Le Registre de Minuit
Lire le chapitre 11: The Ring's Cold Touch
La bague pesait à peine dans sa paume, et pourtant Anya sentait son froid lui mordre la chair comme si elle tenait un morceau de nuit solidifié. Elle la souleva entre le pouce et l'index, la faisant tourner lentement sous la lumière tremblante de la torche de Kael. L'onyx noir absorbait toute clarté, ne renvoyant qu'un éclat mat, presque humide, semblable à l'œil d'un animal mort.
— Elle est glacée, murmura-t-elle. Comme si elle venait d'être sortie d'une rivière d'hiver.
Kael s'approcha, son souffle formant un léger nuage dans l'air pourtant tiède de la crypte. Il tendit la main, hésita, puis la retira.
— Les runes, dit-il d'une voix étranglée.
Anya leva les yeux. Les gravures sur le linteau de la porte, celles qui étaient restées inertes depuis qu'ils avaient brisé le sceau, palpitaient maintenant d'une lueur ambrée, douce et régulière, comme un cœur qui bat. Et à chaque pulsation, la bague dans sa main répondait par une vibration à peine perceptible, un frémissement qui remontait le long de son bras.
— Elle est accordée à la porte, souffla Anya. Mon sang, la porte, la bague. Tout est lié.
— Anya, il faut partir. Nous avons déjà trop traîné.
Elle voulut acquiescer, mais le froid de la bague s'intensifia soudain, lui mordant la paume avec une telle violence qu'elle laissa échapper un cri étouffé. La pierre semblait vivante, et ses pulsations froides se synchronisaient désormais avec la douleur sourde qui battait derrière ses yeux, celle-là même qui annonçait chaque matin une perte imminente.
— Anya ?
— Je vais bien. C'est juste… froid. Très froid.
Elle glissa la bague dans la poche intérieure de son pourpoint, contre sa poitrine. La sensation glacée traversa l'étoffe, s'imprimant sur sa peau comme une brûlure inversée. Elle frissonna, mais refusa de la laisser voir.
Des pas. Lointains d'abord, mais distincts — le claquement de bottes sur la pierre, quelque part dans le dédale des cryptes. Kael éteignit la torche d'un geste brusque, les plongeant dans une obscurité presque totale. Seule la lueur ambrée des runes persistait, faible mais tenace.
— Par ici, murmura-t-il en attrapant son poignet.
Ils se faufilèrent le long du mur opposé, là où une étroite galerie de service s'enfonçait dans l'ombre. Anya connaissait ce passage — il menait aux anciennes cuisines du palais, condamnées depuis la mort de sa mère. Les domestiques racontaient qu'on y entendait encore le tintement des casseroles à minuit, mais c'étaient des contes pour effrayer les enfants de chambre.
Les pas se rapprochaient. Deux paires, peut-être trois. Des voix masculines, graves, qu'Anya ne reconnaissait pas. Pas Marius, en tout cas. La pensée de son frère la serra étrangement — son regard désespéré, quelques heures plus tôt, quand il l'avait surprise ici. Il savait. Il savait pour la bague, pour le puits, pour tout. Et pourtant, il avait laissé partir Kael et elle, se contentant de la questionner sur ce qu'elle avait trouvé.
Pourquoi ?
Kael la tira dans une alcôve dissimulée derrière un pilier effondré. L'espace était si étroit qu'ils se tenaient pressés l'un contre l'autre, le souffle de Kael dans ses cheveux. Il sentait le cuir et la sueur, et quelque chose de plus subtil — une tension nerveuse, presque animale. Ses doigts serraient son épaule, la maintenant immobile.
La lumière des torches des gardes balaya le passage principal. Anya retint son souffle. À travers l'interstice entre deux pierres, elle vit trois hommes en uniforme de la garde royale passer à moins de deux mètres. L'un d'eux s'arrêta, se tourna. Il avait le visage dur, couturé d'une vieille cicatrice qui lui fendait la lèvre. Il balaya les environs du regard, et son attention sembla se fixer un instant sur l'alcôve.
Anya sentit son cœur cogner contre ses côtes. La bague, contre sa poitrine, pulsait plus fort — en rythme avec sa peur. La douleur dans sa tête s'amplifia, lui brouillant la vue. Pas maintenant, supplia-t-elle en silence. Pas encore. Qu'est-ce qu'il est ?
