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Le Remède du Mangeur d'Âmes

Lire le chapitre 4: A Debt Owed

Les toits de Verenne défilèrent sous leurs semelles dans un cliquetis de tuiles mal jointes. Elara suivait Dain sans poser de questions, le souffle court, les mollets en feu. Son corps, pourtant, ne la trahissait pas — la potion du chasseur tenait ses promesses, du moins pour l'instant. Elle sentait la chaleur artificielle circuler dans ses veines, un feu qui n'était pas le sien.

Ils sautèrent du dernier toit dans une ruelle oùattendait un cheval bai, déjà sellé, les naseaux fumants dans l'air froid de l'aube. Dain ne ralentit pas. Il défit la longe, enfourcha la bête et tendit la main à Elara sans un mot.

« Où va-t-on ? demanda-t-elle en s'agrippant à son poignet.

— Le village de Brumeval. À une demi-journée d'ici, par la passe Est.

— Brumeval ? » Elara marqua un temps, les doigts crispés sur la selle. « C'est à jour de marche, pas une demi-journée. Et c'est dans les hauteurs, le chemin est dangereux.

— Tu as déjà eu l'occasion d'y mettre les pieds ?

— Une fois. J'y ai soigné une vieille femme qui faisait des crises de poitrine. Elle disait que j'avais les mains de sa fille morte. »

Dain tira sur les rênes pour engager le cheval dans une venelle étroite, à l'opposé de la grand-porte où les gardes montaient leur garde habituelle. « Cette femme. Elle vit encore ?

— Elle vivait il y a trois ans. La vieille Audra. Pourquoi ?

— Parce que c'est chez elle que nous allons. »

Elara se tut. Les mots de Dain ne ressemblaient pas à une question — c'était une déclaration, un fait posé sur la table sans explication. Elle n'aimait pas la façon dont ce chasseur semblait connaître sa vie mieux qu'elle-même.

Ils longèrent les murailles nord par des passages que seuls les gamins des rues connaissaient, puis s'enfoncèrent dans les bois de bouleaux qui grimpaient vers les contreforts. Le soleil se levait à peine lorsqu'ils atteignirent les premiers lacets de la passe. L'air devint plus sec, plus mince. Elara croisa les bras contre le froid qui mordait sous sa cape.

« La femme qui soignait les enfants hier, dit Dain sans se retourner. Les deux que tu as pris sur toi. Tu les connaissais ?

— Non. La mère du premier est morte en couches, le père travaille aux carrières. Le second vit chez sa grand-mère. Ils étaient seuls. »

Dain hocha la tête, la nuque raide. Un silence s'installa, troué seulement par le pas du cheval et le cri d'un oiseau de proie. Elara le laissa peser un moment, puis elle posa la main sur l'épaule de son compagnon pour le forcer à ralentir.

« Chasseur. Je ne vais nulle part de plus, pas tant que je n'aurai pas compris ce que Brumeval a à voir avec quoi que ce soit. »

Il tourna la tête vers elle. Ses yeux étaient gris, du même gris que la pierre des carrières, plissés par des années de piste et de méfiance. Il y avait une fatigue derrière cette dureté, une lassitude qu'il essayait de masquer sous le cuir et le métal.

« Quel âge avais-tu, quand ta mère est morte ? demanda-t-il.

— Dix ans. Tu le sais déjà. »

Dain acquiesça. « Et tu as quitté la ville pour la première fois l'année suivante.

— Oui. Mon oncle m'a envoyée dans les villages pour faire payer mes soins. Il disait que c'est le destin des gens comme moi de soulager les autres.

— Destin. » Il prononça le mot comme s'il en testait le poids. « C'est à onze ans que tu as rencontré une vieille femme à Brumeval. Elle t'a gardée trois jours, le temps que tu reprennes des forces. Tu étais tombée malade après avoir guéri un berger de la fièvre rouge. »

Elara sentit un nœud se former dans sa gorge. « Comment peux-tu savoir tout ça ?

— Parce que c'est quelqu'un qui te cherchait. Et que cela fait dix ans que je mets mes pas dans les siens. » Il fit claquer les rênes et le cheval reprit son trot. « La vieille Audra n'est pas seulement une femme que tu as sauvée. C'est elle qui m'a appris ce que je sais sur le monde d'en dessous. »

Le silence qui suivit fut plus lourd que le précédent. Elara ne trouva pas les mots.

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Ils atteignirent Brumeval au crépuscule. Le village était un amas de maisons de pierre accrochées à flanc de montagne, des toits d'ardoise qui se confondaient avec les nuages bas. Une odeur de bois brûlé et de soupe aux choux flottait dans l'air. Dain laissa le cheval dans une écurie éventrée et mena Elara à pied jusqu'à une maison basse au bout du chemin principal.

La porte s'ouvrit avant même qu'il eût frappé. Une femme se tenait sur le seuil, petite, voûtée, les mains nouées sur un bâton de noisetier. Ses yeux étaient de cette couleur étrange qui avait dû être noire et qui se délavait avec l'âge. Elle regarda Elara en silence, puis son regard dériva vers Dain, et enfin elle s'effaça pour les laisser entrer.

