Le Registre des Morts
Lire le chapitre 31: The Final Confrontation
Le coup partit presque tout seul, un réflexe né de l'instinct plus que de la pensée. La détonation roula dans l'espace confiné du bureau souterrain, et Finch bascula en arrière, une tache écarlate s'épanouissant sur le côté de son gilet de tweed.
Graves resta figé une seconde, le revolver encore fumant dans sa main. Eleanor poussa un cri étranglé, à moitié étouffé par le bâillon qu'il s'empressa de lui arracher.
— Vous l'avez tué, murmura-t-elle, les yeux écarquillés sur le corps de son mari affalé contre la bibliothèque.
— Il a tiré le premier, répondit Graves, la voix rauque. Il a visé Clara.
Il se tourna vers la jeune femme, accroupie derrière un fauteuil en cuir, livide mais intacte. Elle hocha la tête, incapable de parler.
Finch respirait encore. Un sifflement irrégulier, laborieux, accompagnait chacun de ses soupirs. Graves s'agenouilla près de lui, pressant son mouchoir sur la plaie à la hanche. Le sang imprégnait déjà le tissu, tiède et tenace.
— Il faut le remonter, dit-il. Trouver les autres.
Il tendit la main vers Eleanor qui se releva tant bien que mal, les poignets marqués de rouge là où les cordes avaient serré. Elle vacilla, et Clara la soutint sans un mot.
— Les documents, souffla soudain Finch, la voix réduite à une expiration grinçante. Dans le coffre.
Ses doigts pâles désignèrent un panneau du lambris derrière le bureau. Puis sa main retomba, et ses paupières se fermèrent.
— Ne l'écoutez pas, dit Graves. Il ment même en mourant.
Mais Eleanor secoua la tête, les lèvres pincées.
— Pas pour ça. La liste des souscripteurs. Les noms des complicités. Tout est dans ce coffre. C'est lui qui me l'a montré.
Un silence lourd tomba dans la pièce. Le tic-tac du petit pendule de voyage paraissait démesuré.
— On n'a pas le temps, décida Graves. On le remonte, on revient avec les hommes d'Ashworth, et on ouvre ce coffre proprement.
Il passa un bras sous les épaules de Finch, qui geignit. Eleanor prit l'autre côté. Clara ouvrit la porte qui donnait sur le tunnel.
Un bruit sourd, au loin. Des pas. Plusieurs paires de bottes martelant la pierre.
— Les gardes, dit Clara, le visage blême.
— Non, répondit Graves en tendant l'oreille. C'est mon équipe. Ashworth avait envoyé quatre hommes.
— Et si c'en était un de trop ?
La question de Clara resta suspendue. Graves resserra sa prise sur Finch, dont le souffle se fit plus court.
— Alors on n'a pas le choix. Il faut ce coffre. Maintenant.
Il déposa Finch contre le mur, conscient que chaque seconde comptait. Eleanor s'approcha déjà du lambris, cherchant le mécanisme à tâtons. Un déclic. Le panneau pivota, révélant un coffre de fer noirci, cadenassé.
— Je n'ai pas la clé, dit-elle. Il ne sort jamais sans elle.
Graves jeta un coup d'œil au corps affaissé. Les poches de son gilet. Il fouilla rapidement, en sortit un trousseau de trois clés. La seconde ouvrit le cadenas avec un claquement sec.
Il souleva le couvercle. Des liasses de papiers, des registres à couverture rouge, et une enveloppe cachetée de cire noire. Il saisit l'enveloppe, puis le registre supérieur.
Les pas se rapprochaient. Plus distincts. Des ordres criés, étouffés par la pierre.
— Qu'est-ce qu'on emporte ? demanda Clara.
— Tout ce qui nomme les complices. Le reste...
Il hésita. Le reste ne servirait peut-être jamais.
Un coup de feu claqua dans le tunnel, tout proche. Un cri. Puis le silence.
— Graves ! La voix d'Ashworth, déformée par l'écho. Graves, vous êtes là ?
— Ici ! cria-t-il.
Il fourra registres et enveloppe dans sa veste, fit glisser l'anneau de clés dans sa poche. Puis il se releva, tendit la main à Eleanor.
— On y va.
Il n'y eut pas de réponse.
Il se retourna. Eleanor était immobile devant une muraille de flammes naissantes qui léchaient déjà le lambris derrière le coffre. Une lanterne renversée, sans doute lors de la chute de Finch. L'huile se répandait sur le plancher de chêne, gagnant les étagères de documents.
— Non, souffla Graves.
Il lâcha la main d'Eleanor, fit un pas vers le coffre. La chaleur le repoussa comme une main invisible. Les registres restants commençaient à fumer, leurs pages se gondolant, noircissant avant même de s'enflammer.
— Le testament, murmura-t-il. Les preuves des transferts, les noms des morts fictifs...
Une flamme vive jaillit, embrasant un rayon entier de papiers. Le feu crépite, avide, insatiable.
Eleanor tira sur sa manche.
— Partons. Maintenant.
Clara apparut dans son champ de vision, transportant presque Finch, dont la tête roulait contre son épaule. Le visage de la jeune femme était fermé, indéchiffrable.
Graves recula. Le feu rugissait derrière lui, précipitant des années de machinations en cendres. Mais dans sa veste, contre sa poitrine, il sentait le poids des registres sauvés et de l'enveloppe scellée.
Il ne savait pas encore ce qu'ils contenaient. Il ne savait pas encore à qui ils profiteraient.
Il suivit Clara dans le tunnel, la fumée noire s'accrochant à ses poumons, la rage au cœur. Quelque chose venait de mourre ici, et ce n'était pas seulement Finch.
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