Le Roi du Rail
Lire le chapitre 33: The Betrayal Unmasked
Le silence qui suit la révélation de Silas est un gouffre. Jack le fixe, les mots de son demi-frère résonnant encore dans la salle de conférence comme un coup de tonnerre. Autour d’eux, les membres du conseil ferroviaire échangent des regards inquiets, certains se levant à moitié de leur chaise.
« Tu es son fils », répète Jack, la voix rauque. Ce n’est pas une question.
Silas sourit, un sourire froid qui ne touche pas ses yeux. « Surprenant, n’est-ce pas ? Toutes ces années à chercher un frère, et tu n’as trouvé qu’un ennemi de plus. »
Eleanor serre le bras de Jack, ses doigts crispés sur son manteau. « Silas, qu’est-ce que tu racontes ? Tu as juré de l’aider. Tu as dit que tu voulais détruire Ashworth. »
« Je veux détruire ce qu’Ashworth représente, oui. Mais pas de la manière que tu crois. » Silas fait un pas vers le centre de la pièce, s’adressant au conseil. « Messieurs, permettez-moi de clarifier la situation. Jack Mullins, ce mécanicien des bas-fonds, a usurpé un nom et une position qui ne lui reviennent pas. Il a monté une campagne de calomnie contre un homme respectable, Edgar Ashworth, mon père. »
Un murmure parcourt l’assemblée. Fenwick, le président du conseil, se penche en avant, les sourcils froncés.
« Et cette prétendue fraude ? » demande-t-il. « Les accusations de Mullins ? »
« Inventées de toutes pièces. » Silas sort un papier de sa poche et le déplie lentement. « J’ai ici des relevés bancaires qui prouvent que Jack Mullins a reçu des fonds illicites pour orchestrer cette mascarade. Il cherchait à s’emparer de la fortune de mon père par la ruse. »
Jack serre les poings, mais Eleanor resserre son emprise sur son bras. « Ne réagis pas, souffle-t-elle. Il veut te faire sortir de tes gonds. »
Mais la salle vacille. Les regards se détournent, les voix montent. Quelqu’un crie : « C’est un imposteur ! »
Jack ouvre la bouche pour se défendre, mais Eleanor s’avance soudain, brandissant un télégramme jaune plié.
« Les relevés bancaires de Silas sont faux », annonce-t-elle, la voix claire et tranchante. « J’ai reçu ce câble de la Ridley Bank de Leeds il y a une heure. Silas Ashworth — car c’est son vrai nom — a tenté de retirer trois mille livres avec une procuration frauduleuse au nom de Jack Mullins. Le directeur a refusé et m’a prévenue. »
Elle tend le papier à Fenwick. Silas blêmit, sa mâchoire se contractant. « Vous mentez. »
« