Le Registre des Morts
Lire le chapitre 29: The Watch's Payoff
La montre à gousset trembla légèrement dans la paume de Graves. Le tunnel l'avait mené à une impasse de briques humides, mais quelque chose dans la gravure au dos — un serpent avalant sa propre queue — lui avait fait tourner le boîtier, pas pour lire l'heure, mais pour sentir le mécanisme intérieur. Il l'avait réglée chaque soir depuis vingt ans sans jamais comprendre pourquoi il la gardait. Maintenant, il savait.
Le secret n'était pas dans le cadran. C'était dans le remontoir. Une pression latérale, pas une rotation.
Le déclic résonna comme un os qui se brise. La paroi de briques pivota lentement, révélant une pièce baignée d'une lumière jaune sale. Des étagères de cuir sur trois murs. Un bureau d'acajou massif. Et derrière ce bureau, assis avec une nonchalance étudiée, Oswald Finch.
« Inspecteur Graves. » Finch sourit, les mains croisées sous le menton. « Vous avez mis du temps. Je commençais à croire que vous aviez perdu votre toucher. »
Graves fit un pas dans la pièce. Son regard balaya chaque recoin, s'arrêtant sur la silhouette ligotée à une chaise dans l'angle. Eleanor. Vivante. Pâle, les lèvres fendues, mais les yeux grands ouverts et furieux. Un bandeau de toile lui serrait la bouche, mais ses yeux parlaient pour elle : *Il t'attendait.*
« Vous auriez pu simplement m'écrire, Finch. Économiser le théâtre. »
Finch se leva. Il portait un costume de chasse vert bouteille, immaculé malgré la poussière du tunnel. Il contourna le bureau, s'arrêtant à trois pas de Graves.
« Le théâtre, comme vous dites, a son utilité. Votre équipe se perd dans les bois pendant que nous discutons. Le cousin Reginald est sous bonne garde, j'imagine, mais vos hommes de Lord Ashworth — ah, l'un d'eux en particulier — m'a tenu informé de vos moindres déplacements depuis Londres. »
Le quatrième homme. Le nom gratté. Graves serra la montre dans son poing. Il avait mené un infiltré jusque dans le cœur de l'opération.
« Où est le testament, Graves ? » Finch inclina la tête. « Ne me dites pas que vous l'avez laissé dans ce coffre de la banque. Votre commission était un faux, bien sûr. Le directeur vous a-t-il vraiment cru ? Peu importe. Vous êtes trop prudent pour l'y laisser. Alors, où ? »
Graves ne répondit pas. Il regarda Eleanor, qui secoua violemment la tête. Un avertissement, pas un démenti.
« Elle refuse de me dire où vous l'avez caché », poursuivit Finch, comme s'il lisait dans ses pensées. « Courageuse, votre femme. Ou plutôt, l'ancienne femme de votre partenaire. Eleanor Graves. Toujours votre nom, n'est-ce pas ? Même après tout ce temps. Elle a refusé de divorcer, refusé de vous oublier, refusé même de me révéler vos mensonges lorsque je l'ai capturée à Douvres il y a trois jours. »
Trois jours. Eleanor était captive depuis trois jours. Et lui, il cherchait une liste de morts, un testament de Calcutta, pendant qu'elle était ligotée dans le Yorkshire.
« Vos mensonges à Ashworth », continua Finch, la voix douce comme du poison. « Cette commission falsifiée. Votre passé avec Clara. Vos échecs à Scotland Yard. Je sais tout. Je sais même pourquoi vous avez quitté la police — cette jeune fille que vous n'avez pas sauvée, noyée dans la Tamise pendant que vous négociiez avec son ravisseur. Vous portez cette culpabilité comme une seconde peau. Elle vous rend prévisible, Graves. Toujours à courir après celui qu'on ne peut pas sauver. »
Graves ne bougea pas. Mais quelque chose en lui se figea, un muscle sous la joue, à peine visible.
« Vous pensez que je suis ici pour vous arrêter », dit Graves. « Vous vous trompez. Je suis ici pour la sortir, elle. »
Finch éclata d'un rire sec. « Et c'est exactement ce que j'espérais. Vous êtes venu pour elle. Pas pour la justice, pas pour le testament. Pour elle. » Il fit un geste vers Eleanor. « Elle est votre faiblesse, inspecteur. Vous le savez. Maintenant, moi aussi. »
Graves fit un pas de plus. Sa main gauche glissa derrière son dos, vers l'étui à sa ceinture. Mais avant qu'il ne puisse l'atteindre, Finch leva un doigt.
Un sifflement. Eleanor se raidit sur sa chaise.
« Un pas de plus et je la tue », dit Finch avec un calme absolu. « Pas avec un pistolet. Avec un poison lent que je lui ai déjà administré. La dose est dans son sang. L'antidote est dans ce tiroir. » Il tapota le bureau. « Vous avez trente minutes. Le testament, et la femme respire. Sans testament, elle meurt lentement, ici, pendant que je vous regarde assister à son agonie. »
Graves regarda Eleanor. Ses yeux disaient toujours la même chose : *Il ment. Il ment peut-être. Mais tu ne peux pas en être sûr.*
Et c'était ça, le piège. Finch l'avait amené dans un endroit où chaque choix était une perte. Se jeter sur Finch — peut-être l'attraper, peut-être pas. Donner le testament — Finch le savait déjà hors de sa portée immédiate, caché où personne ne pouvait le trouver sans lui. Fuir — abandonner Eleanor.
La montre à gousset pesait dans sa main. Vingt ans. Il l'avait gardée parce qu'elle avait appartenu à son père, mort en la serrant après avoir survécu à trois guerres. *Toujours laisser une issue*, disait son père. *Même quand on pense qu'il n'y en a pas.*
« Le testament », répéta Finch, la main sur le tiroir du bureau. « Votre temps s'écoule. »
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