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Le Registre de Sang

Lire le chapitre 6: A Name from the Past

Les barricades du Faubourg s'éteignaient à peine, leurs derniers foyers de braise crachant encore des étincelles dans la nuit, quand Étienne trouva le nom qu'il cherchait.

Il était assis dans sa mansarde, le lourd registre ouvert sur ses genoux, une bougie vacillante projetant des ombres dansantes sur les murs. Il n'avait pas fermé l'œil depuis vingt-quatre heures. Le café noir refroidissait dans une tasse ébréchée, et ses doigts, tachés d'encrier, suivaient une écriture serrée, encre pâle sur papier jauni.

À la page quarante-trois, entre deux entrées comptables ordinaires — la livraison de cent trente fusils, le paiement d'un certain «Marchand» pour «travaux nocturnes» — il trouva une note manuscrite, plus récente que les autres :

*«Roux, Jean. Domestique, hôtel de Vasseur, 22 rue Saint-Dominique. Congédié 1839. Bonne entrée. Présenté par Lejeune.»*

Étienne relut la ligne dix fois, le souffle court. L'hôtel de Vasseur. Son père. Le comte de Vasseur, cet homme qui l'avait traité de bâtard et de honte de la famille quand il avait refusé l'École militaire pour entrer en journalisme. Qui l'avait chassé de la maison paternelle à vingt ans, sans un sou, avec pour seul héritage sa mère — morte en couches, sans nom, sans anneau nuptial, une simple maîtresse que le comte avait gardée huit ans dans une maison de la rue des Blancs-Manteaux.

Et Jean Roux avait été domestique là-bas.

Étienne frotta ses yeux brûlants. Les pièces s'assemblaient avec une lenteur douloureuse. Roux, l'ancien soldat, avait servi dans la maison de son père. Comment un domestique était-il devenu un messager porteur d'un livre valant des vies humaines ? Comment un homme qui avait vécu dans les salons dorés du faubourg Saint-Germain s'était-il retrouvé à courir sur les barricades en blouse d'ouvrier ?

Il sortit de sa poche le médaillon d'or retrouvé sur le cadavre de Roux. Il le fit jouer sous la flamme de la chandelle. La femme au portrait souriait faiblement — jeunes yeux, cheveux noirs, un collier de perles à trois rangs. Elle ressemblait à quelqu'un.

Soudain, il se figea. Il connaissait ce visage.

Le temps d'une respiration, il revit l'hôtel de son enfance, les corridors sombres où il se cachait des précepteurs. Claire. La fille du comte, née trois ans après lui, d'une liaison avec une autre femme — pas sa mère à lui, mais une autre — et pourtant reconnue, légitimée même, dans un mariage tardif arrangé par la famille. Claire avait les mêmes yeux que la femme du portrait, le même menton volontaire.

Sa demi-sœur.

Étienne reposa le médaillon sur la table comme s'il brûlait. Le métal tinta contre le bois dans le silence de la mansarde. Roux connaissait sa sœur. Plus que cela — Roux portait son portrait sur lui, un lien que les domestiques entretiennent rarement avec leurs maîtresses. Il avait dû l'aimer, ou la servir d'une manière particulière — un confident, un messager, peut-être un amant secret, que la mort avait surpris avant qu'il ne puisse livrer quelque chose.

Et maintenant, «Louise» ? Une femme pâle, disait le concierge de Roux, qui venait régulièrement. Pas Claire, alors. Le concierge avait-il inventé ce nom ? Le médaillon parlait d'une autre histoire.

Étienne reprit le registre et chercha les références au nom Vasseur. Il n'y en avait qu'une — celle-là. Mais il trouva d'autres entrées troublantes. Trois fois, le nom du comte apparaissait dans des décomptes de dépenses, sans jamais être nommé directement. Juste «H.V.», suivi de sommes rondes. 12 000 francs en janvier. 8 000 francs en mars.

Son père finançait quoi, exactement ?

Et Claire — la femme du portrait — où était-elle maintenant ? Dans la maison de la rue Saint-Dominique, mariée à un officier des dragons, si ses souvenirs étaient justes ? Ou ailleurs, perdue dans la tourmente, portant le même sang que lui dans ses veines ?

La colère monta, accompagnée de honte. Il avait juré à ses amis républicains que sa seule famille était la révolution, le peuple de Paris, les hommes et les femmes des barricades. Jamais il n'avait parlé du comte. Jamais il n'avait dit que son sang portait l'infamie d'une noblesse qu'il méprisait. Le secret était bien gardé, mais voilà qu'il remontait, tel un cadavre de la Seine, attaché à ce registre qu'il devait déchiffrer.

Il reposa le médaillon dans sa poche et le ferma d'un geste sec. Non. Non, il ne laisserait pas les affaires de sa famille paternelle contaminer son travail. Le livre était plus important que son histoire personnelle. Il ne chercherait pas Claire. Il ne retournerait pas à la rue Saint-Dominique.

Le parchemin brûlé trouvé chez Roux lui revint — les mots à moitié effacés à propos d'un «roi» et d'un «arrêt avant». Que faisait son père dans tout cela ? Le comte détestait la monarchie de Juillet, cela était connu — il avait perdu des privilèges ancestraux quand Louis-Philippe était monté sur le trône. Mais le financer, lui et d'autres ? Soutenir la révolution ?

