Le Registre des Morts
Lire le chapitre 26: The Cousin's Safety
La pluie battait les vitres du salon de Lord Ashworth lorsque Graves posa le testament de Calcutta sur la table de chêne. Le document, scellé de cire rouge, semblait irradier une menace invisible.
« Votre cousin doit disparaître, dit Graves. Finch a déjà tenté de le tuer une fois. Il ne fera pas deux fois la même erreur. »
Ashworth, affaissé dans son fauteuil, tournait un verre de brandy entre ses doigts. Son regard ne quittait pas le document.
« Reginald ignore tout de cette affaire. Il croit que je l’ai convoqué pour des questions de succession. »
— C’est le cas, dans une certaine mesure. Mais sa présence ici signe son arrêt de mort. Finch sait qu’il est à Londres. Son réseau le traque.
Clara s’approcha de la fenêtre, écartant le rideau d’un doigt. « Il y a une calèche stationnée au bout de la rue depuis notre arrivée. Elle portait le sceau des Postes Royales, mais le cocher n’a pas bougé depuis une heure. »
Graves échangea un regard avec Ashworth. « Les postes ne livrent pas à cette heure. Finch a des yeux partout, y compris dans les services de l’État.
— J’ai un domaine à Richmond, proposa Ashworth. Un pavillon de chasse isolé, tenu par un gardien sourd-muet qui me sert depuis trente ans. Personne n’y va jamais.
— Votre nom est attaché à la propriété ?
— Non. Je l’ai acheté sous un nom d’emprunt, lorsque je siégeais à la Chambre des Lords et que certaines transactions exigeaient une discrétion absolue. Des affaires… personnelles.
Graves n’eut pas besoin de poser la question. Les secrets des puissants étaient sa monnaie d’échange depuis qu’il avait quitté la police.
« Alors c’est là que nous conduisons Reginald. Vous envoyez une voiture sans marque distinctive. Clara et moi l’escortons séparément pour couvrir nos arrières. »
Ashworth se leva, soudain plus vieux que son âge. « Je lui ai déjà envoyé un message pour lui demander de venir ici ce soir. Il pensait dîner avec moi.
— Parfait. Il arrive dans deux heures. Nous avons le temps de préparer le terrain.
Clara se retourna, les sourcils froncés. « Et le testament ? Il ne peut pas rester ici. Si quelqu’un sait qu’Ashworth l’a reçu, Finch enverra ses hommes pour le récupérer. »
Graves tapota la poche intérieure de sa redingote. « Il voyage avec moi. Personne ne s’attend à ce qu’un inspecteur à la retraite transporte un document qui vaut des millions.
— Et s’ils vous arrêtent ? demanda Ashworth.
— Ils devront d’abord me trouver. »
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Deux heures plus tard, Reginald Ashworth monta les marches du perron d’un pas hésitant. C’était un homme de trente-cinq ans, la mine fatiguée, vêtu d’un costume colonial qui jurait avec le froid londonien. Il avait hérité du menton volontaire de la famille, mais ses yeux trahissaient une inquiétude que son cousin ne connaissait pas.
« Reginald, mon cher, dit Ashworth en l’embrassant sur les deux joues. Entre, tu dois être épuisé après ce voyage.
— Cousin William, je vous remercie de m’accueillir si promptement. Les affaires de mon père sont plus compliquées que je ne le pensais.
Graves s’avança. « Permettez-moi de me présenter. Henry Graves, enquêteur privé. Je travaille avec Lord Ashworth sur certains aspects de la succession.
— Un enquêteur ? Reginald pâlit. Y a-t-il un problème avec le testament de mon père ?
— Rien que nous ne puissions résoudre, dit Ashworth d’un ton apaisant. Mais il y a des personnes qui cherchent à s’emparer de vos droits. Il est impératif que vous soyez protégé jusqu’à ce que la situation soit clarifiée.
Le visage de Reginald se ferma. « Ce document que mon père vous a envoyé… il concerne la plantation de Darjeeling, n’est-ce pas ?
— Il concerne bien plus que cela, dit Graves. Il concerne des milliers de livres et une compagnie d’assurance qui n’a que trop longtemps prospéré sur la mort. »
Reginald resta silencieux un long moment. « Mon père m’avait écrit avant de mourir. Il disait qu’il avait découvert quelque chose de terrifiant dans les comptes de Pelican Life. Qu’il se sentait surveillé.
