Le Registre des Morts
Lire le chapitre 27: The Debt Repaid
Le salon de Lord Ashworth sentait le cuir vieilli et la cire d’abeille. Dehors, la bruine londonienne tambourinait contre les vitraux, mais ici, le silence était lourd comme une pierre tombale. Graves se tenait devant la cheminée, les mains derrière le dos, tandis qu’Ashworth déposait une enveloppe cachetée sur le bureau de chêne.
« Voici l’ordre de mission. »
Graves ne toucha pas l’enveloppe. « Vous avez des hommes en propre, milord. Des hommes sûrs, qui n’ont pas besoin de commissions falsifiées ou de capitaines Burke. »
Ashworth releva un sourcil gris. « Vous voulez que je vous prête ma sécurité privée ? Pour une expédition qui frôle la trahison ? »
« Je veux que vous me donnez des hommes qui savent se taire et tirer droit. » Graves s’approcha du bureau. « Finch a déjà un homme à l’intérieur de Scotland Yard. Peut-être deux. Chaque heure qui passe, il apprend quelque chose. Si je reprends Burke, je reprends un homme que Finch a déjà joué comme un violon. »
Ashworth ouvrit un tiroir et en sortit une liste manuscrite. « Quatre hommes. Anciens fusiliers, certains ont servi en Afrique du Sud. Discrets, loyaux, et payés pour ne pas poser de questions. » Il poussa la liste vers Graves. « Ils vous attendent à la gare de Paddington, onze heures ce soir. »
Graves la saisit, la plia sans un regard. « Je mènerai l’équipe moi-même. »
« Vous êtes un inspecteur à la retraite, Graves. Pas un soldat. »
« Je suis celui qui connaît Finch. Et j’ai une dette à payer, moi aussi. » Il glissa la liste dans sa poche. « À une différence près : la vôtre, je la rembourse ce soir. La mienne, je la paie avec sa capture. »
Ashworth se leva, son visage soudain creusé d’ombre. « Vous avez le testament de Calcutta ? »
« Dans un coffre que même Finch ne connaît pas. »
« Alors il viendra pour ma maison, une fois que vous serez parti. C’est ce que vous espérez, n’est-ce pas ? Une diversion. »
Graves se dirigea vers la porte. « Je l’espère. Je n’ai rien d’autre à lui offrir que ce que je cache. S’il croit que le document est ici, il viendra ici. Et pendant ce temps, je trouverai sa propriété et je démonterai sa machine pièce par pièce. »
Il ouvrit la porte, puis se retourna. « Gardez votre cousin en vie. Et ne sortez pas de cette maison sans une escorte armée, même pour aller à l’église. »
La porte claqua derrière lui. Dans le couloir, Clara l’attendait, adossée au lambris, un châle sombre serré autour des épaules.
« Vous avez ce qu’il vous faut ? » demanda-t-elle.
« Des hommes, un train, et une dette qui me brûle les mains. » Il descendit l’escalier de marbre, elle sur ses talons. « Vous devriez rester ici. La sécurité d’Ashworth vous protégera. »
« Ashworth ne sait même pas où est son propre testament. » Elle le dépassa dans le vestibule et saisit son manteau. « Je viens avec vous. »
Il s’arrêta, la main sur le loquet. « Non. »
« Ce n’est pas une question, Graves. » Elle boutonna son manteau d’une main ferme. « Je connais le visage de Finch. Je connais sa voix. J’ai failli mourir dans son piège à Blackfriars. La prochaine fois que je le verrai, je veux être debout, pas en cage. »
Il la dévisagea. Ses yeux ne vacillaient pas.
« Vous êtes têtue comme une porte de prison, Clara. »
« Vous êtes un vieil homme qui se croit invincible. » Elle ouvrit la porte elle-même. « Ça nous fait une paire. »
La pluie les gifla dès qu’ils franchirent le seuil. Le fiacre attendait, cheval fumant dans le froid. Graves aida Clara à monter, puis donna l’adresse au cocher : Paddington, voies secondaires.
Dans l’obscurité du fiacre, Clara sortit une feuille de papier pliée de sa poche. « J’ai trouvé ça dans la chambre d’Ashworth. Un mot de son intendant. Finch a fait livrer du matériel de construction à sa propriété du Yorkshire, il y a trois semaines. Beaucoup de matériel. »
Graves prit le papier. « Du ciment, du fer, des poutres en chêne… » Il leva les yeux. « Il construit quelque chose. Ou il renforce ce qui existe déjà. »
« Des tunnels, peut-être. Vous m’avez dit que l’estate de Finch à Londres était vide quand vous l’avez prise. Il avait déjà fui. Qu’est-ce qui l’attend là-bas ? Qu’est-ce qu’il protège avec tant de soin ? » La voix de Clara était calme, mais ses doigts tordaient le bord de son châle.