«Tu ne vois que ce que tu veux voir», murmura-t-il pour lui-même en refermant le registre.

Il se leva et enfila sa redingote, l'esprit affairé. La rencontre à l'aube avec l'homme en manteau noir — la Manche, ce nom lui avait donné des sueurs froides. Il n'irait pas. Il ne pouvait plus lui faire confiance. Mais il avait besoin d'informations, et il savait où les obtenir.

Le café du Père François, dans une impasse près de la rue Saint-Sauveur, était un lieu que la police fréquentait discrètement — les informateurs s'y donnaient rendez-vous sous la protection de patrons vendus. Un homme y tenait table ouverte : Bouchard, ancien geôlier de la Préfecture, qui avait fait de la trahison son métier. Étienne le connaissait depuis des années pour son travail sur les faits divers criminels. Bouchard avait des oreilles partout — au Palais de Justice, à la Préfecture, dans les casernes.

À trois heures du matin, Étienne frappa à la porte de derrière. Bouchard l'attendait autour d'une bouteille de vin ordinaire, son visage ridé éclairé par une lampe basse.

«Vasseur. Il y a longtemps. Tu as des ennuis, je le vois dans tes yeux.»

Bouchard avait la peau de la couleur du papier buvard, des yeux minuscules enfoncés dans des poches. Ses mains pendaient au-dessus de la table comme deux araignées mortes.

«J'ai besoin d'informations sur un homme en manteau noir, grand, mince, cheveux gris aux tempes, qui collabore avec les commissaires de police. Et sur une opération appelée "la Manche".»

Bouchard fit la moue. «Tu es allé pêcher dans une rivière que tu ne connais pas.»

«Je connais la rivière. J'ai besoin du nom du poisson.»

«Et qu'est-ce que j'en retire ?» Bouchard n'avait pas l'habitude d'offrir quoi que ce soit pour rien.

Étienne jeta une bourse de pièces sur la table. L'argent de Faubert, avance corrompue, qu'il n'aurait jamais dû accepter. Il s'en servirait, et tant pis pour le reste.

Bouchard compta les pièces d'un geste lent et précis, sans en montrer le moindre intérêt. Il but une gorgée. «La Manche groupe des hommes d'affaires déçus par Louis-Philippe et d'anciens officiers qui ont pactisé avec certains orléanistes. Mais ils ne sont pas seuls — ils sont l'instrument d'autres, plus hauts. Ton homme en manteau noir, c'est peut-être un certain Lévêque, ancien secrétaire de police, autrefois au service du préfet. Il faisait partie de la brigade secrète qui surveillait les royalistes légitimistes. Il a disparu des registres en 1847.»

«Que veulent-ils ?»

«La Manche ? Ils ne veulent pas la république, crois-moi. Ils veulent remplacer un roi par un autre. Choisir celui qui les servira le mieux. La révolution est une occasion, pas une fin.»

Étienne serra les mâchoires. Il attendait ça — la confirmation que l'insurrection n'était pas seulement le cri du peuple, mais aussi un échiquier où les pièces étaient manipulées par des mains gantées.

«Et le régicide ?» demanda-t-il.

Bouchard le regarda, une lueur amusée dans les yeux. «Le duc de Joinville, tu veux dire ? Certains disent qu'on a voulu le frapper avant qu'il ne prenne le commandement des troupes. Mais qui ? Les républicains, pour éliminer un chef militaire capable ? Ou les orléanistes, pour provoquer un vide de pouvoir ?»

Il cracha dans un crachoir. «Tu vas trop loin, Vasseur. Oublie ce livre. Imprime ton article, fais du bruit, vends des journaux — mais ne tire pas sur le fil qui relie tous ces nœuds, car il te coupera la gorge.»

Bouchard vida son verre et se leva, rajustant une veste graisseuse.

«Une dernière chose. On parle d'une femme qui cherchait Roux avant sa mort. Une blonde, pâle. Louise Marchal, peut-être. Comédienne sans théâtre. Elle fréquente les abords de la rue de Richelieu. Si tu la trouves, tu trouveras peut-être la moitié du livre qui manque à ton registre.»

Étienne se figea. La rue de Richelieu. La mère de Léon travaillait près de là. Et maintenant, une femme cherchait Roux — Louise Marchal, la même que le concierge avait décrite.

«La moitié du livre ?» répéta-t-il. «Comment sais-tu qu'une partie manque ?»

Bouchard sourit sans joie, révélant des dents jaunies. «Parce que je sais lire. Et parce que les pages déchirées ont laissé des traces dans la reliure.» Il haussa les épaules. «Fais attention à toi, Étienne. Ce que tu déterres appartient à des morts qui préfèrent rester tranquilles.»

Il tourna les talons et disparut par la porte de derrière, laissant Étienne seul dans la pénombre enfumée.

Le journaliste resta silencieux. Si des pages manquaient encore, quelqu'un avait d'autres informations — et cette personne cherchait Roux comme lui. Louise Marchal. Il la trouverait. Mais il savait désormais que le registre n'était que la moitié de l'histoire — et que l'autre moitié était entre des mains inconnues.