Le Registre des Morts
Lire le chapitre 22: The Trap Set
La pluie battait les vitres poussiéreuses du bureau de Holloway, mais Graves n'y prêtait aucune attention. Il déroula une carte de Londres sur la table, les jointures blanchies.
« Il faut lui tendre un piège qu'il ne pourra pas ignorer », dit-il.
Holloway croisa les bras. « Finch est trop prudent pour mordre à un simple hameçon. »
« Je ne compte pas sur la simplicité. Je compte sur sa cupidité. » Graves tapota un doigt sur les noms griffonnés dans son carnet. « Pelican Life Insurance. Ses caisses sont vides — c'est pour cela qu'il tue. Un paiement de prime exceptionnel, un sinistre majeur... Sa cupidité couvrira le bruit de nos pas. »
Holloway fronça les sourcils. « Et qui serait le assuré ? »
Graves releva la tête. « Clara. »
Le silence dura trois battements. Holloway se passa une main sur le visage.
« Vous voulez que la sœur de votre assistante assassinée serve d'appât à l'homme qui l'a fait tuer ? »
« Je veux qu'elle se fasse passer pour une riche héritière terrifiée, cherchant à assurer sa vie auprès de Pelican Life. Une femme seule, récemment veuve d'un industriel, soucieuse de protéger son patrimoine. Finch ne pourra pas résister à une telle proie. Un contrat d'une telle valeur ? Il viendra lui-même pour la rencontrer. »
« C'est de la folie », souffla Holloway. Mais il ne dit pas non.
Deux heures plus tard, le fiacre de Graves s'arrêta devant l'atelier de couture que Clara avait ouvert après la mort de sa sœur. Elle l'accueillit avec une tasse de thé et un regard qui en savait déjà trop.
« Vous n'êtes pas venu pour me parler de robes, monsieur Graves. »
Il posa son chapeau sur le guéridon. « Non. Je suis venu vous demander ce que vous êtes prête à risquer. »
Elle l'écouta sans l'interrompre, les mains crispées sur sa tasse. Quand il eut terminé, elle la reposa lentement.
« Sarah a été tuée parce qu'elle avait intercepté une lettre. » Sa voix tremblait à peine. « Finch l'a fait supprimer comme on efface un chiffon. Je lui dois bien cette comédie. »
Graves étudia son visage. « Vous comprenez que ce n'est pas un jeu de salon ? »
« Ma sœur est morte. Vous avez perdu votre femme. » Elle se leva, ajustant son col. « Quelle différence entre jouer l'appât et rester assise à attendre qu'il vous trouve ? »
Elles convinrent d'un stratagème : Clara, sous le nom de « Madame Whitmore », veuve d'un magnat du textile du Yorkshire, solliciterait une assurance-vie d'un montant exceptionnel auprès de Pelican Life. Graves rédigea une lettre de recommandation sous une fausse identité, appuyée par une prime de cinq cents livres versée d'avance — assez pour que même l'avare Finch s'intéresse personnellement à ce client inattendu.
La réponse arriva deux jours plus tard. Finch, flatté par l'importance du contrat, proposait une rencontre privée à sa résidence secondaire de Highgate, loin des oreilles indiscretes. Graves ajusta chaque détail : le fiacre, le chauffeur, deux hommes de confiance de Holloway en planque rue adjacente, un signal convenu pour l'alerte.
Le matin du rendez-vous, Graves conduisit lui-même Clara à Highgate.
« Rappelez-vous », dit-il en l'aidant à descendre du fiacre. « Vous êtes nerveuse, avide de sécurité, prête à signer n'importe quoi. Vous ne savez rien des morts de Pelican Life. Vous êtes une veuve inquiète. »
Clara lui sourit — un sourire qui ne touchait pas ses yeux. « Ma sœur est morte pour avoir écrit une lettre. Je crois que je sais comment jouer les femmes inquiètes. »
Elle s'engagea dans l'allée bordée de cyprès. Graves regarda la silhouette élancée disparaître derrière les grilles en fer forgé. Il se flanqua contre le mur du fiacre, scrutant les fenêtres du manoir de briques rouges. Les minutes s'égrenaient comme des gouttes de pluie.
Vingt minutes s'écoulèrent. Trente. Puis le silence se déchira — un hurlement étouffé, suivi d'un bris de verre au premier étage.
Graves s'élança avant d'avoir réfléchi. Il bouscula le domestique à la porte, gravit les marches quatre à quatre. La chambre était vide — une chaise renversée, une fenêtre ouverte donnant sur des toits plats.
Et une lettre épinglée au dossier du fauteuil.
*« Et voilà votre seconde erreur, Graves. Vous croyiez que nous ne guettions pas la sœur de la fille Whitfield ? Nous savions que vous mordriez à votre propre hameçon. Vous avez livré votre dernière alliée. Je vous attendrai avec votre registre — ou nous vous rendrons Clara en morceaux. — F. »*
Graves serra le papier jusqu'à le froisser. La fenêtre donnait sur un jardin clos, mais une échelle de jardin gisait au sol, à moitié dissimulée par des buissons de rhododendrons. Finch avait installé un théâtre. Il avait su dès le départ.
En redescendant, Graves trouva Holloway qui le guettait dans le vestibule.
« Elle est prise », dit Graves, la voix rauque.
Le visage de Holloway blêmit. « Cleary. Il doit être au courant de vos mouvements. Finch a un informateur dans mon équipe depuis le début. »
« Peu importe. » Graves enfonça le chapeau sur son crâne. « Finch veut le registre. Nous allons le lui donner. »
« Vous comptez lui remettre les preuves ? »
« Je compte lui faire croire que je les lui remets. Restez avec vos hommes. Préparez une descente — mais ne bougez pas avant mon signal. »
Holloway hésita. « Et si Finch ne vous donne pas Clara ? »
Graves tourna la tête. Dans ses yeux, quelque chose d'ancien et de froid venait de se réveiller — le regard de l'homme qui avait enterré sa femme sans connaître la vérité.
« Alors cette fois, je ne viendrai pas chercher justice. Je viendrai chercher une tombe. »
Il sortit dans la pluie, la lettre de Finch froissée dans sa poche, la route de Highgate déroulant son ruban sombre sous les réverbères qui s'allumaient un à un. Derrière lui, le manoir de Finch veillait dans les brumes, silencieux et blond comme un piédestal vide.
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