Le Roi du Rail
Lire le chapitre 24: The Fire in the Coal
La première pierre traversa la fenêtre du bureau avec un bruit de verre brisé. Jack se jeta au sol, les éclats pleuvant sur sa nuque, alors qu'une seconde pierre frappait le mur derrière lui. L'air s'emplit de cris — des centaines de voix, mêlées de fureur et de désespoir.
« Sors de là, Mullins ! » hurla quelqu'un. « Vendu aux Ashworth ! »
Il rampa vers la table basse. Ses mains tremblaient. Les papiers de la concession provisoire, les plans, les lettres d'Eleanor, tout était là. Il attrapa la liasse à pleines mains, mais la porte vola en éclats sous l'épaule de deux colosses. La foule déferla comme une marée noire, des torches à la main.
« Non ! Attendez ! Écoutez-moi ! »
Sa voix se perdit dans le tumulte. Des bras le saisirent, le soulevèrent, le portèrent dehors dans la rue où les flammes des incendies dansaient déjà sur les façades. Il fut jeté dans la boue, et quand il se retourna, son bureau — son pauvre bureau de bois et de verre — s'embrasait. Le feu léchait les papiers, les réduisant en cendres dansantes dans la nuit.
Eleanor était là. Elle criait son prénom, retenue par un groupe de femmes qui la tiraient hors de la mêlée. Son locket brillait à son cou, un éclat doré dans la fureur rouge. Elle se dégagea d'un coup sec.
Le toit s'effondra. Des étincelles s'élevèrent comme des lucioles folles. Jack vit Eleanor courir vers le brasier, et son cœur cessa de battre.
« Eleanor ! »
Elle fonça dans le bâtiment alors qu'une poutre enflammée s'abattait à l'intérieur. Le temps se brisa en fragments. La chaleur. Le craquement du bois. Un cri — le sien ou le sien, il ne sut jamais. Puis elle ressortit, trébuchante, son visage noirci par la fumée, et dans sa main, le locket devenu une boule de métal tordu, le ruban brûlé laissant pendre son contenu carbonisé.
Elle s'effondra à ses pieds. Le locket roula dans la boue. Une partie du couvercle avait fondu, et sous l'argent noirci, il vit les fragments d'un code — le code de la mine, les coordonnées exactes de la veine, ce que Jean le géomètre avait payé de sa vie pour documenter.
Les flammes léchaient déjà les dorures.
Jack s'agenouilla, fouilla dans la boue brûlante, sauva un lambeau de papier calciné à la marge encore lisible. Trois symboles. Une fraction de carte. Rien de plus.
« Non », murmura-t-il. « Non, non, non. »
Il regarda la foule autour de lui. Les ouvriers, ceux qu'il avait formés, ceux qui l'avaient appelé « patron » et « frère », ceux qui l'avaient suivi dans les grèves. Ils étaient là, haletants, leurs visages éclairés par la destruction. Ils avaient brûlé leurs propres espoirs avec son bureau.
« Vous avez brûlé la carte ! » hurla-t-il. « La veine qui devait vous payer des salaires décents ! Votre avenir — vous l'avez détruit ! »
Un silence tomba. Certains baissèrent les yeux. D'autres soutinrent son regard avec une rage intacte.
Un homme s'approcha. C'était Evans, un mécanicien de la ligne de Birmingham, un homme qui avait partagé son pain avec Jack.
« L'avenir ? » dit Evans, sa voix rauque. « Tu parles d'avenir à ceux qui n'ont même pas aujourd'hui ? Ashworth possède les terres. Ashworth possède la banque. Ashworth te possède, toi, Mullins. Et nous, on a rien d'autre que nos mains pour casser ce qui nous suit. »
Jack ferma les yeux. Des gouttes commencèrent à tomber, d'abord hésitantes, puis plus denses. La pluie. La pluie sur un incendie. Il avait tellement cru qu'il pouvait manœuvrer — avoir les capitaux d'un côté, les ouvriers de l'autre, les rails au milieu. L'erreur d'un funambule : croire que le fil est assez large pour deux.
Il regarda ses mains. Des mains de mécanicien. Elles avaient bâti des locomotives. Elles avaient bâti un empire fragile de promesses. Il ne restait plus rien. Le bureau en cendres. Le locket détruit. L'argent d'Ashworth traçable, gelé. Demain, à midi, il devrait signer l'acte de transfert — ou ne rien signer du tout et perdre ce qu'il pensait posséder, cette terre qui appartenait en réalité à son ennemi.
Eleanor leva les yeux vers lui. Ses larmes avaient tracé des sillons dans la suie.
« Jack... le code... je suis désolée. Je pensais qu'elle était en sécurité. »
Il aurait pu crier. Il aurait pu l'accuser. Mais quelque chose en lui s'était éteint avec la flamme. Quelque chose de plus important que le minerai, que l'argent, que la revanche.
« La ligne », dit-il, d'une voix à peine audible. « La ligne doit être construite. Même sans mine. Même sans concession. Le rail va arriver ici, de toute façon. Quelqu'un le construira. Pourquoi pas moi ? »
Il se releva, son pantalon ruisselant de boue et d'eau, tenant le fragment calciné comme une relique sainte. La foule le regardait. Les ouvriers. Ceux qui l'avaient suivi. Ceux qui venaient de détruire sa vie.
Le feu baissait. La pluie prenait le dessus.
Et Jack Spanner se tenait là, dépouillé de tout, ses mains vides mais ses doigts encore capables de serrer une clé.
Le fragment de carte votait encore dans sa poche. La ligne. La ligne avant tout. Sans la ligne, il n'était que le bâtard d'un forgeron de Sheffield. Avec la ligne, il pourrait encore être le roi.
Il tourna le dos à l'incendie et commença à marcher. Pas de destination. Pas de plan. Seulement la certitude que s'arrêter, maintenant, c'était choisir d'être cendre.
La pluie martelait le sol sous ses pieds. Derrière lui, Eleanor murmura son nom. Il ne s'arrêta pas.
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