Le Registre des Ombres
Lire le chapitre 26: The Safehouse Seduction
La pluie de mars lavait les pavés de la banlieue est quand Anna les arrêta devant une maison bourgeoise à l’abandon, ses volets clos comme des paupières mortes. Le numéro 14 de la rue des Lilas, gravé sur une plaque de cuivre verdie, semblait défier quiconque d’en approcher.
« Par ici, murmura Marchand, la main sur le pistolet coincé dans sa ceinture.
— La porte de service est à l’arrière, dit Anna. Le Hawk aime les entrées discrètes. »
Son ton était neutre, presque las. Renaud les suivait en silence, son Mauser dégainé, les yeux scannant chaque fenêtre. Ils contournèrent la maison par un passage étroit qui sentait l’urine et le chou bouilli.
La porte de service n’était pas verrouillée.
Marchand poussa doucement. La cuisine sentait le café froid et la poussière. Des assiettes sales traînaient dans l’évier, comme si quelqu’un était parti sans finir son repas. Il traversa le couloir, pas après pas, le cœur battant contre ses côtes.
Personne au salon. Personne dans la bibliothèque.
La cave.
L’escalier grinça sous le poids de Marchand. Il descendit prudemment, l’arme pointée devant lui. L’ampoule nue au plafond éclairait une pièce nue : des murs de briques, une table en chêne brut. Il crut d’abord que la pièce était vide.
C’est alors que la voix tomba des hauteurs, claire et satisfaite.
« Marchand. Vous êtes en retard. »
Le Hawk se tenait en haut de l’escalier, un revolver à la main droite, un sourire mauvais sur le visage. Il était élégamment vêtu — costume sombre, cravate grise — comme s’il allait à l’Opéra plutôt qu’à une confrontation meurtrière. À côté de lui, Pavel se tenait debout, pâle, les mains liées derrière le dos.
« Vous vouliez le rapport complet, mon cher Marchand, dit le Hawk en reculant d’un pas. Alors le voici. »
Derrière lui, la porte du salon s’ouvrit toute grande. Quatre hommes en caban gris apparurent, armes braquées. Renaud leva la sienne, mais le rapport de force était écrasant.
« L’album que vous cherchez, dit le Hawk en jetant un dossier sur la table avec un claquement sec. Le vrai pouvoir ne réside pas dans les noms des déposants. C’est un reçu de dépôt. Or impérial. La valeur exacte ? »
Il marqua une pause théâtrale.
« Huit tonnes. Huit tonnes d’or réservé à la restauration de l’empire, pas à la révolution. Le volkov l’avait placé avec l’accord secret des banques suisses, avant que vos maîtres bolcheviques ne lui arrachent la vie. »
Marchand jeta un œil au dossier. L’en-tête de la banque était authentique — il connaissait la filigrane, l’avait vue des dizaines de fois pendant la guerre. Le nom du dépositaire : Prince Mikhail Andreievitch Volkov. Le montant : écrit en lettres, en chiffres, en toutes langues.
« Le journaliste LaRoche vous paiera beaucoup pour cette histoire, Marchand, continua le Hawk, avançant d’un pas. Mais moi, je vous offre mieux que l’encre. Une part de ce dépôt. Deux millions de francs-or, versés dans n’importe quelle banque de votre choix, sous n’importe quelle identité. Vous avez survécu aux tranchées, mon ami. Vous méritez mieux qu’une vie de misère à colporter des secrets pour des feuilles de chou. »
Marchand sentit la chaleur monter dans sa poitrine comme un feu mal éteint. La carrière, la France, les révolutions — tout cela lui semblait soudain lointain, irréel. Deux millions. Il aurait pu vivre comme un seigneur à Biarritz ou à Nice, à l’abri des hivers russes et des printemps parisiens incertains.
Une fenêtre de deux secondes. Puis il vit Pavel. Et Pavel, malgré ses liens, sourit lentement et hocha la tête, comme pour dire : ne le crois pas.
Marchand laissa la seconde passer.
Il bondit.
Le premier coup partit du Mauser de Renaud, qui toucha l’homme de caban le plus proche à l’épaule. La confusion générale explosa dans un fracas de verre brisé et d’ordres hurlés. Marchand plongea sous la table, roula entre les jambes d’un des hommes, et surgit derrière le Hawk.
Qui l’attendait.
Le Hawk pivota, le canon de son revolver pointé vers le visage de Marchand. Son sourire s’était figé — plus de temps pour les offres. Ses yeux brûlaient de l’intensité d’un homme qui a tout à perdre.
« Vous avez fait votre choix », dit-il.
Marchand ne répondit pas. Il saisit l’arme à deux mains, la détourna vers le plafond, et frappa violemment du coude dans le visage du Hawk. Un craquement mauvais résonna — le nez cassé.
Le Hawk chancela, mais ne tomba pas. Une main ensanglantée se porta à son visage, l’autre relâcha le revolver qui claqua sur les pavés. Marchand le frappa au ventre, puis à la mâchoire. Le corps s’affaissa comme une marionnette.
Mais c’est alors que Marchand entendit le sifflement derrière lui, et qu’il comprit que la pièce était encore pleine de dangers — et que le Hawk n’avait jamais été seul.
Trop tard pour se retourner complètement. Le coup s’abattit sur l’arrière de son crâne avec la force d’une hache. Le monde bascula dans une mer de douleur et de lumière.
La dernière chose qu’il vit en tombant fut les yeux de Pavel, brillants d’un feu nouveau, ses liens tombés à ses pieds comme par magie, et la main du Hawk qui se relevait, tenant un poignard dont la lame reflétait la lumière du plafond.
« L’album, Pavel », murmura-t-il, la voix déjà lointaine.
Puis l’obscurité l’engloutit.
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