son visage fermé.
« On ne le laisse pas partir comme ça, dit Jack. Doc vient de mourir à cause de lui.
— À cause de moi ? répéta Walter. C'est lui qui t'a raconté que j'étais un forban, un type viré pour détournement de fonds. C'est faux. J'ai jamais touché un centime de la banque. J'ai été licencié parce que j'ai refusé de fermer les yeux sur les réserves qu'ils drainaient. Et DeVries a monté un dossier contre moi pour me discréditer.
— C'est ce que tu dis, coupa Roy. Et qui peut le prouver ? Doc est mort. Il disait n'importe quoi sur son lit de souffrance.
— Doc savait, répliqua Walter en s'approchant d'un pas. Il savait qu'on m'a viré pour ne pas avoir signé des écritures truquées. Il gardait les livres de la banque en double, dans une planque à Poughkeepsie. Il me l'a avoué avant de mourir. Il y a des preuves là-bas.
Roy sourit. Un sourire mince, sans chaleur.
« Intéressant. Alors tu as les preuves, mais tu n'as pas le document.
Il tendit le dossier, le secouant légèrement.
« Moi, j'ai le document. Et dans la main d'un type qui veut pas finir flingué dans un entrepôt pourri. Alors voilà ce qu'on va faire. Je sors. Jack, tu restes ici avec ce con. Sal, tu me suis.
Sal ne bougea pas.
« Pourquoi je te suivrais ? demanda-t-il. C'est toi qui as monté ce merdier. C'est toi qui as vendu la mèche au sujet de Crane.
— Je t'ai sorti de ta dette avec Sorelli, non ? répondit Roy. J'ai payé la moitié de ce que tu devais. L'autre moitié, je la paierai quand on aura le fric pour le chantage.
— C'est vrai ? demanda Jack, se tournant vers Walter. Il a payé la dette de Sal ?
Walter secoua la tête. « Je sais pas. Tout ce que je sais, c'est que Roy a fabriqué une histoire pour me discréditer, et qu'il l'a fait au moment où Doc était le plus vulnérable. Il voulait nous diviser.
— Doc était un soldat déserté, dit Roy. Il avait peur de se faire rattraper tout le temps. Il voyait des fantômes partout.
— Il voyait le vrai Roy, répliqua Walter. Et il savait que tu avais le cul entre deux chaises. Tu joues les braqueurs, mais tu es un indic. Tu travailles pour la sécurité de la banque ou pour DeVries directement ? Allez, dis-leur.
Roy tressaillit. C'était imperceptible, un frémissement au coin de sa mâchoire, mais Walter l'attrapa.
« Tu as le document, continua Walter. Tu pourrais le donner à DeVries et toucher une commission pour éviter le scandale. Ou tu pourrais l'utiliser pour le faire chanter, comme tu dis. Mais tu as besoin de nous pour faire le sale boulot, pas vrai ? Parce que tu es pas un homme de terrain.
— Ça suffit, grogna Roy.
— Sinon quoi ? Tu vas me tuer devant Jack et Sal ? Et ensuite ? Nous tous ? Parce que c'est la seule façon de te débarrasser de tous les témoins.
Roy leva son arme. Pour un instant suspendu, Walter crut qu'il allait vraiment tirer. Puis la porte de derrière s'ouvrit à la volée, et deux hommes vêtus de pardessus noirs entrèrent. Le scarifié les suivait, un cigare humide coincé entre ses dents.
« On dirait que je tombe mal, dit-il en jetant un regard au corps de Doc. Ou peut-être très bien.
Roy ne perdit pas un instant. Il tourna les talons, fonça vers la porte latérale et disparut dans l'ombre. Un claquement de pieds sur le gravier, puis le moteur d'une voiture qui démarre.
« Merde ! cria Jack en se précipitant vers la porte. Il a pris la bagnole de Doc !
Sal courut après lui, mais s'arrêta sur le seuil. La voiture disparaissait déjà dans la nuit, deux points rouges qui s'éloignaient dans l'avenue déserte.
Le scarifié s'avança lentement dans la pièce. Il contourna le corps de Doc avec précaution, comme s'il craignait de réveiller un chien endormi.
« Il vous a pris le document, dit-il. C'est ce que je vois.
— Vous tombez bien, répliqua Walter, les mâchoires serrées.
Le scarifié haussa les épaules. « Je voulais seulement parler. Vous avez l'air d'avoir des problèmes dans votre camp. Les problèmes se règlent en parlant, pas en se tirant dessus.
— Doc est mort, dit Jack en revenant dans le hangar. On a plus de temps pour les conférences. Il faut rattraper Roy avant qu'il vende le dossier à DeVries.
Jack se tourna vers Walter, le pistolet de Roy toujours dans sa main.
« Toi. Tu restes ici.
— Quoi ? s'exclama Walter.
— On ne sait pas si tu nous as dit la vérité, répondit Jack. Mais si Roy ment, t'es la seule preuve vivante qu'on ait. Alors tu ne bouges pas.
— Je peux aider à le retrouver, insista Walter. Je connais ses habitudes. Il va sûrement prendre la route de Philadelphie pour passer la nuit avant de rencontrer DeVries.
Sal hocha la tête. « Il a raison. On aura besoin de lui.
Jack hésita. Il regarda le corps de Doc, puis le scarifié qui les observait en silence depuis un angle.
« Putain, on ne peut pas faire confiance à personne. À personne.
Walter regarda Doc. Les yeux fermés maintenant, la bouche apaisée. Il avait vu un homme mourir entre ses mains parce qu'un menteur avait décidé que la vérité était une monnaie d'échange.
« Vous pouvez me croire, dit-il doucement. Je peux vous conduire vers Roy. Mais vous devez me laisser sortir de cet entrepôt.
Jack fit signe à Sal. « On le tient à l'œil. S'il essaye un truc, on lui met une balle dans le genou.
Sal hocha la tête.
Walter se leva, les mains ouvertes, paumes tournées vers le plafond.
« Je vous dois bien ça, dit-il. Pour Doc.
Il ne savait pas encore comment il allait s'en sortir. Mais il savait que la vérité écrite dans le document caché dans l'aération — son exemplaire secret — était sa seule vraie arme. Et personne d'autre que lui ne savait où elle se trouvait.
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