Le Remède du Mangeur d'Âmes
Lire le chapitre 11: The Revelation of the Journal
La pluie s'était arrêtée, mais l'humidité restait suspendue dans l'air de la chapelle désaffectée, alourdissant chaque souffle. Elara tenait le journal ouvert sur ses genoux, les pages gondolées par l'âge et l'eau qui avait trouvé son chemin à travers les pierres fissurées du toit. La lueur de la bougie vacillait, dessinant des ombres mouvantes sur le parchemin.
Dain se tenait dos à elle, scrutant l'unique entrée de la chapelle par une fente entre les planches condamnées de la fenêtre. Sa main reposait sur le pommeau de son épée, mais Elara savait que son attention était ailleurs, sur les pages qu'elle tournait avec précaution.
"—Et alors ?" Sa voix était plate, impatiente.
Elara ne leva pas les yeux. Elle avait trouvé une section qu'elle n'avait pas osé lire à voix haute dans les archives, trop pressée par le danger. Le texte était écrit d'une main fine, presque féminine, avec des annotations marginales dans une encre différente, plus sombre.
"C'est un registre de chasse," murmura-t-elle. "Le premier propriétaire du journal a traqué une créature semblable il y a soixante ans. Il l'appelle le Moissonneur d'Âmes."
Elle tourna une page, son doigt suivant les lignes. La description était minutieuse : la créature évoluait en trois stades, muait comme un serpent, et atteignait sa maturité seulement lorsqu'elle avait accumulé assez de sensations pour "fleurir en une porte".
"—Mais voici ce qui est étrange." Elle releva la tête, ses yeux bleus fatigués trouvant enfin les siens. "Il parle de l'émotion comme d'une nourriture, mais aussi comme d'un poison potentiel."
Dain se retourna, les sourcils froncés. La lumière de la bougie creusait les traits de son visage, accentuant la cicatrice qui courait de sa tempe à sa mâchoire. "Un poison ?"
"Regarde." Elara se releva, les genoux douloureux, et lui tendit le journal ouvert. "Il décrit une expérience : injecter une émotion concentrée dans le corps de la créature pendant qu'elle se nourrit. Il écrit : 'Le Moissonneur se gorge de peine parce qu'elle est diluée, dispersée. Concentrez-la, distillez-la comme un alcool, et elle brûlera ses entrailles de l'intérieur.'"
Elle marqua une pause. Elle connaissait la seule personne capable de concentrer la souffrance comme personne d'autre.
Dain saisit le journal, parcourut les lignes rapidement. Son expression se ferma progressivement, comme une porte qu'on verrouille.
"Vous pensez que votre guérison..."
"Ma guérison, c'est moi qui absorbe la douleur. Je ne la dilue jamais. Je la prends entière, brute, à sa source."
Elle s'avança, incapable de rester immobile. La chapelle sentait la poussière et la pierre mouillée, et quelque chose d'autre — l'odeur âcre de la créature qui imprégnait encore ses vêtements depuis le contact avec sa mue.
"Et si j'étais une dose concentrée ? Il est écrit que le healer doit devenir une proie pour la tuer de l'intérieur. Mais peut-être qu'il ne faut pas seulement devenir sa proie. Peut-être qu'il faut lui offrir une émotion qu'elle ne peut pas digérer."
Le silence qui suivit fut lourd, chargé de tout ce que ni l'un ni l'autre ne disait.
Dain referma le journal d'un geste sec. La poussière s'éleva des pages et dansa dans la lumière.
"Vous parlez de vous jeter dans sa gueule en espérant que votre douleur accumulée la fera suffoquer ?"
"C'est une possibilité."
"C'est un suicide." Il jeta le livre sur le banc de pierre avec une violence qui surprit Elara. "Vous avez déjà absorbé assez de souffrance ces derniers jours pour affaiblir un cheval. Le contact avec sa mue vous a presque vidée de toute sensation. Si vous entrez dans sa gueule dans cet état, vous serez avalée en une bouchée. Vous ne serez même pas un poison. Vous serez une collation."
Sa mâchoire se serra. "Vous ne comprenez pas. Ce n'est pas ma fatigue qu'il faut lui offrir. C'est ma capacité elle-même. Si je me laisse capturer, si je guéris la créature..."
Dain éclata d'un rire froid, sans amusement.
"Guérir la créature ? Vous délirez."
"Écoutez-moi, putain." Elle n'avait jamais juré devant lui, et les mots restèrent suspendus entre eux comme une insulte. "La créature nous vide de nos émotions pour se nourrir. Mais moi, quand j'absorbe une douleur, je la transfère dans mon propre corps. Elle ne disparaît pas. Elle change de contenant."
