Le Registre de la Ruine
Lire le chapitre 33: The Finale
La vapeur sifflait autour d'eux comme un serpent mourant lorsque Walter poussa Phelps dans l'escalier de fer du tunnel. Les semelles claquaient sur les marches rouillées, et au-dessus, quelque part dans les entrailles du Riverton Grand, des voix résonnaient — des ordres aboyés, des bottes sur le béton.
— Par ici, souffla Walter en tirant le bras de l'examinateur.
Phelps titubait, ses vêtements trempés de sueur et de crasse. Ses yeux clignaient sous la lumière jaune d'une ampoule nue qui pendait au plafond du tunnel. Il n'avait pas dit grand-chose depuis qu'il avait ouvert la bouche dans la cave du boiler, mais son regard disait tout : il avait vu l'enfer, et il savait que l'enfer avait un visage — celui d'Everett DeVries.
Walter jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Le tunnel se divisait en trois branches. Il avait mémorisé le plan lors de sa première incursion : la branche de droite débouchait sur la rue derrière le théâtre. C'était celle-là.
— Par là. Plus loin, et on sort.
Ils coururent. L'eau boueuse leur léchait les chevilles. Phelps trébucha sur un tuyau, Walter le rattrapa d'une poigne ferme.
— Vous tenez le coup ?
— Je tiens, haleta Phelps. Mais si on sort, Crane, on ne court pas. On marche. On ne doit pas attirer l'attention.
Walter ricana sans humour. — L'attention est déjà attirée. J'ai mis le feu à leur presse à billets. Ils savent que quelqu'un est chez eux.
— Et ils savent que j'ai disparu, ajouta Phelps.
Ils atteignirent la grille métallique qui donnait sur la ruelle. Walter poussa de l'épaule — elle céda avec un grincement. L'air froid de la nuit le frappa au visage. Derrière eux, le silence. Mais pour combien de temps ?
Une Ford noire était garée à vingt mètres, moteur tournant. Le chauffeur, un homme maigre avec une casquette de laine, fit deux appels de phare.
— Ce taxi est pour vous, dit Walter en poussant Phelps en avant. Montez. Allez à Philadelphie.
Phelps se retourna, hésitant. — Crane... vous venez ?
— Non. Je dois régler quelque chose.
— Vous allez vous faire tuer.
— Ce n'est pas la première fois qu'on me le dit.
Walter sortit la liasse de son manteau — les trois pages, pliées, tachées d'eau et de suie. Il en tendit deux à Phelps. La troisième, il la garda.
— L'original, c'est ça, expliqua-t-il. Les comptes de DeVries. Vous en avez besoin pour votre preuve. Allez-y. Trouvez un journaliste honnête. Le nom de Marcus Hall, à Philadelphie, je vous le confie.
Phelps saisit les pages, les enfouit dans sa chemise humide. — Et vous ?
— J'ai une dette à payer, dit Walter. Une dette personnelle.
Phelps monta dans la voiture. Le taxi démarra, disparut au coin de la rue, et Walter resta seul dans l'allée, le cœur battant. Il glissa la troisième page dans sa poche intérieure, sans la lire. Pas encore. Il avait encore la place pour une surprise — mais pas cette nuit.
La silhouette de Roy apparut au débouché de l'allée.
Il marchait lentement, les mains dans les poches, son chapeau incliné. Comme s'il avait toute la nuit devant lui. Mais ses yeux étaient durs, et Walter savait que sous ce calme apparent, il était déjà en train de calculer.
— Crane, dit Roy. Tu m'as bien eu. Mais tout a une fin.
— La tienne, peut-être.
Walter ne bougea pas. Il laissa Roy s'approcher. Vingt mètres. Quinze. Dix.
— DeVries veut te voir, dit Roy. Il veut sa création de retour dans le droit chemin. Tu sais, il t'a choisi toi. Il t'a testé, il t'a fait tomber, tout ça pour voir si tu avais la trempe.
— J'ai eu la trempe, dit Walter. J'ai brûlé sa presse.
Roy sourit. — Il a d'autres presses. Cleveland. Dimanche. Comme on dit chez les mauvais comptables : on n'arrête pas une dette en brûlant un registre.
— On peut arrêter un homme en lui mettant une balle dans la jambe.
Roy rit — puis fonça.
Le combat fut court et brutal. Roy avait l'avantage du poids et de la jeunesse ; Walter avait l'avantage du désespoir. Ils roulèrent dans la boue de l'allée, les poings claquèrent contre les mâchoires, le souffle rauque. Walter prit un crochet à la tempe et vit des étoiles. Roy tenta de lui arracher sa poche intérieure.
Walter trouva son revolver — celui qu'il avait gardé de la cave du boiler — et tira.
Le coup déchira la nuit. Roy hurla, s'effondra contre le mur, main crispée sur sa cuisse droite. La troisième page tomba de sa main — non, elle tomba de la poche de Walter pendant la lutte — et s'envola dans le vent, atterrit près d'une flaque.
Walter se jeta dessus.
Au bout de la rue — des sirènes. Les flics de Detroit, alertés par l'alarme de l'hôtel, convergeaient vers l'allée. La lumière bleue des gyrophares peignit les murs de brique.
Roy, au sol, le visage tordu par la douleur, le regarda. — Tu ne peux pas... finir ça, Crane. DeVries a des tentacules... partout.
Walter recula. Il glissa la page dans son manteau, épousseta sa manche souillée de boue. Les sirènes se rapprochaient.
— Je vais finir, dit-il. Et toi, tu vas passer la nuit en cellule avec une balle dans la jambe. Tu raconteras ça à tes petits-enfants.
Il tourna les talons, s'enfonça dans la ruelle opposée, et disparut dans l'obscurité de la ville pendant que les premiers faisceaux de torches éclairaient le corps gémissant de Roy.
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