Le Roi du Rail
Lire le chapitre 30: The Price of a Lie
La pluie tambourinait sur les toits de tôle quand Jack poussa la porte de la masure. L'air à l'intérieur était lourd, chargé de l'odeur de la cire et du linge propre. Sa mère gisait sur le lit étroit, pâle comme la cire des bougies qui brûlaient à son chevet.
« Elle vous attendait, monsieur Mullins, » murmura la voisine, une femme aux mains rougies par le savon. « Elle a refusé le docteur. Disait que ça coûtait trop cher. »
Jack s'agenouilla près du lit. Les doigts de sa mère, osseux et froids, trouvèrent les siens. Elle ouvrit les yeux — les mêmes yeux gris que les siens, mais voilés maintenant par la mort qui avançait.
« Jack. » Sa voix n'était qu'un souffle. « Le plancher. Sous le lit. »
Il voulut protester, lui dire qu'elle devait se reposer, que tout irait bien désormais. Mais elle serra sa main avec une force qui le surprit.
« Écoute-moi. Tout ce temps… ton père m'a fait promettre. »
Sa respiration devint sifflante. Jack regarda la voisine, qui secoua la tête — cela pouvait être des heures, ou des minutes.
« La vérité sur l'accident, » continua sa mère. « Ashworth… ce n'était pas un accident. Ton père l'avait découvert. Il allait le dénoncer au conseil. Alors ils ont fait semblant — un faux accident, un témoignage acheté. Ton père a fui, sachant que s'il restait, il serait tué. Et toi aussi. »
Jack sentit son cœur se serrer. Dix ans de haine envers un père absent. Dix ans de honte pour un homme qu'il croyait mort en lâche, qui avait en réalité sacrifié sa vie pour protéger son fils.
« L'argent… sous le plancher. » Elle ferma les yeux. « Ton père l'a mis de côté chaque semaine. Pour toi. Pour le jour où tu pourrais… »
Sa voix mourut. Jack resta là, tenant sa main, écoutant la pluie et le silence. Quand la voisine posa une main douce sur son épaule une heure plus tard, il savait déjà.
Sarah Mullins était morte avec le secret qu'elle avait porté dix ans.
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Jack s'accroupit près du lit, tira la paillasse et souleva une latte du plancher. Sous celle-ci, une boîte métallique rouillée. Dedans — des billets, beaucoup de billets. Il les compta à la lumière vacillante de la lampe. Plus de trois mille livres. Une somme que son père avait dû mettre de côté pendant des décennies d'économie, de privations.
Dessous, une lettre. Papier jauni, écriture pressée de son père. Jack la lut deux fois, les mains tremblantes.
*« Mon fils, si tu lis ceci, c'est que je ne suis pas revenu et que Sarah a suivi mon instruction en temps voulu. Ashworth a volé la moitié de ce qu'il possède. Il se croit au-dessus des lois, mais les lois des hommes ne sont rien face à la justice. L'argent que je te laisse ne vient pas de lui — c'est ma part, durement gagnée, et celle de ta mère. Utilise-la pour te libérer de ceux qui voudraient te faire courber l'échine. Ton vieux reste fier de toi. — Thomas Mullins »*
Jack replia la lettre. Ses yeux brûlaient, mais aucune larme ne vint. Il était trop sec à l'intérieur, desséché par des années de colère mal placée et de chagrin différé.
Il regarda la voisine. « Il faut une messe. Je paierai le curé. Et prévenez les gens du quartier. »
Elle hocha la tête, mal à l'aise devant ce grand jeune homme trop calme.
Jack sortit dans la pluie. La masure familiale — celle où il avait grandi, où sa mère avait vécu seule après que son père leur avait été « arraché » par un accident sur la ligne Ashworth. Sa mère avait souffert dans la misère, se privant pour lui donner à manger, et elle porte désormais le poids de ce sacrifice.
Il serra la boîte contre sa poitrine. Trois mille livres. La somme qui pourrait tout changer. L'argent lui brûlait les mains, comme une trahison — la vie et le sang de son père était là-dedans.
Une idée se forma dans son esprit, froide et nette.
D'abord, la messe. Ensuite, l'enterrement. Ensuite...
Ashworth avait des parts dans le projet de la gare de Leeds. Eleanor lui en avait parlé — Ashworth avait besoin de liquidités pour fuir à Dublin, il vendait ses parts à la hâte, à prix cassé. Le registre de son père le disait : Ashworth détenait quinze pour cent dans le syndicat foncier qui contrôlait l'emplacement de la nouvelle gare.
Tommy n'était pas encore revenu de Leeds. Mais Jack n'avait plus besoin d'attendre la banque Ridley.
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Trois jours plus tard, Jack se tenait devant le bureau de Birkenstock & Fils, courtier foncier à Londres. Il avait revêtu sa meilleure veste, ciré ses bottes. Il portait dans une sacoche trois mille livres en billets et la lettre de son père pliée contre son cœur.
