Le Registre des Morts
Lire le chapitre 4: The Clockmaker's Tale
La pluie battait contre les vitres du salon quand Graves posa la montre sur le comptoir de chêne ciré. Le tic-tac était le seul bruit, un pouls mécanique qui semblait compter les secondes jusqu'à sa perte.
Le pawnbroker, un certain Ezra Finch, ajusta ses lunettes cerclées de laiton et pencha sa tête chauve au-dessus de l'objet. Ses doigts, tachés d'encre et de vieux métal, tournèrent le boîtier avec une délicatesse inattendue pour un homme de sa corpulence.
« Où avez-vous obtenu cela, monsieur Graves ? » demanda-t-il sans lever les yeux.
« Elle m'a été offerte. De manière peu conventionnelle. »
Finch émit un grognement. Il ouvrit le couvercle arrière d'un geste sec et examina le mécanisme à la lumière tremblante d'une lampe à gaz. Le silence s'étira, puis il laissa échapper un sifflement entre ses dents.
« C'est une pièce de Thaddeus Cole. »
Graves se pencha en avant. « Le nom ne m'est pas familier. »
« Il ne le serait pas, à moins que vous ne fréquentiez les cercles d'assurances et les pompes funèbres. » Finch reposa la montre avec précaution, comme s'il s'agissait d'un objet sacré. « M. Cole était agent comptable chez Pelican Life Assurance. Mort il y a six mois. »
« Mort de quoi ? »
« D'un incendie. » Finch croisa ses bras sur son ventre rebondi. « Dans son propre bureau, rue Fenchurch. Les journaux ont parlé d'une bougie renversée, d'un homme qui travaillait trop tard. Mais entre vous et moi ? Les assurances ont payé la veuve avec une rapidité qui sentait le soufre. »
La pluie redoubla, martelant les vitres comme des doigts impatients. Graves sentit le froid s'infiltrer par les interstices de la fenêtre.
« Vous dites que c'était un agent comptable. Pour une compagnie d'assurance. »
« Et un bon, même. Un homme méticuleux. Il venait ici chaque semaine, sans faute, pour payer les intérêts sur un prêt qu'il avait contracté pour la boutique de sa femme. » Finch désigna la montre d'un mouvement du menton. « Il m'a laissé cela en gage, il y a deux ans, quand les affaires allaient mal. Il disait que c'était la seule chose de valeur qu'il possédait. Un cadeau de sa défunte mère. »
Graves suivit le contour du boîtier fissuré du bout de l'index. La fissure était nette, propre, comme si quelqu'un avait frappé le verre avec un objet précis. Pas une chute, non. Un coup délibéré.
« Quand l'incendie a-t-il eu lieu ? »
« Le 14 mars. » Finch fouilla dans un tiroir et en sortit un registre relié de cuir. « Je tiens une comptabilité précise. Quand un client meurt, je note la date à laquelle j'apprends la nouvelle. C'est plus prudent, avec les veuves. » Il feuilleta quelques pages. « Le 14 mars, donc. Il était environ onze heures et demie du soir quand l'incendie a été signalé. »
Onze heures et demie. La montre s'était arrêtée à 11:58. Graves retira son manteau humide de ses épaules et le posa sur le comptoir, le poids du drap mouillé alourdissant ses gestes.
« Y a-t-il eu d'autres morts par incendie, récemment, parmi les clients de Cole ? »
La question flotta dans l'air. Finch referma le registre avec un claquement sec et le fixa en silence. Ses yeux, petits et porcins, clignèrent deux fois avant qu'il ne parle.
« Pourquoi me demandez-vous cela ? »
« Parce que j'ai l'impression que vous y avez déjà pensé. »
Finch laissa échapper un rire sans joie. Il se détourna et versa deux doigts d'whisky dans un verre sale, sans en proposer à Graves.
« Vous n'êtes plus de la police, monsieur Graves. Je ne vous dois aucun rapport. »
« Mais vous me delez ce que vous savez, si vous ne voulez pas que la prochaine montre fissurée sur mon comptoir soit la vôtre. »
La menace était calme, presque polie. Finch la pesa pendant un long moment, puis il haussa les épaules.