« Les morts ne reviennent pas, dit-elle d'une voix de gravier. Mais les vivants s'annoncent parfois comme des revenants. Ça te ressemble, Dain. »

Elle ne l'avait pas appelé "chasseur". Elle l'avait appelé par son nom.

Elara ne fit pas semblant d'ignorer cette familiarité. À l'intérieur, une marmite de bouillon mijotait dans l'âtre. La vieille Audra fit asseoir Elara près du feu et lui tendit un bol de bois sans qu'on lui demande rien. Il y avait un geste exact dans cette offrande, la précision de quelqu'un qui a nourri des années durant des fugitifs et des mendiants.

« Tu as grandi, Voss, dit Audra en s'asseyant en face d'elle. Tu portes tes cheveux comme ta mère, mais ton menton te vient de ton père. Un homme que je n'ai jamais connu et dont je n'ai jamais bien parlé. »

Elara serra le bol entre ses mains. « Tu étais présente quand ma mère est morte ? »

Le silence qui suivit fut long. Audra regarda Dain, puis détourna les yeux vers le feu.

« Je ne peux pas répondre à cette question avant d'avoir entendu la tienne. Pourquoi es-tu revenue ? »

Dain s'était adossé au mur sans s'asseoir, les bras croisés, sa silhouette découpée par la lumière dansante des flammes. « Il faut qu'elle comprenne, Audra. Il faut qu'elle sache ce que coûte son don.

— C'est la cure que tu lui as donnée ? » demanda la vieille femme en désignant la nuque d'Elara où un léger frisson courait encore. « De qui la tiens-tu ?

— D'un alchimiste des terres de l'ouest. Un homme mort il y a trois mois, tué dans son atelier par les mêmes hommes qui traquent Elara.

— Des alchimistes de l'ouest », répéta Audra d'une voix où passait un courant d'avertissement qu'Elara ne savait pas déchiffrer. « Ils vendent leurs remèdes aux plus offrants. Et souvent, le plus offrant porte un masque. »

Elle se tourna alors pleinement vers Elara, posa sa main nouée sur son avant-bras. Le contact était sec et chaud comme une pierre au soleil.

« Écoute-moi, petite. Tu crois que guérir est un don. C'est ce qu'on t'a appris, n'est-ce pas ? Que ta magie t'a choisie pour soulager les autres, et que c'est un honneur. »

Elara garda les yeux fixés sur le feu. « Je sais que la douleur que j'absorbe me fragilise. Je sais qu'elle reste. Mais quand je vois quelqu'un qui souffre, je ne peux pas lui refuser mon aide.

— Bien sûr que tu ne peux pas. C'est ça, le piège. » Audra retira sa main, la posa sur son propre cœur. « Il y a trente ans, j'étais comme toi. Je pouvais prendre sur moi les maladies des consciences, c'est ce que je croyais. Je prenais la tristesse des autres, leurs regrets, leurs remords — et je les gardais. Je les gardais tous, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place en moi pour ma propre peine. »

Le feu craqua. Un morceau de bois s'effondra en braises rougeoyantes.

« Un jour, j'ai guéri un homme de son chagrin de veuf. Il est reparti chez lui, léger, debout, le cœur vide parce que j'avais pris sa peine. Et moi, je suis restée avec cette douleur-là, une douleur qui n'était pas la mienne, et je l'ai portée comme une meule pendant des mois. Des mois, Elara. À la fin, je ne savais plus si je pleurais pour lui ou pour moi-même. Et ça ne faisait aucune différence, parce que dans les deux cas, je ne pleurais pas pour les vivants — je pleurais pour une ombre. »

Elara détourna les yeux. Ses mains tremblaient sur le bol.

« Ce que vous faites, insista Audra, ce que nous faisions — la magie ne se donne pas, elle se prête. Elle se prend. Et elle se paie. Le problème des gens comme nous, c'est qu'on croit qu'on choisit nos dettes. Mais la magie, elle, elle n'oublie jamais qui lui doit. »

« Et moi ? » La voix d'Elara sortit plus brisée qu'elle ne l'aurait voulu. « Qu'est-ce que j'ai à payer ? »

Audra la regarda longuement, puis se leva et alla ouvrir un coffret de bois posé près de la porte. Elle en sortit quelque chose d'enveloppé dans un tissu usé, et le déposa entre elles, sur la table.

« C'est à toi, dit-elle. Je le gardais depuis ce jour où tu es venue, la première fois, tombée de fièvre après avoir soigné ce berger. Ta mère me l'avait laissé en gage, avant de disparaître. Elle m'avait dit que si tu revenais un jour — que si tu cherchais la vérité — je devais te le rendre. »

Le tissu se défit et révéla un petit coffret de cuir, noirci par les ans, fermé par une serrure de laiton ciselée d'un symbole qu'Elara reconnut aussitôt : une spirale de lune, identique au pendentif qu'elle cachait contre sa poitrine.

Elle leva les yeux vers Audra, puis vers Dain, dont le regard était posé sur elle avec la vigilance d'un homme qui attendait cette rencontre depuis longtemps.

« Qu'est-ce que c'est ?

— Ce qu'il faut pour ouvrir une porte », répondit Audra. « Celle que ta mère n'a jamais eu le temps de franchir. »