— Il avait raison, dit Clara en entrant dans le hall. Nous croyons qu’il a été assassiné pour cette découverte. »
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Ils quittèrent Londres par trois routes différentes. Ashworth et Reginald prirent une voiture fermée aux vitres teintées, direction Richmond. Clara suivit à cheval, à distance, repérant les filatures. Graves emprunta le train jusqu’à une gare intermédiaire, puis une seconde calèche qu’il avait fait louer sous le nom d’un commerçant fictif.
Au pavillon de chasse, un bâtiment de pierre grise niché dans un vallon boisé, le gardien sourd-muet les attendait. Il salua Ashworth d’un signe de tête familier et ouvrit les portes sans poser de question.
La maison était modeste mais confortable, meublée dans un style rustique qui sentait le bois ciré et la pipe froide. Graves inspecta chaque pièce, vérifiant les serrures, les fenêtres, les issues. Le sous-sol abritait une réserve de charbon et un passage débouchant sur une grange, à deux cents mètres. De quoi fuir si nécessaire.
« Vous serez en sécurité ici, dit Graves à Reginald. Le gardien ne parle pas, ne lit pas, et ne reçoit aucune visite. Demain, j’aurai réglé l’affaire du testament. »
Reginald s’assit près de la cheminée, les mains tremblantes. « Je ne comprends pas. Ce Finch, pourquoi me veut-il la mort ? Je n’ai rien contre lui.
— Votre père a signé une police sur votre tête il y a dix ans, expliqua Graves. Une police dont les bénéficiaires sont les héritiers. Si vous mourez, l’argent retourne à la compagnie. Et Finch estime que cet argent lui revient de droit. »
Il ne précisa pas que lord Ashworth, William, était la prochaine cible désignée. Pas devant Reginald. Clara avait pris le document et le lirait en privé, mais le poids de cette révélation devait être dosé.
Ashworth tira son propre neveu à part dans la cuisine. « Écoute-moi, Reginald. Quelle que soit la tournure des événements, tu dois te souvenir d’une chose : ce document que père a envoyé est ta seule protection. Ne le laisse jamais entre les mains d’un tiers, même si on te promet la sécurité ou la richesse.
— Que voulez-vous dire ?
— Finch est un manipulateur. Il joue sur les craintes et les espoirs des hommes pour les retourner contre eux-mêmes. Si quelqu’un t’approche en prétendant agir pour mon compte, n’y crois pas. »
La porte s’ouvrit. Graves entra, un télégramme froissé à la main, le visage fermé.
« Qu’est-ce que c’est ? demanda Clara.
— Mon informateur au sein de la compagnie maritime. Finch a quitté Londres cette nuit. Son yacht a été vu quittant le port de Tilbury, direction le Suffolk.
— Son domaine des marais, dit Ashworth. Il y possède une propriété isolée, près d’Orford. Une ancienne tour de guet qu’il a fait restaurer.
— Combien de temps de voyage ?
— Quatre heures par la route, moins si l’on prend les canaux.
Graves replia le télégramme. Son regard passa de Clara à Ashworth. « Il sait que nous avons le testament. Il ne nous attendra pas à Londres. Il nous attend sur son terrain, avec ses hommes et ses défenses.
— Vous ne pouvez pas y aller seul, dit Clara.
— Je n’ai pas l’intention d’y aller seul. » Graves sortit de sa poche une seconde dépêche qu’il tendit à Ashworth. « C’est arrivé pendant que nous organisions la fuite. Une réponse de votre homme d’affaires à Bombay. »
Ashworth parcourut le texte, et son expression changea. « Il y a un second testament. Contresigné à Calcutta, il y a trois mois. Il ne mentionne aucun bénéficiaire, mais il révoque le premier et désigne un tiers comme exécuteur. »
— Quel tiers ?
Ashworth releva la tête, livide. « Moi. »
Graves serra les mâchoires. Finch ne cherchait pas la mort de Reginald pour l’argent. Il cherchait la mort de William Ashworth. Le testament ne désignait pas l’héritier. Il désignait celui qui devait mourir avant que le testament ne soit rendu public.
« Votre cousin est en sécurité ici, dit Graves. Mais vous, vous ne l’êtes nulle part. Finch quitte Londres parce qu’il a compris que vous avez le document. Et il sait exactement où vous serez, parce que c’est lui qui vous y a conduit.
— Que voulez-vous dire ?
— Le pavillon de chasse. Quand l’avez-vous acheté ?
— Il y a dix ans. Par l’intermédiaire d’un agent…
— Qui vous a été recommandé par qui ?
Ashworth pâlit. « Par Edmund Finch. »
Le silence qui suivit fut plus lourd que la pluie sur les vitres.
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