Le Remède du Mangeur d'Âmes
Lire le chapitre 32: The Sacrifice Choice
La main de Dain tremblait autour du médaillon d'argent. Le visage d'Elara, pâle comme la cire, reposait contre la pierre noire du void. À trois mètres, Léandre gisait dans une pose brisée, sa poitrine se soulevant par à-coups inégaux, un râle humide au fond de la gorge.
La lettre de la mère d'Elara — cette femme qu'elle n'avait jamais connue, qui avait anticipé tout cela — reposait dépliée près de son genou. Les mots dansaient dans la lumière déclinante du realm qui s'effondrait autour d'eux. *Une seule dose d'essence. Pour la rendre entière et mortelle.* Une seule. Pas deux.
Dain regarda le corps d'Elara, puis celui de son frère. L'éther violet se fissurait autour d'eux — des craquelures lumineuses tissaient leur chemin le long de la voûte invisible du void, comme du verre se brisant au ralenti.
« Le temps nous manque, » dit la voix de l'ancien depuis la brèche, distante mais pressante. « La puissance en toi est une anomalie, chasseur. Cette essence... tu pourrais peut-être la diluer, en donner la moitié à chacun. Les deux survivraient. À peine. Une fraction d'elle-même. »
Dain se figea. La moitié. La tentation — si propre, si égale — le déchira. Mais il connaissait la nature de la cure. Un dosage incomplet de l'essence d'âme ne guérissait rien. Il laisserait Elara à moitié morte, à moitié monstre, un vide ambulant où la douleur et le mal se régénéreraient sans cesse. Et Léandre... un corps réparé mais une âme percée, vouée à retourner dans le void dans les semaines, les jours à venir.
« Non, » dit Dain, sa voix rauque. « Ce n'est pas une potion qu'on peut étendre comme du pain. L'essence d'âme est indivisible. Si je la coupe, je la détruis. »
L'ancien resta muet.
Léandre toussa — un son mouillé, trop profond. Ses yeux s'ouvrirent un instant. Il vit Dain, puis sa sœur inconsciente. Un sourire triste étira ses lèvres, tachées de quelque chose de sombre.
« Elle... elle l'a fait, » murmura-t-il. « Elle a mis la chose en elle. Pour moi. » Il tenta de se soulever sur un coude, échoua. « Chasseur. Tu ne peux pas... la laisser comme ça. »
Dain tenait le médaillon. Le fermoir céda sous son pouce, révélant une lueur chaude et dorée — une seule goutte d'un liquide qui semblait contenir tout l'amour d'une mère morte trop tôt.
« Tu sais ce que je suis, » dit Dain lentement. « Je traque les monstres. Je brûle leurs restes. J'ai mis fin à des lignées entières de corruption. » Il avala. « Je n'ai jamais... choisi. Jamais. Les monstres choisissent pour moi, avec leurs griffes et leurs morsures. Mais ici... »
Elara remua. Pas tout à fait inconsciente, alors. Sa bouche frémit.
« Léandre, » souffla-t-elle, un nom, rien d'autre.
Léandre ferma les yeux, et une larme sale traça un chemin sur sa joue couverte de suie. « Fais-le, Dain. Fais-le pour elle. Je suis déjà mort — j'ai été mort pendant des mois, dans ce putain de void. Ce n'est pas une vie à sauver. C'est... c'est un souffle qui traîne. »
Dain regarda la crevasse s'élargir au-dessus d'eux. Des fragments de roche noire se détachaient, tombant comme des larmes solides dans un abîme sans fond. Encore quelques minutes, et l'espace ici s'effondrerait sur lui-même, les broyant tous les trois.
Le choix n'était pas entre deux vies. C'était entre la personne qui l'avait sauvé malgré lui — qui l'avait forcé à ressentir, à douter, à se demander s'il était autre chose qu'une lame — et l'étranger qui portait son visage.
« Je suis désolé, » dit Dain. À qui ? Aux deux. Peut-être à lui-même.
Il ne délibéra pas plus. Il se pencha, glissa une main sous la nuque d'Elara, et déposa la goutte d'or sur ses lèvres entrouvertes.
