Le Registre de la Ruine
Lire le chapitre 26: The Honest Thief
Les éclats de verre crissaient encore sous mes semelles quand je me suis relevé. Jack avait tourné la tête une seconde, juste une seconde, pour jeter un regard à Sal. C'était tout ce dont j'avais besoin.
Je me suis jeté sur la table basse où ils avaient posé les clés de la Ford — négligence d'hommes qui se croyaient vainqueurs. Ma main gauche a refermé la ferraille froide. La droite a attrapé le revolver que Sal avait laissé tomber pendant que Big Jim et ses gorilles l'avaient forcé par la fenêtre.
« Qu'est-ce que tu fous ? » La voix de Jack a fusé, mais son pistolet était encore dans son étui, et sa surprise m'offrait une demi-seconde d'avance.
J'ai tiré dans le plafond. La poussière a plu sur eux, sur la caisse de fusils volés, sur les bidons d'essence. Sal s'est plaqué au sol, les mains sur la tête. Jack n'a pas bougé, mais ses yeux ont calculé, et il a compris que je n'allais pas tirer sur lui à bout portant — pas encore.
« Walter, attends— » a commencé Sal.
« Il n'y a plus de Walter ici, » ai-je dit. Ma voix était calme, plus calme qu'elle ne l'avait été depuis des semaines. « Il est mort quand Doc est mort. Il est mort quand j'ai compris que ce syndicat détruit la vie de personnes honnêtes depuis des années. Je ne vais pas laisser Roy livrer ce document à DeVries. »
Jack a fait un pas vers moi. J'ai levé le canon. Il s'est arrêté.
« Tu vas me descendre pour partir ? » demanda-t-il, amer.
« Si je dois partir d'ici, oui. »
Le silence a duré une éternité de trois secondes. Puis Jack a souri, sans joie. « Tu n'as jamais tiré sur personne de ta vie, Crane. Tu es comptable. »
« J'ai compté les morts que Roy a permises en fabriquant ce faux dossier. Ça me suffit comme entraînement. »
Sal s'est relevé lentement, les mains en l'air, les yeux comme des soucoupes. « Walter, sois raisonnable. On peut trouver un arrangement. Big Jim est à l'extérieur, tu ne peux pas— »
« Big Jim n'est pas mon problème. Roy est mon problème. » J'ai reculé vers la porte arrière, celle qui donnait sur le quai de chargement désaffecté. « Dites à Big Jim que sa dette sera payée. Dites-lui que le syndicat DeVries paiera deux fois ce qu'il doit. C'est la seule monnaie qui existe dans ce pays — la peur et l'argent. »
L'air humide de la nuit m'a frappé le visage comme une serviette mouillée. Derrière moi, Jack criait des ordres, mais les hommes de Big Jim étaient stationnés devant, pas derrière. Je connaissais ce terrain mieux qu'eux. J'avais passé tant de nuits à compter les caisses volées ici que chaque planche de bois racontait une histoire.
La Ford était garée sous l'auvent rouillé. J'ai ouvert la porte, m'étendu sur le siège en cuir craquelé, et j'ai tourné la clé. Le moteur a eu un raté, un hoquet, puis a grogné.
Les phares ont balayé le mur de briques. Je suis parti dans un crissement de pneus, sans regarder en arrière.
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La ville dormait encore quand j'ai atteint la gare routière. Le guichetier sommeillait derrière son grillage, la tête sur les bras. Je lui ai montré la photo de Roy que Doc avait prise lors de la descente de la banque de Davenport — Roy en train de forcer le coffre avec un sourire.
L'homme a cligné des yeux. « Ça fait un moment que j'avais pas vu une gueule pareille. Il a payé le billet de dix pour la correspondance vers Springfield, mais il est monté dans le bus de Riverton. » Il a craché dans un seau. « Un gars qui paie un Dix avec un billet de cinquante, ça se remarque. »
« Un billet de cinquante ? » ai-je demandé, une sonnette qui s'active dans ma tête.
« Ouais. Saignée franche. Pas de plis. J'ai cru qu'il était du gouvernement jusqu'à ce que je voie la cicatrice au-dessus de la lèvre. »
Roy était parti à Riverton — la ville où DeVries possédait cette propriété à l'abandon, celle dont Doc m'avait parlé une nuit, entre deux gorgées de whisky, quand il croyait que je dormais. Une propriété entourée de murs de pierre, une ancienne maison de campagne d'un magnat du chemin de fer qui avait fait faillite en 1927. DeVries l'avait rachetée pour presque rien.
Comme tout le reste.