Graves fixa la pluie qui ruisselait sur la vitre. « Il protège la liste. La liste des trente-deux. Mais ce n’est pas tout. Finch ne construit pas une forteresse pour un bout de papier. »
« Quoi, alors ? »
« Une issue. » Le fiacre ralentit dans l’ombre des arcades de Paddington. « Il a préparé une sortie. Le testament de Calcutta, le ledger originel, tout ça — c’est lui qui décide quand ça se termine. Pas nous. »
Le fiacre s’arrêta. Graves ouvrit la porte et descendit, scrutant les quais. Sous une lampe à gaz, trois silhouettes en manteaux sombres attendaient près d’une locomotive noire. Un quatrième homme, plus grand, se détacha du groupe et s’avança.
« Monsieur Graves ? Capitaine Hollis, anciennement des fusiliers du roi. Lord Ashworth nous a envoyés. » L’homme avait une voix grave, des yeux qui ne cillaient pas sous le bord de son chapeau. « Nous sommes quatre, armés et prêts. »
Graves lui serra la main. « Vous connaissez votre cible ? »
« Une propriété isolée, à six miles au nord de York. Des terres marécageuses, une seule route d’accès. Trois bâtiments principaux, un manoir, une écurie, et une grange récemment reprise. »
« Des gardes ? »
« Suffisamment pour une garnison, selon nos renseignements. Une douzaine d’hommes réguliers, peut-être plus la nuit. » Hollis baissa la voix. « Et quelque chose d’autre. Des lumières sous terre, la nuit, à travers les fenêtres du sous-sol. Comme si on y travaillait jour et nuit. »
Graves échangea un regard avec Clara. Elle avait entendu.
« Le testament est-il en sécurité ? » demanda Hollis.
Graves ne répondit pas tout de suite. Il grimpa sur le marchepied du wagon de queue et tendit la main à Clara. Elle hésita une seconde, puis la prit.
« Le testament est dans un endroit que je ne révélerai à personne, même pas à vous, capitaine. » Il la tira à bord. « Ce que je sais, c’est que Finch n’a pas quitté Londres pour des vacances. Il a quitté Londres pour enterrer quelque chose et pour m’attirer là-bas. »
« Alors vous marchez droit dans son piège ? » demanda Hollis, montant à son tour.
« Non. » Graves referma la porte du wagon derrière lui. Dans la pénombre, son visage était taillé dans la pierre. « Je vais arriver par-derrière. »
La locomotive cracha un jet de vapeur. Le train s’ébranla lentement, quittant les lumières de Paddington pour les ténèbres des faubourgs. À l’intérieur, Graves sortit la liste d’Hollis et l’étudia à la lueur vacillante d’une lampe à huile.
Quatre hommes. Hollis, le commandant. Un ancien artificier du nom de Doyle. Un éclaireur, Jenkins, qui connaissait les marais du Yorkshire comme sa poche. Et un quatrième, dont le nom avait été gratté au couteau, ne laissant qu’une trace blanche dans le papier.
Gratté. Pas effacé. Délibérément.
« Capitaine Hollis. » La voix de Graves était douce, mais elle porta dans le wagon. « Qui est le quatrième homme ? »
Hollis marqua une pause, la main sur la courroie du filet à bagages. « Un homme de Lord Ashworth. Il a demandé à rester anonyme. Pour des raisons personnelles. »
« Quelles raisons ? »
Hollis ne répondit pas. Le train prit un virage, les lampes oscillant, projetant des ombres mouvantes sur les visages.
« Je vous ai donné le commandement, monsieur Graves, mais j’ai mes ordres. » Le capitaine s’assit en face de lui, les mains jointes. « Le quatrième homme ne vous sera présenté qu’à l’arrivée. Il a ses propres instructions. »
Graves replia la liste et la glissa dans sa poche intérieure. Un écrou manquait dans la machine. Un rouage qu’il ne pouvait pas inspecter.
Il se tourna vers Clara. Elle regardait par la fenêtre, les reflets de la pluie glissant sur ses joues. Elle sentit son regard et se retourna. Sans un mot, elle secoua la tête — une mise en garde, presque imperceptible.
Le train filait vers le nord, dans la nuit, vers une propriété que Finch avait préparée pendant des semaines, avec des hommes armés et des tunnels creusés sous terre, et un soldat fantôme dont personne ne voulait prononcer le nom.
Le piège de Finch n’était peut-être pas là où ils croyaient.
Il était peut-être déjà dans le train.
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