— Rien, finit par dire le garde en se raclant la gorge. Le vieux passage est scellé depuis vingt ans. Personne ne viendrait par là.
Ils repartirent dans la direction du puits, leurs voix se dissolvant dans l'écho de la crypte.
Kael relâcha son souffle lentement, mais ne la libéra pas tout de suite. Quand il la lâcha enfin, ses mains tremblaient légèrement.
— Il faut remonter avant minuit.
— Combien de temps ?
— Une heure, peut-être moins. La lune doit être haute, on voit sa lumière par les grilles du cimetière.
Anya hocha la tête, mais un vertige la saisit. Elle s'appuya au mur, la paume contre la pierre froide. La bague lui brûlait maintenant la peau, non plus de froid, mais d'une chaleur sourde et insistante. Elle résista à l'envie de la sortir, de l'examiner. Pas ici.
— Anya, vous êtes pâle.
— Je vais bien. Vraiment. C'est juste cette chose… elle semble réagir à ma présence.
Ils entreprirent la remontée par un escalier en colimaçon si étroit que leurs épaules frôlaient les murs des deux côtés. À mi-chemin, Anya trébucha. La fatigue la frappait par vagues, plus dévorante qu'à l'accoutumée. La bague, contre sa poitrine, semblait boire son énergie, la drainer goutte à goutte.
Kael la rattrapa par le coude, et elle sentit la tension dans sa mâchoire quand il la scruta à la lueur d'une torche murale mourante.
— Vous tenez à peine debout.
— J'ai traversé une nuit entière dans un labyrinthe de cryptes. C'est normal.
— Non. C'est la bague. Et vous le savez.
Elle ne répondit pas. Parce qu'il avait raison. Depuis qu'elle l'avait touchée, quelque chose en elle se délitait, une mémoire qui fuyait comme du sable entre les doigts. Pas les souvenirs de la journée — ceux-là étaient encore nets, vifs. Mais autre chose. Plus profond. Plus ancien.
Comme si la bague cherchait à reprendre ce qui avait été volé il y a vingt ans.
Ils émergèrent enfin dans le jardin de la reine, cet espace abandonné où les roses sauvages avaient envahi les allées de gravier. La lune, pleine et blanche, éclaboussait les pierres d'une lumière livide. Anya s'arrêta, haletante, les mains sur les genoux.
Kael se tint à quelques pas, tournant le dos au palais, guettant les fenêtres éclairées. Anya en profita pour extirper la bague de son pourpoint. Dans la clarté lunaire, elle révéla enfin ses détails : les runes gravées à l'intérieur de l'anneau, trop fines pour être lues à la lueur d'une torche, mais nettes maintenant. Elle reconnut un symbole — celui du scarabée, le même qui ornait la carte et qui avait disparu du sceau brisé.
— Kael.
Sa voix était plus calme qu'elle ne s'y attendait, presque sereine.
— Regardez.
Il s'approcha, fronçant les sourcils. Il se pencha, étudiant les gravures.
— Le scarabée. Celui de la carte.
— Oui. Et là, regardez — ces deux lignes entrelacées. C'est le symbole de ma mère. Celui qu'elle portait sur son cachet personnel.
Un silence. La bague, entre ses doigts, était froide et immobile désormais, comme si elle avait épuisé sa réserve de chaleur.
— Votre mère portait une bague comme celle-ci ?
— Un couple. Deux anneaux identiques, gravés des mêmes runes. Je m'en souviens — enfin, je crois que je m'en souviens. Elle les portait toujours, même à table. Mon père plaisantait en disant qu'elle les aimait plus que lui.
Sa gorge se serra. Ce souvenir — était-il réel ? Ou une reconstruction, un fragment tissé à partir des récits des domestiques et des portraits ? Elle ne pouvait plus faire confiance à sa propre mémoire, et cette pensée la glaça plus que la bague ne l'avait jamais fait.
— Si ce sont deux anneaux, murmura Kael, alors où est l'autre ?
Anya releva les yeux vers le palais, vers la fenêtre éclairée de la chambre de son père, toujours allumée à cette heure, comme chaque nuit depuis vingt ans.
— Je crois que nous allons devoir poser la question à mon père.
Le froid de la bague contre sa paume sembla battre une fois, deux fois. Un rythme lent, régulier, familier.
Un cœur.
Le cœur de sa mère, peut-être.
Et dans la chambre de son père, la lumière s'éteignit.
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