L'effet fut immédiat. La lueur dorée se répandit sous la peau d'Elara comme du feu à travers de la paille sèche, une vague de chaleur qui fit crépiter l'air autour d'eux. Son corps se convulsa une seconde — puis se détendit. Ses joues retrouvèrent une teinte vivante. Son souffle devint plus profond, plus régulier. Les fins filaments de ténèbres qui s'étaient accrochés à ses tempes — les dernières traces de la possession — se désintégrèrent en une fine poussière grise.
Mais Léandre poussa un son. Un petit gémissement, presque un soupir, comme si quelque chose en lui venait de se défaire.
Dain se tourna vers lui. Le visage de Léandre était devenu translucide par endroits — sa main droite, surtout, semblait traversée par la lumière du void mourant. Il regarda ses propres doigts comme s'ils lui paraissaient étrangers.
« C'est... c'est plus facile, » dit Léandre, avec un étonnement désarmant. « La douleur... elle ne me dévore plus. » Il sourit. « Elle m'a quitté. La chose. Elle est partie pour de bon. »
« Non, elle n'est pas partie, » dit Dain, les dents serrées. « Elle est dans le corps de ta sœur. Et elle est en train de comprendre que sa prison n'est plus une prison. Mortelle. Faible. Elle se déchaînera. »
Elara ouvrit les yeux.
Ses iris — autrefois gris, striés d'argent quand elle canalisait — étaient maintenant d'un bleu pur, éclatant, presque juvénile. Aucune trace du pouvoir qui l'avait définie. Elle les regarda, sans les voir, puis cligna.
« Dain... » Sa voix était différente. Plus claire. Plus fine. « Qu'est-ce que tu as fait ? » Elle se toucha la poitrine, là où le familier poids des douleurs accumulées avait toujours résidé. Il n'y avait rien. Un vide léger, presque agréable. « Je ne sens plus... les autres. Leurs souffrances. Je ne sens plus rien. »
Elle se tourna vers Léandre, étendu près d'elle. Leurs regards se croisèrent.
« Tu vis, » dit-elle, et ce n'était pas une question.
« Grâce au chasseur, » murmura Léandre. Il tenta de rire — un son sec et cassé. « Toi, tu as tout perdu. Moi, j'ai tout gagné. Encore une injustice de ta part. »
Mais Dain ne souriait pas. Il scrutait le corps d'Elara, cherchant les signes qu'il connaissait de ses années de chasse. Une vibration subtile sous la peau. Une pupille dilatée à contretemps. Rien. Elle était propre. L'essence de sa mère l'avait guérie, intégralement, mortellement.
Mais quelque chose n'allait pas.
Il se pencha soudain, arrachant le médaillon des mains d'Elara avant qu'elle ne le referme. À l'intérieur, derrière le renfoncement vide où la dose avait reposé, quelque chose brillait — une inscription gravée à la pointe d'une aiguille, si fine qu'il ne l'avait pas remarquée.
*« L'enfant guérit pour les autres. Elle ne pourra jamais se guérir elle-même. Si tu utilises cette essence, monte — elle ne fonctionnera que si la porteuse consent à se perdre. Et même alors, la Bête partagera son souffle. Elle ne meurt jamais. Elle attend. »*
Un frisson lui remonta le long de la nuque.
« Bois de l'eau, » dit Dain d'une voix blanche, en tendant sa gourde à Elara. « Nous devons partir. Tout de suite. »
« Qu'est-ce que tu as vu ? » demanda-t-elle, pas dupe.
Il hésita. La voûte au-dessus d'eux émit un bruit de succion, et des pans entiers de réalités commencèrent à se décoller.
« Ta mère t'aimait — elle t'a sauvée. Mais elle t'a aussi menti, » dit-il. « La Bête ne peut pas être prisonnière. Elle peut uniquement être... partagée. Elle est en toi. En ce moment. Et elle respire ton souffle. Elle attend. Et quand elle décidera que l'heure est venue... elle ne t'habitera pas. Elle t'utilisera. »
Elara le dévisagea, ses yeux bleus — si neufs, si désarmés — s'élargissant.
« Alors je suis devenue exactement ce que je voulais éviter, » dit-elle lentement.
« Pire, » dit Dain. « Tu es devenue ce que je chasse. Et je n'ai jamais rencontré une chose que je ne pouvais pas tuer. Jusqu'à maintenant. »
Le silence s'étira, brisé par le gémissement du void qui se déchirait.
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