Le Registre des Morts
Lire le chapitre 32: The Wounded Man
La fumée les suivait dans le tunnel, serrant leurs gorges comme un poing. Graves avançait d'un pas lourd, Eleanor contre son épaule, Clara derrière eux traînant Finch par les bras. Le blessé ne pesait presque plus rien, sa respiration un râle humide qui s'espacait dangereusement.
— Il ne passera pas la nuit, dit Clara sans émotion.
Graves ne répondit pas. Il gardait les yeux sur la lueur grise qui grandissait à l'extrémité du passage. Quand ils émergèrent dans l'air froid de l'aube, il laissa Eleanor s'adosser à un arbre et se retourna vers Clara. Elle tenait Finch à genoux dans l'herbe gelée, sa tête inclinée sur le côté comme une poupée cassée.
— Couche-le, dit Graves. Doucement.
Il s'accroupit près du corps. Finch respirait encore — par saccades, le visage gris comme du papier brûlé. La balle de Graves l'avait atteint à la base du cou. Pas mortelle, mais presque. Le sang dégoulinait en filet sombre dans le col de sa chemise.
— Il vivra, murmura Graves. Mais il ne parlera plus jamais.
Ses yeux — les yeux de Finch — bougèrent. Il regardait Graves avec une intensité qui n'avait rien perdu de sa malice. Ses lèvres s'ouvrirent, tentèrent de former un mot. Rien ne sortit qu'un souffle.
Eleanor s'approcha. Elle ne le regarda pas. Elle regardait le ciel, gris et bas.
— Il faut le porter jusqu'à la voiture, dit Clara. Ashworth a laissé deux hommes au périmètre.
— Toi, dit Graves. Tu l'as su dès le début.
Clara releva le menton. Ses yeux étaient secs, sa mâchoire serrée.
— Oui.
Graves attendit. Autour d'eux, les ruines du domaine de Finch fumaient à l'horizon. Une explosion sourde ébranla l'air.
— Eleanor, dit Clara, la voix soudain plus douce, nous avons besoin de toi là-bas. Les chevaux sont dans la grange.
Eleanor hésita. Elle regarda Graves, puis Finch immobile, puis de nouveau Clara.
— Je reste avec lui, dit-elle. Tu lui as tiré dessus, Henry.
— Et toi, Clara, dit Graves, tu as joué le rôle de la veuve éplorée pendant que Finch montait sa machination. Tu as recopié le testament faux. Tu as ouvert la porte aux assassins.
Clara ne baissa pas les yeux.
— Je savais ce qu'il faisait. Au début. Mais je ne savais pas ce qu'il ferait — à Eleanor. Quand j'ai compris que la lettre qu'il m'avait fait poster n'était pas une simple assurance mais un ordre de mise à mort, j'ai changé de camp.
— Et tu t'es arrangée pour être affectée à son équipe de sécurité, dit Graves. Avec le nom rayé sur le registre.
— J'ai effacé mon propre nom. Je savais qu'Ashworth ne m'aurait jamais confié une mission où il y avait une chance que je voie trop clair.
Sa voix se brisa. Elle se reprit.
— J'ai vu ce qu'il a fait à Eleanor. Ce qu'il comptait continuer à faire. J'ai compris — trop tard — que j'avais été un instrument.
Un silence s'étira entre eux, seulement rompu par le râle de Finch.
— Il faudra témoigner, dit Graves.
— Je témoignerai.
C'était Eleanor qui avait parlé. Elle s'était redressée, les mains froissées sur sa robe déchirée, le regard fixe.
— Je savais ce qu'il faisait. Je l'ai laissé faire. Mais je ne savais pas à quel point il avait l'intention d'aller loin — forger la mort de Reginald. Invoquer de faux assassins contre ma propre famille pour garder le secret.
Elle regarda Finch.
— Je pensais que je serais libre. Qu'une nouvelle vie commencerait en échange d'un mensonge. Je me suis trompée.
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Ils trouvèrent les deux hommes d'Ashworth au périmètre est — un soldat à la mâchoire carrée nommé Kerridge et un autre, plus jeune, aux doigts tremblants. Graves les fit charger Finch dans le cabriolet, puis retourna seul vers l'entrée des tunnels.
— Tu ne vas pas y retourner, dit Clara derrière lui.
— Il y a un coffre. Finch a mentionné une cache.
— Le feu.
— Le feu est dans le bureau. Pas dans la pièce du fond.
Il enfonça la porte de service, s'engagea dans le passage déjà envahi par une chaleur épaisse. La suie collait aux murs. Il avançait à tâtons, une main contre la pierre, l'autre serrant le mouchoir trempé sur sa bouche.