Elle ramassa le journal, chercha la page annotée d'une encre plus sombre — la même main, mais plus tardive, plus pressée. "Ici. Le second propriétaire du journal a ajouté : 'Le guérisseur ne détruit pas la blessure ; il la transplante. Si le corps du guérisseur devenait le corps de la bête...'"
La phrase se terminait par une bavure d'encre, comme si l'écrivain avait été interrompu.
"—Que voulait-il dire ?
— Que si je transférais la douleur d'une victime directement dans le corps de la créature, au lieu de la mienne..." Elle avala sa salive. "Mais je ne guéris que par le contact, et je ne peux prendre qu'une douleur qui m'est offerte volontairement. Une créature qui se nourrit de sensations ne m'offrira jamais rien."
Sa théorie s'effondrait sous son propre poids, et elle le savait. Le texte sacré était clair : le guérisseur doit devenir une proie. La douleur doit d'abord entrer en elle avant de pouvoir être réacheminée.
Dain s'approcha, sa carrure bloquant la lumière de la bougie. Il la dominait de toute sa hauteur, mais pour une fois, ce n'était pas de la menace qu'elle lisait dans son regard — c'était de la frustration, et quelque chose qu'elle n'osait pas appeler de l'inquiétude.
"Vous cherchez des chemins où il n'y en a pas." Sa voix était plus douce, mais pas assez pour la convaincre. "Le texte dit qu'un guérisseur doit devenir sa proie. Vous essayez de réécrire les règles parce que vous cherchez une issue qui ne vous coûtera pas la vie."
"—Et si c'était le cas, est-ce que ce serait si mal ?"
Le silence retomba, plus lourd que jamais.
Dain baissa finalement les yeux, un tic de mâchoire trahissant son irritation. "Vous êtes plus précieuse que vous ne le croyez. Le locket que vous portez ne contient pas seulement le portrait de votre frère. Il est la clé qui déclenchera l'ouverture de la porte. S'il vous tombe dans la gueule de la créature..."
"Les clés, les portes, les plans." Sa voix était amère. "Tout, sauf la vérité. Pourquoi ce journal ? Il mentionne trois noms de guérisseurs ayant tenté la même chose. Deux sont morts avalés. Le troisième..." Elle retourna à la page finale, où une écriture maladroite avait griffonné : "Il est enterré sous la cathédrale, dans une tombe dont personne ne parle, parce que le prêtre a refusé de l'enterrer en terre consacrée. La bête l'a rendu vide avant de le recracher."
Elle releva les yeux vers Dain. "Le guérisseur n'a pas tué la créature. Il est devenu vide. Sans émotions. Le suicide n'a même pas fonctionné."
Dain détourna le regard. Quelque chose dans cette information ne le surprenait pas, et Elara le vit — un éclat de reconnaissance dans ses yeux.
"Vous saviez."
"Je savais ce qu'il fallait savoir." Sa voix était mesurée. "Je savais que la stratégie décrite dans les écritures sacrées était un risque. Je savais que les chances de survie pour un guérisseur en bonne santé étaient minces. Pour vous, dans votre état actuel..." Il secoua la tête. "Nous devons trouver une autre approche."
"—Nous ?" Elle laissa le mot flotter entre eux, acide. "Quand avez-vous commencé à inclure mes intérêts dans vos calculs, Dain ? Depuis quand survivre vaut-il plus que votre objectif ?"
Il ne répondit pas. Et c'était peut-être une réponse en soi.
Dehors, une branche craqua. Dain fut sur ses pieds en un instant, la main sur la garde de son épée, scrutant l'obscurité au-delà des planches condamnées. Elara retint son souffle, une main instinctivement posée sur sa poitrine, là où le médaillon de son frère reposait sous sa tunique.
"—Nous ne pouvons plus rester ici." Son murmure était tendu comme une corde d'arc. "Le journal est en notre possession, et le jardinier doit déjà sentir que la moisson est prête."
Il se tourna vers elle. La flamme de la bougie agonisait, projetant son visage en ombres mouvantes.
"La vraie question n'est pas de savoir comment tuer la créature. C'est de comprendre pourquoi votre frère a été choisi comme autre récolte, et ce que la porte derrière le locket laisse vraiment entrer."
Elara regarda le journal, la phrase inachevée du second propriétaire et sa théorie fragile qui se désagrégeait dans sa tête. Le texte disait qu'un guérisseur devait s'offrir à la bête — mais aucun de ceux qui l'avaient fait n'avait survécu.
"—Alors trouvons une autre route," répondit-elle, plus à elle-même qu'à lui. "Assurons-nous que le guérisseur qui se jette dans sa gueule en ressorte."
Elle remit le journal dans son sac, plus lourd qu'il ne l'avait jamais été, et suivit Dain vers la porte condamnée de la chapelle.
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