Le Registre du Faiseur de Guillotines
Lire le chapitre 15: The Girl in the Records
La lanterne du greffe jetait une tache jaune et tremblante sur les registres poussiéreux. Étienne avait utilisé la clé de la sacristie pour entrer dans le passage souterrain qui reliait l'église voisine à l'administration de la Conciergerie — un secret que les prêtres utilisaient autrefois pour porter l'extrême-onction aux condamnés sans traverser les couloirs publics.
Trois heures du matin. Les pas des gardes résonnaient au loin, réguliers comme un métronome. Il avait volé un chandelier de bronze à la sacristie pour faire fondre de la cire et sceller la serrure de la porte du greffe de l'intérieur. S'il se faisait prendre maintenant, il ne pourrait pas fuir par où il était venu.
Il feuilleta les registres d'écrou. Des colonnes de noms, de dates, de crimes. Des centaines. Tous ceux qui étaient passés sous sa lame depuis deux ans. Il cherchait une anomalie, un nom qui ne correspondait pas à un corps. Mais les registres officiels étaient propres — trop propres. Quelqu'un les tenait avec un soin maniaque.
Le souffle court, il se tourna vers les cartons du fond, ceux que personne n'ouvrait plus. Les archives du ministère des Finances, confisquées lors de la purge de l'ancien ministre Delacroix. Il défit la ficelle d'un carton poussiéreux. Des lettres, des bordereaux, des états de comptes. Rien qui parlait d'une fille.
Puis il trouva un dossier mince, presque vide, marqué d'un cachet rouge : « Dossier personnel — C. Delacroix ».
Il l'ouvrit. Une seule feuille, datée de deux mois avant l'arrestation du ministre. Une demande de passeport pour « Claire Delacroix, seize ans, fille du ministre, destination : Angleterre ». Refusée en marge d'une écriture nerveuse — celle de Ferraud, il la reconnaissait maintenant.
Une adresse sur la feuille, biffée d'un trait rageur. Il plissa les yeux à la lueur de la chandelle. Rue de la Harpe, numéro 14. Il arracha la page et la glissa dans sa chemise.
Un bruit de pas dans le corridor. Deux hommes. Il souffla la chandelle et se plaqua contre le mur. La serrure qu'il avait scellée grogna sous une poussée, puis un cliquetis de clé.
— Elle est foutue, cette putain de serrure, dit une voix.
La voix de l'homme à la cicatrice.
— On n'a pas besoin d'entrer, répondit l'autre. Le greffier nous a dit qu'un type rôdait dans les parages. Scarface rit, un son dur et sec comme un coup de maillet sur du bois.
— Le charpentier. Il cherche la fille du ministre.
— Il la trouvera pas. Elle est planquée dans un cul-de-basse-fosse depuis que son père a eu la tête coupée. Et même s'il la trouvait, elle sait rien.
— Elle sait des noms, dit l'autre. Son père a tout consigné avant de mourir. Elle a pris les papiers.
Un silence. Étienne retenait sa respiration.
— Les papiers sont chez elle, dans sa planque, dit Scarface. Rue de la Harpe, numéro quatorze. Mais elle est plus là. On les a brûlés hier. Et si le charpentier se pointe, on le cueille.
Rue de la Harpe, numéro quatorze. La même adresse. Ils avaient déjà visité les lieux — mais Claire les avait fuis. Ou peut-être pire.
Les pas s'éloignèrent. Étienne compta jusqu'à cent avant d'oser respirer. Il sortit du greffe par le passage souterrain, traversa la sacristie, émergea dans la ruelle derrière l'église Saint-Louis. Le froid de la nuit le gifla.
Il devait trouver Claire Delacroix avant que les hommes de Scarface ne le trouvent, lui. La rue de la Harpe était à vingt minutes de marche, dans le quartier latin. Son atelier était surveillé ; la Conciergerie était chaude ; la rue de la Harpe était son seul mouvement possible.
Il longea les quais. La Seine luisait, noire et grasse, reflétant les rares lanternes. Un fiacre passa au loin, ses chevaux claquant sur les pavés mouillés. Étienne pressa le pas.
