Le Registre des Ombres
Lire le chapitre 24: The Coordinates' Secret
La poussière du plafond pleuvait encore quand Marchand comprit. Pavel tenait le Hawk à la gorge, le tesson de verre luisant dans la pénombre. Mais Pavel était un homme brisé par la torture — ses jambes flageolaient, et le Hawk, un vieux renard de guerre, ne céderait pas longtemps.
« Le coffre, Marchand ! » hurla Pavel sans quitter des yeux sa proie. « Ouvre-le avec la boussole ! »
Marchand ne réfléchit pas. Il s'accroupit devant le panneau d'acier encastré dans le mur, sortit l'instrument de sa poche. Le boîtier de cuivre était tiède contre sa paume. Il tourna la béquille, aligna le nord magnétique sur le sud indiqué par l'engraving détruit, puis pressa le cadran vers la gauche. Un clic. Un second. À la troisième pression, un mécanisme intérieur grogna et le panneau s'ouvrit.
À l'intérieur, rien d'autre qu'un livre relié de cuir rouge, celui qu'il avait trouvé plus tôt. Machinalement, il le souleva. Sous lui, un fin tiroir secret coulissa. Le véritable ledger reposait là — une couverture de toile noire, les pages gonflées par l'humidité. Mais sur la première page, au lieu de colonnes de chiffres, une carte grossièrement dessinée. Une chaîne de montagnes, un lac en forme de goutte, et au centre, trois croix entourées d'un cercle. En dessous, gratté à l'encre sèche : *Genève, Caisse N°17, tiroir B.*
Le souffle de Marchand se figea. Les coordonnées de la boussole ne menaient pas à un coffre — elles avaient toujours mené à cette page. Le ledger n'était pas le trésor. Le trésor était sur ces montagnes, dans ce lac, dans une voûte suisse qui attendait depuis des années le seul homme capable de lire la carte.
« Marchand ! » cria Anna depuis le seuil.
Il tourna la tête. À travers la vitre brisée du couloir, des ombres bougeaient dans la cour. Pas les hommes du Hawk — des uniformes sombres, des casques.
La porte de la pièce s'ouvrit à la volée. Quatre hommes en long manteau gris firent irruption, pistolets levés. À leur tête, un officier au visage étroit, les cheveux plaqués en arrière, l'uniforme impeccable sous son pardessus. Il parla un français net, sans accent.
« Capitaine Renaud, Service de renseignement de la République. Ce document appartient à la France. Vous allez me le remettre. »
Le Hawk profita de la seconde. D'un coup sec, il envoya Pavel contre le mur, saisit le tesson — non, saisit Pavel par le collet. Pavel cria, ses jambes le trahirent. Le Hawk le traîna vers la fenêtre, brisa le reste du châssis d'un coup d'épaule, et disparut dans la nuit avec le Russe dans les bras.
Anna fit un pas pour le suivre. Le capitaine Renaud leva un doigt. Ses hommes l'encadrèrent.
« Elle reste », dit-il.
Marchand tenait toujours le ledger contre sa poitrine. La carte suisse, le poids du cuir sombre, les cris de Pavel qui s'estompaient dans les arbres. Le capitaine Renaud avait les yeux clairs, presque transparents, posés sur le livre.
« Marchand, ancien capitaine du 27e régiment d'infanterie. Deux blessures de guerre. Démobilisé contre son gré. Excellent dossier, jusqu'à récemment. » Il sourit, mais le sourire ne montait pas à ses yeux.
« Vous aussi vous vous êtes servi du télégramme de LaRoche », dit Marchand.
« LaRoche est un journaliste. Ce ne sont pas les tuyaux qui manquent, à un homme avec de bons tuyaux. » Renaud tendit la main. « Le ledger, Marchand. Il y a là-dedans la preuve qu'un ministre français s'est vendu à des banquiers suisses et à des intérêts bolcheviks. La France doit traiter cette affaire dans le secret des canaux officiels. Vous êtes un soldat, et vous le savez. »
Les hommes de Renaud tenaient leurs armes baissées, mais leurs doigts reposaient sur les pontets.
Marchand sentit le poids du ledger contre ses côtes. Il entendit dans sa tête la voix de Pavel : *Ce livre peut renverser des gouvernements.* Et maintenant il comprenait enfin ce que Pavel voulait dire exactement. Le livre ne renverserait rien tout seul. Mais les comptes qu'il décrivait — les noms des députés, des généraux, des oligarques, de tous ceux qui avaient financé la guerre et volé la paix — ces noms, couplés aux coordonnées suisses gravées — donc mémorisées — dans sa tête, ouvraient une porte vers la vérité brute. Et les gouvernements tombaient pour une vérité que l'on pouvait tenir dans la main.
« Et Pavel ? » demanda Marchand.
« Le Russe est un mensonge vivant. Il vous a utilisé, il a utilisé cette femme. » Renaud indiqua Anna sans la regarder. « Son sort ne vaut pas votre intégrité. »
Une rafale de vent entra par la fenêtre brisée. La nuit était noire, profonde, et le Hawk filait entre les sapins avec un Russe affaibli sur les épaules. Pavel avait peut-être mis en scène sa propre capture, Anna peut-être pactisé avec l'ennemi, mais quelque chose dans les lettres griffées du couloir — le *M. 7* — hurlait dans la tête de Marchand. Il n'y avait jamais eu de code. Il y avait le son d'un homme qui demandait qu'on ne l'abandonne pas.
Anna croisa le regard de Marchand. Pour la première fois, une fissure dans son masque. Pas de l'espoir. Pas de la supplication. De la peur.
« Capitaine Renaud », dit Marchand lentement, chaque mot pesé. « Vous avez raison. Ce document est l'affaire de la France. »
Il tendit le ledger, couverture noire en avant.
Renaud prit le livre avec précaution, presque avec révérence. Ses hommes ne baissèrent pas leurs armes.
« Je vous suis reconnaissant, Marchand. Nous avons une cellule dédiée aux questions de corruption post-ministérielle. Vous pourrez témoigner. »
« Je témoignerai », dit Marchand.
Il tourna le dos à Renaud et rejoignit Anna. Il lui prit le bras — un geste ferme, presque brutal. « Vous allez m'emmener au repaire du Hawk. Avant que la nuit soit finie. »
« Marchand », appela Renaud, une note d'acier dans la voix. « Votre coopération sera prise en compte. L'absence de votre nom du dossier dépend de vos choix futurs. »
Marchand ne se retourna pas.
Dans sa tête, les coordonnées tournaient comme une horloge : *Genève, lac en goutte, trois croix, caisse N°17, tiroir B.* Il avait donné le livre, mais il détenait ce qui comptait. Le numéro de la voûte. L'emplacement exact.
Et Pavel savait que si Marchand avait la carte en tête, il avait aussi la question cruciale : qui avait déposé son sang dans cette banque suisse ?
Anna marchait à son côté, les épaules raides. Pourquoi vrai ou faux, elle avait trahi Pavel, elle avait trahi tout le monde. Mais il n'y avait pas d'autre boussole dans la nuit que ses yeux.
« Vous allez le laisser nous diriger jusqu'au piège ? » demanda-t-elle, sa voix presque murmure.
« Non », dit Marchand, en tirant sur son bras. « Nous allons courir plus vite que lui. »
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