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Le Remède du Mangeur d'Âmes

Lire le chapitre 7: First Attack

L’auberge sentait le renfermé et la bière éventée. Elara s’était assise près de la cheminée, la capuche relevée, les mains autour d’une tasse de tisane qu’elle n’avait pas touchée. Dain, adossé au mur près de la porte, faisait semblant de dormir. Il ne dormait pas.

Il avait levé la tête deux fois en une heure, chaque fois que le vent faisait grincer les volets. Le troisième grincement fut suivi d’une porte qui claquait plus loin dans la rue. Dain se redressa d’un centimètre.

— Tu sens ça ? murmura-t-il.

Elara tendit l’oreille. Pas le vent. Quelque chose d’autre. Une odeur écœurante, comme du lait caillé mêlé à de la cendre froide. Elle pinça les narines.

— Ça vient de dehors.

— Non. De toi.

Elle fronça les sourcils. Il s’approcha et s’accroupit devant elle, le visage sérieux.

— Ton dos. Tu as la chair de poule qui remonte entre les omoplates. C’est ce que les chasseurs appellent « l’odeur de la bête » : quand le corps sait avant la tête. La brute est proche. Trop proche.

Une main tenta de pousser la porte de l’auberge. La serrure tinta, mais le bois ne céda pas. Dain dégaina une lame courbe qu’il tenait sous son manteau, sans bruit. Il fit signe à Elara de rester derrière lui.

La porte de la cuisine s’ouvrit dans un grincement. Un homme trapu, la barbe grisonnante, vacilla sur le seuil. Il portait une tunique trempée de sang sombre, une profonde balafre ouverte le long du bras, comme si une griffe l’avait traversé. Il cligna des yeux, désorienté, puis s’effondra sur la table la plus proche, gémissant.

Carabosse, la tavernière, poussa un cri étouffé. Elara se leva avant de réfléchir. Sa main trouva celle du blessé, les doigts s’enroulant autour de son poignet.

— Elle est où, la blessure ? demanda-t-elle. D’abord ça.

— La bête, souffla l’homme. Elle a jailli… des planches du plancher. Une forme de fumée et d’ongles. Elle m’a eu au bras droit.

Elara ferma les yeux. Elle concentra son souffle, sentit le poids du corps de l’autre comme une ancre qui tire sous une eau claire. Elle tira sur le fil. La douleur monta dans sa paume, remonta son bras comme un serpent de glace et de feu, jusqu’à la poitrine. La balafre imaginaire s’ouvrit sur sa peau. Elle manqua de tomber. Ses genoux heurtèrent le sol.

— Elara ! gronda Dain, qui n’avait pas quitté la porte des yeux.

Le bras de la femme se referma. La blessure se refermait sous ses doigts. Mais le coût s’abattit sur elle comme un sac de pierres : sa vision se brouilla, un goût de fer emplissant sa bouche. Elle cracha une salive rouge.

Carabosse s’agenouilla près d’elle, une main sur le front.

— Ma douce, qu’as-tu fait ?

— Ce que je sais faire. Le bras est scellé.

Sa voix était un croassement. Elle voulut se relever, mais ses jambes refusèrent de porter son poids. Dain la rejoignit d’un bond, la redressant contre lui.

— Tu es folle de puiser ici. On ne sait pas d’où vient la blessure.

— Elle vient de la brute, dit le blessé en se tenant le bras, les yeux écarquillés. Elle sourit quand elle m’a frappé. Je le jure. Ce n’est pas un chasseur. C’est quelque chose qui joue avec la douleur.

Un souffle glacé traversa la salle, et toutes les flammes des bougies moururent d’un coup, comme étranglées. Carabosse se signa. Dain jura entre ses dents.

— Sortez. Tous. Par-derrière, dans la cave.

Le tavernier étranger, un colosse au tablier taché, poussa Carabosse et le blessé vers une trappe qu’il venait d’ouvrir. Le sol vibra. Pas un tremblement de mauvais sort — une vibration rythmée, comme des pas énormes, sous les planches.

Elara vit la forme naître au centre de la pièce : une masse indistincte, noire, aspirée par le haut comme une fumée qui se condense. Des contours d’épaule et de crâne se dessinèrent lentement, mais sa surface ondulait comme une eau agitée. Pas un visage. Mais deux points plus sombres là où des yeux devaient se trouver, qui se fixèrent sur elle.

— Dain, murmura-t-elle. Sous la table.

— Je la vois. Reste accroupie.

La brute avança d’un pas. Le plancher gémit. L’air autour d’elle était plus froid, et les planches se couvrirent d’une mince pellicule de givre. Sa main — une forme sombre aux articulations trop longues — se tendit vers Elara, comme pour l’attraper. Dain surgit de côté. Sa lame tailla dans l’ombre ; mais au lieu du bruit de chair coupée, on entendit un chuintement sec, la lame traversant une consistance de cendre et de brume.

La brute émit un son — pas un cri, une espèce de soupir déçu. Ses yeux de braise morte se tournèrent vers Dain. Les deux passèrent à l’attaque en même temps.

Dain bougeait comme un danseur, des enchaînements précis et économes : des coups courts, du tranchant vers les flancs, des esquives de côté. La brute essayait de le saisir à deux mains de fumée, mais chacune de ses prises fondait dès qu’elle touchait le manteau épais du chasseur. Un grondement sourd s’éleva du sol, comme un rugissement étouffé. La créature tenta de s’enfoncer sous les lattes du plancher, mais Dain la suivit, sa lame plantée dans ce qui tenait lieu d’épaulé.

Des fragments de son tombaient comme des braises éteintes. Bientôt, le halo sombre parut se rétracter, aspiré vers le centre comme une eau qui se retire. La forme s’affaissa, perdit ses contours, ne fut plus qu’une tache de brun terreux qui se dissipa en volutes.

Dain souffla, épaule contre le mur. Il saigna un peu, d’une éraflure au-dessus du sourcil tombée de son coup de lame.

Elara s’avança, les jambes encore lourdes, la bouche encore salée de sang. Elle s’agenouilla près de la tache laissée par la brute. L’empreinte de ses formes avait laissé un dessin sur le plancher, comme une trace brûlée — une rosette à cinq pétales, familière.

La fleur bleue. Le même motif que le sceau du message.

— Dain, dit-elle, la voix enrouée. Tu voulais suivre la brute pour la trouver. Mais je crois qu’on ne suivait pas la créature. On suivait un piège. Regarde.

Elle montra le dessin naissant avec sa semelle. Dain s’accroupit près d’elle. Ses yeux passèrent du sol au visage pâle de la femme, une expression qu’elle ne lui connaissait pas — pas tout à fait de la surprise.

— Ce n’est pas un hasard, souffla-t-il. Elle était là pour nous tester. Pas pour nous tuer.

— Tester quoi ?

Dain se releva, ramassa sa lame dans un étui, et se tourna vers la porte d’entrée. De la rue, des lanternes venaient d’apparaître derrière les vitres, une douzaine de silhouettes en armes, le pas rapide et régulier.

— Tester si tu guérirais la victime. Et tu es tombée dans le panneau. Tu viens de brûler une part de tes forces pour un homme que tu ne connais pas. Le maître de la brute voulait voir ta faiblesse de ses propres yeux.

Elara serra les poings.

— Et toi, tu savais. Tu savais que c’était une embuscade.

Il ne répondit pas. À l’extérieur, une voix masculine cria un ordre bref. Une hache heurta la porte, fendant le bois.