Le numéro 14 de la rue de la Harpe était une maison étroite, coincée entre une imprimerie et un marchand de vin. Fenêtres closes. Caché dans l'ombre d'un porche, il observa la façade pendant dix minutes. Pas de lumière, pas de mouvement. Les hommes de Scarface n'étaient plus là. Ils avaient dit avoir brûlé les papiers — mais ils mentaient peut-être, pour décourager d'autres curieux.
Il essaya la porte. Fermée à clé, solide. Pas de serrure à crocheter dans l'urgence. Il contourna par l'arrière. Une cour pavée, un puits, une échelle de fer menant à une fenêtre de service au troisième étage. L'échelle était rouillée mais elle tint sous son poids.
La fenêtre céda sous la lame de son couteau. Il se glissa dans un grenier sentant la poussière et les pommes oubliées. Il descendit un escalier étroit. Deuxième étage : une chambre à coucher vide, les draps encore froissés sur le lit. Un foulard de soie resté accroché à une chaise. Un pot à eau à moitié rempli — elle était partie en hâte.
Premier étage : un salon propre, trop propre. On avait passé la serrure et le sol. Il compta les endroits où il cacherait des papiers. Sous les lames du plancher ? Derrière la cheminée ? Lui, oui. Un bourreau du dimanche, il cachait bien ses outils.
Il passa la main derrière la plaque de la cheminée. Rien. Autour du pied du lit. Rien. Puis il vit une latte du plancher légèrement décalée sous le tapis. Il souleva. Un double-fond.
Il n'y avait pas de papiers. Mais une boîte en fer-blanc, petite, contenant un médaillon en or avec un portrait de femme, une mèche de cheveux roux dans un papier, et — en dessous — une carte de visite. Carte de visite du père, nom du ministre Delacroix, et au verso, écrit d'une main d'enfant, presque effacé :
« Je suis chez la cousine Marie-Rose, dans la calèche de l'oncle Napoléon. »
Il la relut trois fois. La calèche de l'oncle Napoléon. C'était absurde. L'oncle Napoléon n'était pas un oncle, c'était un cheval de poste qui tirait la diligence de Versailles — Étienne lui avait fait un sabot neuf l'année dernière quand l'animal avait boité près de l'atelier. La calèche de l'oncle Napoléon : la société de poste de la rue du Bac, où étaient écuriés les chevaux et où les conducteurs dormaient entre deux voyages.
Marie-Rose. La cousine Marie-Rose était une femme qui tenait la blanchisserie de cette rue du Bac.
Il reboucha la planche, replaça le tapis et remit la boîte là où il l'avait trouvée. S'il prenait le médaillon, il laisserait une trace. Mais prendre la carte était nécessaire.
En redescendant par l'échelle de fer, il entendit un bruit sourd dans la rue, en face de la maison. Une silhouette, adossée à un mur, sous un capuchon. Elle ne bougeait pas, mais elle avait levé la tête — et elle le regardait.
Il lâcha l'échelle, tomba dans la cour, roula sur l'épaule et courut vers la ruelle du bout. Derrière lui, des pas rapides sur les pavés. Il accéléra, tourna dans la rue de l'Éperon, puis dans un passage étroit qui sentait le poisson pourri. Un escalier de pierre menait aux berges.
Il déboula sur les quais, haletant. Il se retourna. La silhouette était là, arrêtée en haut de l'escalier, immobile. Puis elle tourna les talons et disparut.
Étienne resta un long moment contre le parapet, le cœur battant. Ce n'était pas un homme de Scarface — ils n'auraient pas abandonné si facilement. C'était quelqu'un qui l'avait suivi sans vouloir l'attraper. Quelqu'un qui savait qu'il irait à la rue de la Harpe.
Le médaillon dans sa poche semblait peser plus que son poids. Il partit d'un pas rapide vers la rue du Bac. Marie-Rose la blanchisseuse. Claire Delacroix, seize ans, fille d'un ministre guillotiné, cachée chez une blanchisseuse avec les papiers que son père avait payés de sa tête.
Derrière lui, dans l'ombre des toits, la silhouette avait repris sa poursuite — à distance, mais sans jamais perdre le fil.
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