J'ai poussé un billet de cinq francs à travers le grillage. « Le prochain bus pour Riverton ? »
« Dans quatre heures. »
J'ai secoué la tête. « Et le train de marchandises qui passe à trois kilomètres d'ici à l'aube ? »
L'homme a plissé les yeux, un éclat rusé dedans. « Vous avez des problèmes avec la loi, monsieur ? »
« Avec plus grave que la loi. »
Il a ri, bouche édentée, et m'a jeté un bout de papier où était griffonné un nom de famille : Kowalski. « Dites-lui que Marcel vous envoie. Il vous fait traverser à la frontière des deux comtés dans son camion de charbon. Il vous déposera à l'ouest de Riverton. Ça vous fera une marche, mais personne ne vous verra. »
Une marche. Depuis que j'avais marché du bureau de la Banque Nationale jusqu'à la maison vide mes cartons sous le bras — le jour où j'avais trouvé la porte verrouillée et le mot « licencié » punaisé — je savais que chaque pas m'éloignait de quelqu'un que j'avais aimé.
Mais cette nuit, chaque pas me rapprochait de Roy.
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Kowalski était un colosse silencieux avec des mains comme des battoirs et un chapeau melon vissé sur le crâne à un angle improbable. Il ne m'a pas posé de questions. Il a soulevé une toile de bâche dans le plateau de son camion, sous des sacs de charbon poussiéreux, et m'a fait signe de monter.
L'obscurité était absolue. La poussière de charbon s'est infiltrée dans ma gorge, dans mes yeux, dans chaque couture de mes vêtements. J'ai serré le revolver contre ma poitrine, laissant mes doigts dessiner les contours usés de sa crosse.
Le camion a cahoté pendant ce qui m'a semblé des heures. Quand la toile a été levée, l'aube essaie de se frayer un chemin à travers des nuages gris comme les draps d'un hôpital.
Kowalski a pointé un doigt vers une route qui serpentait à travers des terres plates. « Riverton, à un kilomètre. La maison de DeVries est sur la route de la crête, après le virage en épi. Vous ne pouvez pas la manquer — elle est la seule au milieu de rien. »
Je l'ai remercié d'un signe de tête et j'ai commencé à marcher.
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La maison était plus imposante que je l'avais imaginé. Trois étages de pierre calcaire, des tourelles qui semblaient surgir comme des doigts de fantôme vers le ciel blême. Des cyprès taillés en formes géométriques bordaient une allée gravillonnée. Deux voitures stationnées devant le porche : une Packard noire et une Cadillac vert foncé.
Roy était là. J'en étais sûr.
Je me suis accroupi derrière un mur de pierre effondré, à une quarantaine de mètres de l'entrée. Le revolver était lourd dans ma main. Je l'ai soulevé, j'ai ajusté mon tir, puis je l'ai baissé.
Un garde a fait les cent pas sur la terrasse. Un autre fumait près de la porte de service. Ils étaient trop visiblement armés pour être des domestiques.
Et à travers la fenêtre du salon du rez-de-chaussée, à travers les rideaux de dentelle, j'ai vu deux ombres se faire face. L'une trapue, les épaules carrées — DeVries. L'autre, plus svelte, une main qui gesticulait pour faire valoir un argument — Roy.
Le document était posé entre eux sur la table basse. Je voyais le coin de la feuille, la même en-tête que j'avais déchiffrée dans la cave humide, lettre pour lettre, pendant que Doc toussait son sang dans un coin.
Roy allait le vendre. Ou l'avait déjà vendu.
Mon doigt a glissé sur la détente.
Mais une pensée a traversé le brouillard de ma colère : Doc avait parlé d'une troisième page. Une page que le visage balafré possédait. Une page qui nommait l'architecte du plan, celui qui était au-dessus de DeVries. Sans cette page, je ne détenais qu'une preuve de fraude bancaire — suffisante pour ruiner DeVries, mais pas pour toucher la véritable source.
Et si je tuais Roy maintenant, j'aurais le document volé entre mes mains, mais je serais un fugitif avec une arme chaude et pas de plan. Dans cette maison, DeVries avait probablement des coffres remplis de la copie des aveux que Roy avait signés en entrant. Une preuve suffisante pour me faire accuser de meurtre dans l'heure.
J'ai reculé lentement, me fondant dans l'ombre d'un cyprès.
Roy sortirait. Il prendrait la Packard ou la Cadillac. Et quand il le ferait, il serait plus facile à attraper seul — dans un chemin creux ou une station-service — que dans cette forteresse.
Mais alors que je me redresse pour attraper la route qui menait au virage en épingle, un bruit de gravier a crissé derrière moi. Une voix grave et métallique a dit :
« Monsieur Crane. Nous n'avons pas été présentés. Puis-je vous appeler Walter ? »
Je me suis retourné. L'homme balafré se tenait à trois mètres, un sourire froid sur le visage, la main levée pour montrer qu'il n'était pas armé.
« La troisième page, » dit-il, comme s'il lisait dans mes pensées. « Je vous l'avais promise. Voulez-vous la voir maintenant — ou préférez-vous attendre de devenir le prochain Arthur Phelps ? »
Sous l'arbre abattu par la tempête, le vent s'est levé. Et dans le lointain, la porte de la maison s'est ouverte.
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