« Trois. » Il but une gorgée d'whisky. « Trois morts par incendie au cours des six derniers mois. Tous des employés de Pelican Life. Cole était le premier. Un nommé Jasper Pemberton, agent de souscription, brûlé dans sa maison de Clapham deux mois plus tard. Et la semaine dernière, un dénommé Albert Finch — non, aucun lien de parenté, ne me regardez pas comme ça — un portier de la même compagnie, retrouvé dans une ruelle derrière les bureaux. Pas exactement un incendie, celui-là. Plutôt une combustion. Les enquêteurs ont parlé de vapeurs d'huile, d'une lanterne mal éteinte. »
Graves mémorisa les noms, les fit tourner dans sa bouche comme des cailloux.
« Trois morts. Tous liés à Pelican Life. Tous avec des polices d'assurance-vie ? »
« C'est là que ça devient intéressant. » Finch se pencha par-dessus le comptoir, baissant la voix. « La femme de Cole a reçu deux mille livres. La sœur de Pemberton, trois mille. Le frère du portier, mille cinq cents. Des sommes importantes pour des hommes de leur rang. » Il marqua une pause. « Et dans chaque cas, la police a conclu à un accident sans enquête approfondie. Une famille en deuil, une compagnie qui paye vite, tout le monde est content. Personne ne pose de questions. »
« Sauf vous. »
« Je suis un pawnbroker. Je pose des questions sur tout, car je sais que les objets racontent des histoires. » Finch poussa la montre vers Graves. « Cette montre, par exemple. Elle raconte que son propriétaire a été tué par quelqu'un qui voulait qu'il meure. Pas un accident. Et elle raconte quelque chose d'autre. »
Le cœur de Graves se serra. « Quoi ? »
« Regardez l'engraving. » Finch désigna les lettres sur le boîtier intérieur. « "Eleanor W—, espoir et héritage, 1872." J'ai vu Thaddeus Cole tous les mois pendant deux ans. Il ne portait pas cette montre pour sa valeur sentimentale, il la portait comme un talisman. Une fois, quand il avait bu un verre de trop au pub du coin — il n'était pas du genre à boire, mais sa femme venait de le quitter, temporairement, elle revenait toujours — il m'a parlé de cette Eleanor. »
Graves retint son souffle.
« Il a dit que c'était le nom d'une femme qui avait changé le cours de sa vie. Qu'il lui devait tout. Et qu'un jour, il lui rendrait cet héritage, même si cela devait le tuer. » Finch termina son verre et le reposa lourdement sur le comptoir. « J'ai cru que c'était une maîtresse, une ancienne amante. Mais maintenant, à la lumière de ce que vous me dites… »
« Vous pensez qu'il s'agit d'Eleanor Ashworth. »
« Je pense qu'il s'agit d'une Eleanor dont la famille a peut-être perdu le nom il y a longtemps. Car voyez-vous, monsieur Graves, j'ai fait mon propre travail de recherche quand les morts ont commencé à s'accumuler. Pelican Life Assurance a été fondée en 1872. Par un homme nommé William Graves — non, ne sursautez pas, c'est une coïncidence — et un associé qui s'est retiré trois ans plus tard. Cet associé était un Ashworth. Mais pas celui qui siège à la Chambre des Lords aujourd'hui. Un frère cadet. Disparu de la circulation dans les années 1880. Ou plutôt — » Finch marqua une pause théâtrale — « prétendument mort à l'étranger, sans que personne ait jamais vu le corps. »
La boutique sembla se rétrécir autour de Graves. La pluie contre les vitres ressemblait maintenant à des applaudissements lointains.
