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Le Registre Doré

Lire le chapitre 3: A New Client

Le marteau de la porte de service retentit à onze heures moins cinq, trois coups espacés, deux rapides. Le signal de Marcel. Lucien posa le tournevis qu'il utilisait pour démonter le mécanisme d'une montre allemande — un détail inutile, mais qui occupait ses doigts quand son esprit tournait trop vite.

Il ouvrit. Marcel se tenait dans l'embrasure, son éternel mégot de cigarette collé à la lèvre inférieure. Derrière lui, la ruelle était vide. Pas de manteau brun. Pas de flâneur suspect. Depuis la veille, Lucien avait changé trois fois d'itinéraire, dormi dans une chambre de bonne rue du Bac, et vérifié chaque miroir de boutique pour son reflet.

« T'as une mine de curé en carême, dit Marcel.

— Tu n'es pas venu pour commenter mon teint.

— Non. J'ai quelqu'un qui veut te parler.

— Je ne reçois pas.

— Tu recevras celle-là. »

Marcel s'effaça. Une femme entra, mince, vêtue d'un manteau gris trop large qui pouvait appartenir à n'importe quelle Parisienne de trente ans. Elle retira son foulard. Cheveux châtains tirés en chignon, visage sans trace de maquillage, yeux couleur d'hiver — gris, froids, sans promesse. Elle regarda Lucien comme on inspecte une marchandise suspecte.

« Camille », dit Marcel. « Elle travaille avec le Réseau. Vous avez des choses à discuter.

— Le Réseau ? » Lucien croisa les bras. « Je suis commerçant. Je n'ai pas de politique. »

Camille ne sourit pas. Elle sortit une feuille de papier de sa poche intérieure, la déplia, la lui tendit. C'était un ordre de réquisition signé par un officier de la Kommandantur, tamponné, daté du 12 février. Au bas, dans l'angle gauche, une annotation manuscrite au stylo bleu : « Marchand Lucien, 14 bis rue de la Huchette — activités de marché noir. Convocation imminente. »

Sa propre adresse. Une écriture que Lucien reconnaissait : celle du sous-lieutenant Vogel, mort dans son showroom deux jours plus tôt, la cervelle éclaboussant une caisse de corned-beef.

« Où avez-vous eu ça ?

— Peu importe. Ce qui compte, c'est que nous l'avons, et que la Gestapo ne l'a pas. Encore. » Camille remit le papier dans sa poche. « Le Réseau a des hommes à la Kommandantur. Des gens de maison, une sténographe, un planton. Ce mandat d'arrêt n'a jamais été transmis à la commission. Il est resté dans un classeur, dans un bureau où nos amis passent la nuit. »

Lucien jaugea la pièce. Marcel regardait le plancher. Camille ne bougeait pas. Le silence avait une texture, celle d'un étau qui n'attend qu'une main pour tourner la vis.

« Vous voulez quoi ?

— De l'aide. Nous avons besoin de financement pour une opération. Une action contre un dépôt de carburant près du Bourget. Hommes, explosifs, véhicules, faux papiers. Nous avons une piste : un convoi allemand, parti de la Banque de France en novembre, contenant — selon nos sources — des métaux précieux saisis aux familles juives déportées. Le convoi est arrivé à Paris. Il n'est jamais reparti. »

Lucien sentit sa nuque se serrer. Le même convoi. Le même or. Les codes du carnet de Vogel mentionnaient un « transfert B.F. » — Banque de France — daté du 3 novembre, douze caisses, quatorze tonnes. Tout concordait.

« Et vous croyez que je sais où il est ?

— Nous croyons que vous savez qui le sait. Vous avez des contacts que nous n'avons pas. Vous circulez dans des eaux où nous ne savons pas nager.

— Les égouts, vous voulez dire.

— Si vous préférez. »

Lucien s'assit sur le bord de la table. Il croisa les mains, étudia Camille par-dessus ses phalanges. Une femme de terrain, pas une idéaliste de salon — les idéalistes de salon ne sortaient pas un mandat d'arrêt volé de leur poche sans trembler.

