Le Registre de Sang
Lire le chapitre 17: The Locket Returns
La pluie avait cessé, mais les ruelles près de la place Maubert restaient gluantes de boue et de détritus. Étienne serrait le médaillon dans sa poche, le métal froid contre sa paume moite. Le portrait gravé à l'intérieur—une femme aux cheveux sombres, au visage doux mais ferme—l'avait hanté depuis qu'il l'avait vu chez Aubertin.
La soupe populaire de la rue de la Bûcherie n'était qu'une porte basse entre une échoppe de cordonnier et un mur lézardé. Une odeur de chou et de pain rassis flottait dans l'air. Une dizaine de pauvres hères patientaient, gamelles en main, devant une femme qui remuait une marmite fumante.
Elle était plus âgée que le portrait, des rides creusées autour des yeux, mais la ressemblance était indéniable.
Étienne s'approcha, ignorant les regards hostiles des affamés. « Madeleine ? »
La femme ne leva pas les yeux. « La soupe est pour ceux qui ont faim, monsieur. »
« J'ai faim de vérité. »
Elle s'arrêta de remuer. Lentement, elle leva la tête, et ses yeux—d'un brun profond, presque noir—se posèrent sur lui avec une méfiance qui sentait l'habitude. « Qui êtes-vous ? »
« Étienne Vasseur, de *La Lanterne*. Je cherche la femme du médaillon. »
Il le sortit de sa poche, le laissant se balancer au bout de sa chaîne. La lumière grise du matin accrocha le métal ouvragé. Les clients de la soupe populaire échangèrent des regards inquiets et s'éloignèrent discrètement.
Madeleine posa sa louche. « Vous êtes le journaliste dont tout le monde parle. » Sa voix était basse, calme, mais ses doigts tremblaient légèrement. « Entrez. »
Elle le fit passer derrière un rideau de toile grossière, dans une pièce exiguë où s'entassaient des sacs de pommes de terre et des pains de la veille. Une petite table, deux chaises bancales. Elle referma la porte, puis se tourna vers lui, les bras croisés.
« Jean est mort. Vous le savez. »
« Oui. Je suis désolé. »
« Les regrets ne ramènent pas les frères. » Sa voix se brisa un instant. « Jean était le plus jeune. Il travaillait pour le comte de Laroche—messager discret, disait-il. On croyait qu'il portait des lettres d'amour. » Elle ricana, un son amer. « Pas des conspirations. »
« Il avait des remords, dit Étienne. C'est ce que j'ai appris. Il voulait exposer le complot royaliste. »
Madeleine s'assit lourdement. « Il m'a écrit une lettre, deux jours avant sa disparition. Il disait qu'il avait vu des choses... des noms, des dates. Que le comte préparait quelque chose d'horrible pour la révolution, et qu'il ne pouvait pas laisser faire. » Elle sortit un papier froissé de son corsage. « Il m'a demandé de le cacher, ce médaillon. Le portrait était notre mère. C'est tout ce qu'il avait à offrir en gage de confiance. »
Étienne saisit le papier. L'écriture était serrée, nerveuse, celle d'un homme pressé. Des noms—Laroche, un certain abbé Mignot, le marquis de Vaudreuil. Des dates de rencontres secrètes. Et en bas, une phrase soulignée deux fois : *« Ils ne sont pas seuls. Quelqu'un les orchestre tous. Cherche Le Maître. »*
« Le Maître », murmura Étienne. Ce nom revenait comme un écho dans les bas-fonds du complot, sans visage, sans corps, sans voix.
Un bruit sourd éclata derrière eux, suivi d'un cri étouffé. La porte vola en éclats—non, pas la porte : le mur mitoyen, du côté de l'échoppe du cordonnier. Une pluie de plâtre et de briques s'abattit dans la pièce.
Un homme se tenait dans la brèche, silhouette massive contre la pénombre. Un pistolet à la main, encore fumant. Il avait un visage bouffi, des yeux porcins, et un sourire qui ne contenait rien de bon.
« Vasseur », dit-il. Sa voix était caverneuse, impersonnelle. « Le patron veut le médaillon. Et vous, il veut vous voir mort. »
Étienne n'attendit pas la fin de la phrase. Il saisit Madeleine par le bras et la tira vers la porte arrière, qui donnait sur une cour intérieure blanchâtre de linge qui pendait entre les bâtiments. Les coups de feu éclatèrent derrière eux, arrachant des éclats au mur au-dessus de leurs têtes. Madeleine cria, mais garda ses jambes.
Ils déboulèrent dans la cour, contournèrent un puits, traversèrent une autre porte—une buanderie—puis une ruelle étroite qui sentait l'urine et le poisson avarié. Les pas du tueur résonnaient derrière eux, lourds mais rapides.
Ils débouchèrent sur la rue de la Huchette, bondée de marchands et de badauds. Étienne bifurqua brusquement à gauche, passa sous une arcade, se faufila entre un charretier et un porteur d'eau, et s'enfonça dans le dédale du quartier Saint-Séverin.
Quelques minutes plus tard, haletant, adossé au mur d'une impasse, il regarda Madeleine reprendre son souffle.
« Il nous a suivis jusqu'ici », dit-elle, la voix suffoquée. « Comment a-t-il su ? »
Étienne réfléchit—rapidement, fébrilement. La soupe populaire était un endroit public. Il était facile à pister. Mais l'homme avait frappé au bon endroit, au bon moment. Quelqu'un avait parlé. Quelqu'un savait que Madeleine était liée au médaillon.
Puis tout s'emboîta. *Ferrand* savait qu'il cherchait le médaillon. Ferrand avait la clé du coffre. Et Ferrand travaillait pour les bonapartistes—mais qui étaient les bonapartistes ? Tout le monde les payait. Les royalistes. Les républicains modérés. Peut-être même ce fameux « Maître ».
Il sortit le médaillon de sa poche. Le métal était chaud de sa course. Madeleine le regarda, les yeux mouillés.
« Il faut le piéger », dit Étienne, soudain calme. « Cet homme—le tueur—il a reçu l'ordre de nous suivre. Il veut le médaillon. Il trouvera le médaillon. » Il glissa le bijou dans sa poche intérieure. « Et il trouvera un rendez-vous. Pas avec nous. Avec des gens qui pourraient lui poser des questions. »
Madeleine cligna des yeux. « Quoi ? »
« Il est temps de remettre les cartes », répondit Étienne, un sourire froid s'étirant sur son visage. « Ce chasseur pense que nous sommes des proies. Je vais lui montrer que la proie porte des crocs. »
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