« Quinze pour cent du syndicat Ashworth, » dit-il, les mains à plat sur le comptoir. « J'ai l'argent comptant. »
Le courtier, un homme chauve aux lunettes cerclées d'or, le dévisagea. « Mullins ? Le mécanicien ? Je connais votre réputation, monsieur. Mais avez-vous — »
« J'ai les fonds. » Jack sortit la liasse de billets sans émotion. « Et le transfert de parts est simple. Ashworth veut vendre avant son départ pour Dublin. Offrez-lui le prix qu'il demande moins dix pour cent, payable immédiatement. Il acceptera. » Birkenstock hésita.
Jack vit le doute dans ses yeux et savait ce que l'homme pensait : un ouvrier avec trois mille livres était un voleur ou un idiot. Il poussa la lettre de Ridley — celle qu'Eleanor avait apportée — vers elle.
« La banque Ridley de Leeds m'a offert un crédit. » Le papier portait l'en-tête officiel. C'était une offre de principe, pas un engagement ferme, mais Birkenstock n'avait pas à le savoir. « Vérifiez si vous le souhaitez. Je peux attendre. »
Le courtier examina la lettre, puis les billets. Il avait probablement vu pire. Avec un haussement d'épaules, il tendit un stylo plume.
« Ashworth sera ici demain matin. Sa procure est en ordre ? »
Jack lui décocha un regard. « Réglez-le. La somme sur la table, et il signe. Vous toucherez deux pour cent. »
Il laissa le contrat ouvert sur le bureau et sortit sous la pluie.
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Il était assis dans la taverne du Cheval Blanc, face à son verre intact, quand Silas poussa la porte et s'installa en face de lui.
« Ta mère, » dit Silas avec une douceur surprenante. « Je l'ai appris hier. Mes condoléances. »
Jack leva les yeux. Son demi-frère avait la même mâchoire volontaire que leur père, le même regard bouillonnant. Dans un autre monde, ils auraient été frères par choix. Mais ce monde-ci était laid.
« Ashworth va vendre ses parts demain, » répondit Jack. « Je les achète avec l'argent du père. Ce qu'il a économisé pour nous protéger. » Il prit une gorgée de bière — tiède, amère. « C'est lui qui paie maintenant sa propre ruine, sans le savoir. »
Silas étudia le visage de Jack. « Et tu te sens... quoi ? Vainqueur ? »
« Vide. » Jack reposa le verre. « Je viens d'enterrer ma mère avec l'argent dont elle aurait eu besoin pour vivre. J'ai passé dix ans à croire que mon père était un lâche. Aujourd'hui, j'apprends qu'il était un héros, mais il est mort depuis longtemps, et elle est partie aussi, emportant le secret. Et Ashworth signera demain une vente qui lui rapportera encore assez pour fuir, parce que je paie son départ. »
Silas se pencha. « Tu ne lui laisses rien ? »
« Je laisse un projet à moitié vendu, des dettes de chantier et la réputation d'un homme qui fuit. » Jack haussa les épaules. « C'est mieux que la corde. Mais pas de beaucoup. »
« Alors pourquoi payer si cher ? »
Jack soutint le regard de Silas. Parce que l'argent de son père n'était pas fait pour rester caché sous un plancher. Parce que l'argent avait des ailes, et il avait une ligne de chemin de fer à construire. Parce que mourir avec des secrets au cœur est une chose — vivre avec leurs conséquences en est une autre.
« Parce que si je perds cette ligne, je n'aurai rien d'autre que trois mille livres et des remords, » dit Jack. « Ashworth est un serpent, mais il a un talent : il sait toujours où l'argent va affluer. Ces parts valent double dans deux ans, quand la gare sera approuvée. »
Il se leva, laissa une pièce pour son verre intact.
« Et s'il est assez intelligent pour comprendre qu'il est dupé, tant mieux. Qu'il passe les dernières heures avant son départ à se demander pourquoi un mécanicien de Whitechapel achète ses parts avec de tristes billets froissés. » Il marqua une pause sur le seuil. « Il ne verra pas le véritable danger jusqu'à ce qu'il soit trop tard. »
Silas le suivait déjà. « Le danger étant ? »
Jack sourit — un sourire sans chaleur.
« Demain, à midi, l'acte est signé. Le lendemain, je dépose un privilège contre le terrain vendu à Ashworth pour ses dettes impayées à mes ouvriers. Le bureau du shérif le saisira avant même qu'il ne monte sur le bateau. Ses parts vaudront moins que le papier sur lequel il a signé. Et sa fuite à Dublin se fera... sans capital. »
Silas ouvrit la bouche, puis la referma. Un rire grave gronda.
« Tu as appris des leçons à l'école des bas-fonds, petit frère. »
Jack sortit dans la nuit pluvieuse. Les funérailles de sa mère étaient derrière lui, mais le cercueil semblait peser toujours sur ses épaules. Il venait d'acheter quinze pour cent d'un empire avec l'argent du sang. Quelque part dans la nuit, il entendait le rire de son père — sauf que ce rire semblait pincé, presque amer.
Demain, il rencontrerait Ashworth face à face. L'homme qui avait volé la moitié de sa vie — et qui ne savait pas encore qu'il allait tout perdre.
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