Le Rideau Doré
Lire le chapitre 25: The Confession
Le Baron se tenait dans l’embrasure de la porte, masque arraché, visage livide sous la lumière des candélabres. Derrière lui, la fête continuait, indifférente — un lointain froissement de soie, un rire perlé. Sa main droite pendait le long de son corps, mais ses doigts tambourinaient contre sa cuisse, un tic nerveux que Camille connaissait trop bien.
Sénateur Devereux fit un pas en arrière, son masque de velours lui glissant des doigts. « Mon cher Baron — »
« Taisez-vous. » Le Baron n’avait pas haussé la voix, et c’était pire. Son regard passa de Devereux à Camille, puis à la tenture de velours bleu derrière laquelle le phonographe de Julien ronronnait encore, invisible. « J’ai entendu des choses intéressantes depuis le couloir. Des actions sans valeur, dites-vous ? Des tombereaux de papier vendus à des veuves et des orphelins ? »
Le cœur de Camille cognait contre ses côtes. Elle força ses lèvres à sourire. « Baron, vous interrompez une conversation bien innocente. Le sénateur me contait ses campagnes électorales. »
« Ses campagnes. » Le Baron rit, un bruit sec, sans joie. « J’ai financé ses campagnes. Comme j’ai financé vos costumes, vos leçons de diction, vos réceptions chez la Duchesse. Et voilà comment vous me remerciez ? En complotant avec ce journaliste de caniveau pour me voler ma propre maison ? »
Il fit deux pas dans la pièce. La lumière trembla — le vent s’engouffrait par une fenêtre mal fermée, soulevant le bord du tapis d’Aubusson.
« Sortez, sénateur, » dit le Baron sans le regarder. « Nous en reparlerons. Demain. Dans mon bureau. Avec vos avocats. »
Devereux hésita, ses yeux allant de l’un à l’autre. Puis il détala, ses pas pressés s’évanouissant dans le couloir. Camille resta seule avec le Baron.
« Où est la page du grand livre ? » demanda-t-il, sa voix tombant à un murmure dangereux. « Où est le médaillon de ma femme ? Et où est votre complice ? Dans la tente ? Derrière la tapisserie ? »
Sa main jaillit de sa poche. Le pistolet était petit, nickelé, presque élégant — une arme de duel de salon, mais chargée, le pouce du Baron déjà sur le chien.
Camille ne bougea pas. Elle sentit le poids du collier de perles à son cou — le cadeau du Baron, qu’elle avait gardé dans l’espoir de le restituer un jour proprement. Sept rangs, cent quarante perles fines, une fortune que des mains anonymes avaient triées dans quelque atelier de la rue de la Paix.
« Vous ne tirerez pas ici, » dit-elle, et sa voix ne trembla pas. « Pas dans la maison de la Duchesse. Pas devant ses invités. Vous seriez fini, Baron. Plus fini que par la fraude. »
Il sourit, et ce sourire était pire que sa colère. « La Duchesse, ma chère Camille, est à moi. Je l’ai soutenue financièrement pendant dix ans. Elle sait où son pain est beurré. Si je tire, elle trouvera un moyen de faire disparaître votre corps et celui de votre amant. Et personne ne posera de questions. »
C’était peut-être vrai. Camille pensa à la silhouette dans la photographie — la femme au chapeau noir. La Duchesse. L’ombre derrière l’ombre.
« Alors pourquoi ne tirez-vous pas ? » demanda-t-elle doucement. « Puisque tout est si simple. »
Le Baron hésita. Une fraction de seconde. C’était tout ce dont elle avait besoin.
Elle saisit le collier à deux mains, tira d’un geste sec — le fil céda avec un petit pop sourd, et cent quarante perles jaillirent en pluie blanche, cliquetant contre le parquet, roulant sous les meubles, glissant sur le velours bleu. Le Baron jeta un coup d’œil involontaire, son pistolet baissant d’un demi-pouce.
Camille ne vit pas Julien sortir de la tente. Elle ne vit que son ombre soudaine, le pied qu’il balança dans le poignet du Baron, le pistolet qui vola et tournoya avant de tomber dans un fauteuil avec un bruit sourd. Le Baron chancela, chercha l’arme à tâtons, et Julien l’attrapa par le col.
« Le phonographe, » dit-il, essoufflé. « Je l’ai. Tout est dessus. Vous, le sénateur, l’aveu des actions — » Il poussa le Baron qui s’effondra à genoux, les paumes sur le sol couvert de perles. « — et votre tentative de meurtre, mon cher Baron. Les assises adoreront cela. »
Une perle roula jusqu’au pied de Camille. Elle la ramassa, machinalement, la serra dans son poing.
« Vous ne publierez rien, » cracha le Baron, mais sa voix avait perdu son miel. « Où irez-vous ? Mes hommes vous trouveront. Votre frère — nous savons où il dort. »
Camille sentit le froid l’envahir. Le frère. Elle avait promis de le protéger. Elle avait promis, et pourtant — elle regarda Julien, qui tenait le cylindre de cire comme un saint le calice, et ce qu’elle vit dans ses yeux lui rendit son courage.
« Écrivez-lui ce soir, » dit-elle au Baron, et elle fut surprise du calme de sa voix. « Dites-lui que vous avez perdu. Dites-lui que l’article paraîtra dans trois jours, quoi qu’il advienne de nous. Dites-lui que je déposerai les preuves chez trois notaires différents avant de m’endormir cette nuit. »
Elle n’avait rien déposé du tout. Mais le Baron ne le savait pas.
Il les regarda un long moment, les perles éparpillées entre eux, et quelque chose céda dans son visage — une fissure, une lueur de réel désespoir. Puis il se releva, épousseta son frac, et sortit sans un mot.
Dans le silence qui suivit, Camille entendit la rumeur lointaine de la fête, le rire d’une femme, le tintement d’un verre. Elle se retourna vers Julien, qui rembobinait le fil du phonographe, et elle comprit que rien ne serait plus jamais comme avant.
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