Le Registre du Portuaire
Lire le chapitre 27: The Ledger's Key
Le martèlement contre la porte du magasin avait cessé depuis longtemps quand Étienne atteignit enfin sa planque. Pas l'appartement que Paoli connaissait, ni celui que Moreau avait visité, mais le réduit sous les combles d'un immeuble abandonné près des docks, où il avait préparé sa fuite depuis des semaines.
Il verrouilla la porte derrière lui, tira les rideaux de fortune et s'accroupit près de la lucarne pour observer la rue en contrebas. Personne. Pas encore. Les hommes de Paoli ne savaient pas où il était—pas encore.
Ses doigts tremblaient en extrayant le registre de sa veste. Le cuir usé, les coins cornés, l'odeur d'encre et de papier humide. Son œuvre, sa damnation, sa seule monnaie d'échange restante.
Il s'assit sur le matelas poussiéreux, posa la lampe à pétrole près de lui et ouvrit le registre à la première page. Des lignes de chiffres et de noms qu'il connaissait par cœur. Guérini. Lenoir. Les douaniers de service. Les quais. Les cargaisons.
« Qu'est-ce que tu peux me donner ? » murmura-t-il pour lui-même.
Il tourna les pages rapidement, cherchant quelque chose, n'importe quoi, qui pourrait convaincre Paoli de ne pas le livrer à Lenoir. Mais tout ce qu'il avait, c'était la preuve de sa propre culpabilité.
Puis son pouce s'arrêta sur une page plus épaisse. Il fronça les sourcils. Une feuille avait été glissée entre les dernières pages du registre, si fine qu'elle était presque invisible. Il ne l'avait jamais mise là.
Il la sortit avec précaution. Du papier à lettres bon marché, plié plusieurs fois, l'encre pâle et tachée par l'humidité. L'écriture était serrée, nerveuse, celle d'un homme pressé.
*— Vidal.*
Étienne avala sa salive. Vidal, le précédent greffier, celui dont la disparition avait ouvert sa place. Celui que tout le monde croyait avoir fui avec l'argent du port.
Il déplia la lettre complètement et commença à lire.
*Je sais que quelqu'un lira ceci. Je l'espère. Je n'ai pas le temps de trouver mieux.*
*Ils me surveillent. Guérini a envoyé deux hommes pour « vérifier mes livres », comme il dit. Mais je sais ce qu'ils cherchent. Ils savent que j'ai remarqué les écarts dans les transferts vers Gênes. Trois pour cent de chaque cargaison qui ne figurent nulle part ailleurs que dans le registre de Guérini lui-même.*
*J'ai copié ce que j'ai pu. Les noms. Les banques. Les dates. Tout est vrai. Je le jure devant Dieu.*
*Si vous êtes celui qui prend ma place, écoutez-moi : ne faites pas confiance à Moreau. Il est plus profond dans la boue qu'aucun d'entre nous. Et quant à Lenoir...*
Étienne cessa de respirer.
*Lenoir n'est pas le chef. Il n'a jamais été le chef. Il obéit, comme nous tous. La vraie main qui tient Marseille par la gorge est celle qu'on ne voit jamais sur les quais—celle qui signe au verso des comptes de Guérini. Je n'ai jamais vu son visage. Mais j'ai vu sa signature.*
Le papier tremblait dans les mains d'Étienne. Il tourna la page.
*Un L et un T entrelacés, suivis d'un chiffre impossible à déchiffrer. Les transferts passent par une banque de Gênes, le compte est au nom d'une société nommée Fiume Azzurro. Les dates sont les mêmes que celle de chaque grande marée de marchandise—je les appelle les « marées bleues ». La prochaine est prévue pour le 23.*
Étienne se releva brusquement, le regard fixé sur la lucarne. Le 23. C'était aujourd'hui. La marée de Guérini marchandise ce soir, à l'entrepôt trois.
Il relut le passage, puis le suivit du doigt jusqu'à une liste de chiffres et de dates couvrant les six derniers mois. Chaque entrée correspondait à un versement sur un compte numéroté à Gênes. Les montants étaient considérables—bien supérieurs à ce que la simple vente de la contrebande pouvait générer.
Ce n'était pas de la drogue. C'était de l'argent. De l'argent blanchi.
Lenoir et Guérini n'étaient que des rouages. Il y avait quelqu'un au-dessus d'eux. Quelqu'un qui tirait les ficelles depuis une banque italienne, utilisant les marchandises du port de Marseille pour déplacer des capitaux invisibles.
Étienne se rassit lentement, le cerveau en ébullition. S'il pouvait obtenir les registres de la banque à Gênes, ou même simplement faire parvenir cette lettre à un journaliste assez courageux ou à un juge honnête, il détenait la preuve d'un système entier de blanchiment d'argent qui touchait les colonies françaises, les familles corses, et peut-être même le gouvernement italien.
Mais à quoi cela servait-il s'il était mort avant la fin de la nuit ?
Paoli avait la copie de son registre. Il savait où se trouvait son ancien appartement. Il avait des hommes qui le cherchaient dans toute la ville.
Le regard d'Étienne tomba à nouveau sur la lettre de Vidal, sur la dernière phrase, écrite plus bas, presque illisible tant elle était serrée :
*Ils m'ont trouvé. Je vois leurs phares dans la rue. J'ai caché ceci dans les pages du registre espérant que Dieu me pardonne et que quelqu'un ait le courage de terminer ce que j'ai commencé.*
*La clé de tout est dans la boîte de sûreté 214 à la Bank of Gênes, succursale de la Canebière. Au nom de Vidal. Je te le lègue, toi qui lis ces mots.*
*Ne répète pas mes erreurs. Ne fais confiance à personne. Et surtout, ne reste pas pour te demander ce que tu aurais dû faire.*
Étienne froissa la lettre dans sa main puis la lissa soigneusement. La boîte de sûreté. La preuve matérielle. Il avait une heure avant l'aube, avant la marée du 23, avant que les hommes de Paoli ne resserrent leur étau.
Il enfonça la lettre dans sa poche intérieure avec le registre, ramassa la lampe et se dirigea vers la porte. Dans la rue, ses pas firent écho sur le pavé humide. Il connaissait la Bank of Gênes. Il savait comment entrer par les sous-sols sans déclencher les alarmes—il y avait déposé assez de colis pour les hommes de Guérini au cours des deux dernières années.
Il avait une heure. Peut-être moins. La boîte 214 contenait tout ce qui pouvait détruire un empire—ou faire de lui un homme mort avant la fin de la semaine.
Le registre pesait contre sa poitrine comme un cœur supplémentaire. Il se mit à courir.
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