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Le Registre des Os

Lire le chapitre 10: Under the Iron Peak

La neige tombait sans un bruit, épaisse et dense, quand Marcus et Sophie atteignirent le col. Le ciel, d'un gris laiteux, semblait peser sur les crêtes comme un couvercle.

Marcus s'arrêta, scrutant le paysage à travers la tempête naissante. La carte de parchemin tremblait dans ses doigts gantés, les coordonnées tracées à l'encre de fer correspondant à une moraine en contrebas, étrangement plate au milieu des pentes abruptes du massif.

« C'est là, dit-il en pointant du menton un amas de rocs à demi enseveli. L'entrée devrait se trouver sous cette formation. Le message de Tom mentionne une faille naturelle élargie par les Templiers. »

Sophie s'approcha, le brassard de sa veste claquant au vent. Elle portait sa blessure au bras avec une raideur qu'elle tentait de dissimuler, mais ses mouvements se faisaient plus lents à chaque pas. Il le voyait.

« Marchons », dit-elle simplement.

Ils s'enfoncèrent dans la poudreuse, les raquettes crissant à chaque enjambée. Leurs souffles formaient des nuages fugaces dans l'air glacé. La moraine se rapprochait, noire et hostile, quand un son gronda derrière eux.

Marcus se retourna. Une coulée de neige filait le long de la paroi orientale, encore lente, hésitante.

« Non », murmura-t-il.

Une détonation étouffée roula sur la montagne, puis une seconde. Deux gerbes blanches explosèrent à mi-pente. D'abord des points, puis des langues de neige qui dévalèrent en rugissant.

L'avalanche n'était pas naturelle.

« Cours ! » hurla-t-il.

Ils sprintèrent, mais la neige les rattrapa en quelques secondes. L'onde les projeta sur le sol gelé, Marcus se tordit pour protéger Sophie du choc. Le monde devint blanc et brutal, un tourbillon de chair et de cristal qui les emporta vers le bas de la pente.

Il agrippa la main de Sophie, refusant de la lâcher. La force du courant leur faisait rouler comme des fétus, jusqu'à ce qu'un rocher arrête leur chute dans un fracas sourd qui lui coupa le souffle.

Quand le silence retomba, il resta un long moment sans bouger, aveuglé par la poudre. Ses poumons brûlaient, sa poitrine semblait enserrée dans un étau.

« Sophie..., souffla-t-il en se tournant vers elle.

Elle était à côté de lui, le visage blême contre la neige tassée, une lourde plaque blanche sur la hanche. Ses yeux papillonnaient, à moitié conscients.

Marcus la dégagea avec des gestes fébriles, retirant la glace incrustée dans ses vêtements.

« Sophie. Réponds-moi. »

Elle gémit, ouvrit les yeux. Sa pupille gauche était dilatée, signe d'une secousse violente. Quand il l'aida à s'asseoir, elle laissa échapper un cri sec.

Sa cheville était tordue, et une déchirure sombre tachait son pantalon au niveau du genou. Le sang luisait à travers l'étoffe, rouge vif, rapidement dilué par la fonte.

« Il faut te mettre à l'abri », dit Marcus en scrutant la pente. Plusieurs silhouettes noires se détachaient du ciel au point où l'avalanche avait été déclenchée. Elles descendaient prudemment le long de la coulée, armées, méthodiques.

Petrova. Ou ses hommes.

Il jeta un regard en direction de la moraine. À une centaine de mètres, une fissure sombre s'ouvrait dans la roche calcaire, à peine visible sous l'accumulation de neige fraîche. L'entrée, sans doute.

Il hissa Sophie sur son épaule, insensible à la douleur qui vrillait son dos. Elle protesta faiblement, mais il pressa le pas, glissant le long de la pente vers l'ouverture.

La fissure n'était pas naturelle. Un linteau en pierre taillée, usé par les siècles, supportait une architrave à la géométrie parfaite, presque invisible pour un œil non averti. Marcus s'y engouffra, s'éloignant du dallage clair pour se fondre dans les ombres qui montaient de la roche.

Il déposa Sophie sur une saillie sèche, puis colla son oreille à l'ouverture. Des voix résonnaient en contrebas, couvertes par le vent. Les hommes approchaient mais n'avaient pas encore atteint la fissure.

Il sortit sa lampe frontale, la balance le long de la cavité qui descendait en pente douce vers l'intérieur du massif. Une faille naturelle s'élargissait progressivement, les parois lisses portant des marques régulières, des stries faites par des outils.

Le cœur battant, il s'accroupit auprès de Sophie.

« Une entrée. Une vraie. »

Elle hocha faiblement la tête, refermant les bras sur son abdomen. Ses doigts tremblaient.

« La cascade de conneries que tu m'as fait avaler..., murmura-t-elle avec un sourire forcé. Mais au moins tu as trouvé. »

Il lui tendit une barre énergétique, qu'elle refusa. Sa pâleur persistait, source d'une angoisse sourde qui lui serrait la gorge. Il fallait la sortir d'ici, vite. Mais dehors, les hommes convergeaient.

Détonations soudaines – des sons sourds, brefs, qui firent vibrer les parois. Des grenades de fumée. Elles visaient la fissure, qu'ils avaient trouvée.

Marcus saisit Sophie par la taille et l'entraîna plus profond dans la faille. La rampe descendait, les parois se resserrant avant de s'ouvrir sur une haute salle naturelle en forme de dôme, à moitié remplie de glace bleutée.

Au centre de cette glace, une porte.

Elle était en bronze massif, ses montants rongés par une patine vert sombre, ornée d'un loup à la gueule grande ouverte dont les crocs étaient dégagés en bas-relief. Au-dessus de la gueule, une fente horizontale, parfaitement rectiligne, attendant une pièce de forme particulière.

Marcus sortit la plaque de laiton de sa poche intérieure. Sa main tremblait, du froid ou de l'adrénaline, il ne savait plus. Il la présenta à la fente.

Elle entra d'un centimètre, puis s'y logea fermement.

Un déclic. Un grincement lent, pierre contre métal, d'une rouille ancienne et rouillée.

La porte s'entrebâilla, dégageant une odeur d'humidité séculaire et de fer froid.

« Tu vois ? » souffla Sophie, maîtrisant sa voix.

Marcus passa une jambe par l'ouverture, quand une nouvelle vibration fit trembler le sol. Plus longue, plus lourde cette fois. Un grondement qui venait des entrailles du glacier, suivi par un craquement aigu de la glace au-dessus de leurs têtes.

« Ils ont déclenché une seconde avalanche », dit-il, les mâchoires serrées.

Il n'y avait pas d'autre issue. Ils étaient pris au piège dans la gorge du loup.

Sophie se redressa avec un effort visible, sa jambe blessée glissant sur le sol gelé. Elle s'appuya contre lui, le menton haut, le regard enfiévré.

« Alors entre, Webb », dit-elle avec un sourire féroce malgré la douleur. « Puisqu'on est invités. »

Il la soutint par-dessus le seuil. Derrière eux, la porte à tête de loup se referma lentement, d'elle-même, dans un grincement qui semblait marquer une décision prise à leur place. La fente de laiton s'enfouit dans son logement comme une clé retournée dans une serrure.

Ils étaient entrés.

Au-dessus d'eux, quelque part dans la glace, le rugissement de la seconde avalanche se prolongea en râle, couvrant la dernière lumière du jour.