« Supposons que j'accepte. Qu'est-ce que j'y gagne, moi ? Le Réseau n'a pas d'argent. Vous payez en hymnes et en médailles posthumes.

— Nous avons l'effacement de ce mandat. Et nous avons la protection. Nous savons que vous travaillez pour des Allemands, Monsieur Marchand. Nous savons aussi que vous ne livrez que de la nourriture et de l'alcool — pas de listes, pas de noms. Faute avouée à moitié pardonnée, comme on dit. Mais le jour où les Allemands perdront, et ils perdront, la France aura une liste. Vous pouvez être sur la liste des sales types. Ou sur la liste des gens qui ont aidé. »

Il la dévisagea. C'était une menace propre, polie, irréfutable. Le genre de menace qu'on ne pouvait pas marchander — on ne négocie pas avec l'avenir.

« J'ai besoin de temps pour réfléchir.

— Vous avez jusqu'à demain, dix heures. Marcel connaîtra notre point de contact. Ne nous faites pas attendre. Nous ne sommes pas patients et nous avons d'autres moyens d'obtenir des informations. » Elle remit son foulard, noua le tissu sous son menton. « Mais vous n'aimerez pas ces moyens-là. »

Elle sortit. Marcel fit un geste d'impuissance et la suivit. La porte claqua.

Lucien resta seul. Il monta à l'étage, tira de sa cachette sous une latte du parquet le carnet de cuir noir de Vogel. Le code — une série de chiffres romains et de dates — dansait sous ses yeux. Il connaissait déjà la traduction approximative : dépôts, étapes, quantités. Trois points sur la carte. Le premier, Orléans, déjà épuisé. Le deuxième, Paris. Le troisième — une page vierge, suivie d'une page arrachée.

Une seule livraison d'or. Deux acheteurs. La Résistance voulait la financer pour poser des bombes. Sabine voulait la fondre et la vendre à ceux qui paieraient le mieux. Les Allemands voulaient la récupérer pour la faire filer vers Berlin. Et Lucien Marchand, ce pragmatique commerçant sans loyauté, se tenait entre les trois forces avec un carnet que chacun paierait en espèces ou en survie.

Il pensa à ce que Camille avait dit : « Nous avons d'autres moyens d'obtenir des informations. » S'il ne coopérait pas, le Réseau irait voir ailleurs. Et « ailleurs », dans Paris occupé, signifiait souvent la rue Lauriston — la Carlingue. Sabine avait des contacts là-bas. Combien de personnes savaient déjà pour le carnet ? Vogel était mort. Marcel savait quelque chose, il était un réseau d'anciens contacts de son père. Sabine savait. Et maintenant, le Réseau savait qu'il y avait de l'or.

Trop de bouches autour d'une portion trop petite.

Il ouvrit le carnet à la dernière page blanche. Avec la pointe d'un couteau de poche, il gratta le papier à la lumière de la lampe. Des traces de pression. Quelqu'un avait écrit sur une feuille au-dessus de celle-ci et la mine avait laissé des marques. Il inclina la page, lut les lettres déformées :

« Abbaye. Nord. Douze. »

C'était tout. Abbaye — l'Abbaye-aux-Bois ? Les catacombes passaient sous une ancienne abbaye au XIVe arrondissement. Nord — l'entrée nord. Douze — douze caisses, douze tonnes, midi.

Il replia le carnet. Une sonnerie retentit dans la cour — la mère Blanchard rappelait son chat. Lucien glissa le carnet dans sa poche intérieure, boutonna sa veste, et sortit par l'arrière sans fermer la porte à clef.

Il fallait voir Sabine d'abord. La convaincre qu'il avait des informations nouvelles — pas toutes, juste assez pour la tenir en laisse. Et si elle commençait à poser trop de questions sur ses sources, il avait désormais une réponse à lui servir : une femme du Réseau, mince, grise, qui venait de lui offrir une alternative.

Car si Sabine le menaçait de la Gestapo, Camille lui offrait la seule chose plus précieuse que l'or : l'assurance de marcher libre dans Paris après la guerre.