« Vous voulez dire qu'Eleanor Ashworth est peut-être l'héritière directe d'une fortune d'assurance que quelqu'un veut s'approprier. »
« Je ne veux rien dire du tout, monsieur Graves. Je vous dis simplement ce que j'ai vu et entendu. » Finch tira de sa poche un mouchoir crasseux et s'essuya le front, bien qu'il ne fît pas chaud. « Mais si j'étais vous, je regarderais du côté des registres de la compagnie. Les morts par incendie ont tous un point commun : ils tenaient les livres. Ils savaient où se cachaient les irrégularités. Le comptable, l'agent de souscription, le portier — tous avaient accès aux registres des polices. Tous étaient des obstacles. »
« Des obstacles à quoi ? »
« À une fraude d'envergure. » Finch rangea son whisky et se détourna, signifiant que l'entretien était terminé. « Tuez les gardiens des registres, et vous pouvez réécrire l'histoire. Effacez des noms. Ajoutez des bénéficiaires. Faites disparaître des dettes. Et si quelqu'un pose des questions… » Il désigna la montre d'un geste. « On lui envoie un message. »
Graves ramassa la montre et la glissa dans la poche intérieure de son manteau. Le métal froid contre sa poitrine était comme un deuxième cœur, un qui battait à l'envers.
« Une dernière question, monsieur Finch. Ces hommes qui sont morts — Cole, Pemberton, le portier — ont-ils laissé des veuves ou des proches qui ont touché les assurances ? »
« Ils ont tous touché l'argent. » Finch sourit, un sourire sans chaleur. « Mais les veuves ? C'est là que cela devient curieux. Les trois veuves ont chacune disparu de Londres dans les semaines suivant le paiement. Personne ne les a revues. »
Graves sortit dans la rue trempée et glacée. La pluie s'était transformée en bruine fine, collant les pavés comme un vernis noir. Il leva les yeux vers la boutique de Finch, puis vers le ciel obscur où perçaient à peine quelques lampes à gaz.
Trois morts. Trois veuves disparues. Une montre fissurée, arrêtée à 11:58, qui sonne comme une heure de rendez-vous manqué.
L'horloge de l'église voisine sonna trois coups. Graves compta machinalement. Il lui restait peut-être quelques jours avant que son propre nom soit barré de cette fichue liste. Il devait trouver Silas Peabody, le clerc de Pelican Life. Mais d'abord, il devait comprendre pourquoi la montre de Thaddeus Cole — un homme mort il y a six mois dans un incendie, à onze heures et demie du soir — s'était arrêtée à 11:58, soit près de trente minutes après que Cole aurait dû être déjà en cendres.
À moins que la montre n'ait pas appartenu à Cole à l'heure de sa mort.
À moins qu'elle n'ait appartenu à quelqu'un d'autre.
Il regarda la poche de son manteau, sentit le poids familier du métal. Sous la fissure, presque invisible à moins de savoir chercher, il avait remarqué une seconde gravure — fraîche, récente, faite avec une pointe fine. Trois mots, à peine lisibles à la maigre lumière de la boutique de Finch.
Il sortit la montre dans la rue, l'approcha d'un réverbère, et se pencha pour lire.
« Comptez les morts. »
Le message lui était destiné. Quelqu'un savait qu'il trouverait cette montre. Quelqu'un savait qu'il irait chez Finch. Quelqu'un — peut-être le même homme au manteau noir qui l'épiait depuis le début — l'utilisait comme un instrument dans un jeu dont il ne comprenait pas encore les règles.
Graves remit la montre en place et se mit en marche vers l'est, vers la rue Fenchurch et les bureaux calcinés de Thaddeus Cole. Mais au bout de dix pas, il s'arrêta.
Un fiacre était garé en travers de la rue, cheval fumant dans la nuit froide. La portière s'ouvrit et une silhouette en sortit — une femme, enveloppée dans une cape de velours vert, le visage à moitié dissimulé par une capuche.
Elle s'approcha sans crainte, ses bottines claquant sur les pavés mouillés.
« Inspecteur Graves ? » Sa voix était douce, mais tendue comme une corde d'instrument. « Je m'appelle Lydia Pemberton. Vous enquêtez sur la mort de mon frère, je crois. Et j'ai des informations qui pourraient vous intéresser — si vous acceptez de me croire avant que ceux qui m'ont déjà tué trois fois ne réussissent. »