La porte du coffre était entrouverte — Finch l'avait ouverte pour prendre l'enveloppe scellée. Graves ouvrit plus grand. À l'intérieur, dans un tas de cendres et de papier noirci, quelque chose brillait : un petit étui de cuir rouge, intact.
Il le saisit, sortit sans demander son reste. Dehors, l'air froid le frappa comme un coup. Il ouvrit l'étui.
Trois lettres manuscrites, datées sur quatre ans. Toutes signées par Lord Ashworth. Toutes adressées à Finch. Dans la première, Ashworth demandait une "intervention discrète" concernant une dette de jeu. Dans la troisième — la plus récente — il faisait référence à une "transaction de succession" en des termes assez vagues pour être innocents, mais assez précis pour être accablants.
— Ce n'est pas assez, murmura Graves.
— Qu'est-ce que c'est ? demanda Clara, arrivée à pas feutrés.
— Des lettres de son commanditaire. Mais rien qui le lie au meurtre. Rien qui le lie à Reginald.
Il froissa une quatrième enveloppe. Elle n'était pas cachetée. Des notes manuscrites, au crayon, probablement de Finch lui-même — une chronologie des événements entourant la mort de Lord Marlowe, le père de Reginald. Et en marge : "Le testament original est chez Sotheby. Il l'a vendu pour payer ses dettes."
Graves relut la phrase trois fois.
— Ashworth a vendu le testament original.
— Quoi ? dit Clara.
— Il l'avait volé dans ma cache, oui, mais pas pour le garder. Pour payer un créancier. Finch le savait. Il l'a inscrit ici.
Il repoussa ses cheveux en sueur.
— Il faut que nous trouvions les archives de la maison de vente avant qu'Ashworth ne fasse disparaître les preuves.
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À la voiture, Eleanor maintenait la tête de Finch sur ses genoux. Il respirait encore, mais ses yeux étaient mi-clos, vitreux. Quand Graves monta sur le siège, il lui adressa un dernier regard — un regard qui ne contenait plus ni triomphe ni colère, seulement une espèce de fatigue animale.
— Il voudrait te dire quelque chose, dit Eleanor. Regarde sa main.
Finch avait remué un doigt. Un seul, celui de l'index droit.
— Il essaie de former une lettre, dit Clara. Sur sa cuisse. L, puis O…
— Londres, dit Graves.
Finch remua la tête, une fois.
— Il y a une autre cache à Londres, dans son ancien bureau de Clement's Lane, dit Eleanor. Derrière la cheminée. Des plans, des noms. Tout ce qu'il n'a pas eu le temps de brûler.
— Tu le savais ?
— Il me l'a montré il y a trois mois, quand il pensait que je pourrais avoir besoin de protection contre lui-même.
Graves regarda Eleanor. Ses yeux étaient profondément cernés, sa lèvre fendue, mais il y avait en elle une fermeté nouvelle.
— Tu viendras avec nous.
— Je viens.
Il fit claquer les rênes. Le cheval s'élança dans l'allée boueuse, la voiture bringuebalant sur les ornières. Derrière eux, le domaine de Finch ne brûlait plus qu'en braises incandescentes, perdant ses secrets plume par plume.
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Dans la voiture, pendant que Clara conduisait d'une main ferme, Graves relut les lettres d'Ashworth. La dernière phrase, griffonnée en hâte, disait :
"Réglez la question Reginald une fois pour toutes. L'affaire est trop ancienne pour survivre à la curiosité d'un enfant."
Ce n'était pas un aveu de meurtre. C'était un ordre vague, écrit par un homme qui savait exactement ce que Finch en ferait. Mais avec l'autre lettre — celle qui liait Ashworth à la vente du testament — il avait peut-être de quoi le faire chanceler.
Ou de quoi se faire tuer plus vite.
Il rangea les documents dans l'étui, le glissa sous sa veste, contre sa poitrine. Le roulis de la voiture le berçait malgré lui.
Contre lui, Eleanor dormait — ou faisait semblant. Clara conduisait, le regard droit, ses doigts encore tachés du sang de Finch.
À un moment, entre deux cahots, elle dit :
— J'avais été engagée pour le protéger. Je n'ai pas compris ce qu'il était avant qu'il ne soit trop tard.
— Tu l'as compris à temps, dit Graves. C'est tout ce qui compte.
Il ferma les yeux. L'image de l'étui rouge dansa derrière ses paupières.
À Londres, quelqu'un l'attendait — peut-être un assassin, peut-être un juge. Peut-être les deux à la fois.
Pour la première fois depuis des semaines, il sentit qu'il avait un chemin devant lui.
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