Le Registre de Minuit
Lire le chapitre 12: The Queen's Riddle
La chandelle trembla quand Anya posa la boîte sur la table de sa chambre. Ses doigts s'attardèrent sur le bois, là où l'anneau d'onyx avait reposé pendant des heures, et la douleur derrière ses yeux palpita comme un écho.
Kael referma la porte derrière lui. Il n'avait pas dit un mot depuis qu'ils avaient quitté la crypte, et son regard pesait sur elle comme la promesse d'une question qu'il ne poserait pas encore.
« J'ai vu une bibliothèque, dans l'appartement de ma mère, avant qu'ils ne le vident. » Anya s'approcha du mur où une tapisserie fanée représentait une chasse à courre. Elle glissa la main derrière le tissu et fit jouer un panneau de bois. « Personne ne sait qu'elle gardait encore quelques livres ici. Dans le mur, derrière le dais. »
Le panneau céda avec un grincement. À l'intérieur, une étagère étroite contenait trois volumes reliés de cuir bleu nuit, leurs tranches dorées ternies par les années. Anya en sortit le plus mince. Le nom « Elara » y était gravé en lettres d'argent, si fines qu'elles semblaient avoir été dessinées par une main de fée.
« Ce n'était pas à la bibliothèque royale », souffla-t-elle.
Elle s'assit sur le bord du lit, Kael s'accroupit près d'elle sans un mot. Le journal s'ouvrit sur une écriture déliée, nerveuse — la même main qui avait tracé les runes sur le coffret de la crypte.
La première page portait une date. Quatre ans avant la mort de la reine. La seconde aussi. Dix autres pages, toutes datées du même mois, toutes vides. Puis une seule entrée, à mi-volume, d'une encre plus sombre que les autres.
Anya lut à voix haute, sa voix à peine plus qu'un murmure :
« *Pour défaire l'oubli, il faut se souvenir de ce qui fut volé.* »
Elle s'arrêta. Les mots ne semblaient pas être une confession ni une lettre — c'était une inscription. Une formule. Quelque chose que sa mère avait copiée, peut-être, à partir d'une source plus ancienne.
« C'est tout ? demanda Kael.
— Il y a encore une ligne. » Anya tourna la page. L'écriture se fit plus pressée, presque illisible, comme si sa mère avait écrit à la hâte, craignant d'être interrompue.
« *Les anneaux ne sont jamais seuls. Jumeaux dans la pierre, jumeaux dans le sang. L'un porte la mémoire, l'autre la clé. Celui qui ne peut oublier garde le souvenir de celle qui a tout donné.* »
Anya sentit le froid de l'anneau contre sa poitrine, là où elle l'avait glissé dans son corsage. Il battit une fois, plus fort que les précédents, et une onde de douleur lui traversa le crâne.
« Ta mère... dit Kael lentement, ces anneaux. Tu les reconnais ? »
Anya ferma les yeux. L'image était là, flottant à la surface de sa mémoire comme un poisson mort — incertaine, impossible à dater, peut-être inventée par son propre esprit désespéré de croire.
« Elle les portait aux deux mains. Des bagues de simple onyx, sans ornement. » Elle rouvrit les yeux. « Je... je crois que je m'en souviens. Mais je ne peux pas l'affirmer. » Elle toucha son front. « Comment savoir si c'est réel ? »
Kael ne répondit pas. Il tendit la main vers le journal, mais ne le prit pas. Son regard s'était fixé sur un point de la page, au-dessus de la dernière ligne.
« Ces lettres. » Il désigna un symbole en marge, à peine visible, presque effacé par le frottement du papier. Un scarabée.
« Le même que sur l'anneau », murmura Anya.
Elle sortit la bague de son corsage. Le métal était froid, presque gelé contre sa peau, et pourtant elle sentit une étrange chaleur monter de l'intérieur de son poignet — la marque, la spirale sombre qui s'était étendue chaque nuit depuis l'ouverture du puits. Elle posa l'anneau sur la page. Le scarabée gravé s'aligna parfaitement avec le symbole en marge.
La chandelle vacilla.
« Ta mère n'est pas morte d'une maladie, dit Kael.
— Non. » Anya regarda l'anneau, puis le journal, puis les mains de sa mère qu'elle ne pouvait plus voir qu'à travers un voile de doute. « Elle a... donné. »
Les mots se logèrent dans sa gorge comme un os. Elle n'avait jamais osé les prononcer. Peut-être parce que les prononcer leur donnerait une réalité qu'elle ne pouvait plus vérifier. *Celle qui a tout donné.* Qu'avait donné sa mère ? Et à qui ?
« Le palais a dit que la reine était tombée malade un hiver, qu'elle avait décliné pendant des semaines, et qu'un matin on l'avait trouvée froide dans son lit. » Anya serra le journal contre elle. « Une chute du cheval, dit-on à présent — un accident, dis-leur ce qu'ils veulent entendre. Mais jamais — jamais une âme n'a dit ce qu'elle avait perdu. »
Kael se leva. Il arpenta la chambre deux fois, puis s'arrêta devant la fenêtre. La lune était haute, blanche, et ses doigts tracèrent un cercle sur la vitre comme s'il dessinait quelque chose dans le givre.
« Anya. » Il se retourna. Sa voix était basse, soigneusement calme, mais elle perçut le tremblement qu'il tentait de contrôler. « Si ta mère a utilisé le second anneau pour créer le premier — si elle a donné sa mémoire à la pierre pour que l'autre puisse s'en servir comme clé... »
« Alors le prix qu'elle a payé n'était pas sa vie. » Anya se leva aussi, les jambes soudain incertaines. « C'était _elle_. Sa mémoire. Son identité. Chaque souvenir d'elle-même, arraché et scellé dans cet anneau, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien à oublier. »
Le silence tomba entre eux, lourd, impitoyable.
Anya regarda l'anneau. Il battait toujours contre sa paume, froid et régulier, comme un cœur qui aurait continué de vivre ailleurs que dans une poitrine.
« L'oubli n'est pas une malédiction jetée sur moi, dit-elle lentement. C'est un héritage. » Sa voix se brisa sur le dernier mot. « Ma mère a créé un anneau capable de contenir les souvenirs. Et quelqu'un l'a retourné contre sa propre fille. »
La chandelle s'éteignit.
Dans l'obscurité soudaine, elle entendit le grésillement de la mèche, le souffle de Kael, et la chose qu'elle ne pouvait plus nier — la marque sur son poignet qui se réchauffait, pulsait, _répondait_ à l'anneau comme si les deux étaient faits de la même substance.
« Et si ce n'était pas la mort de ma mère qui était liée à mon oubli ? » murmura-t-elle. « Et si c'était l'inverse ? »
Il n'y avait pas de réponse dans la pièce. Seulement le battement régulier de l'anneau contre sa paume, comme une conscience qui aurait su la vérité depuis le début.
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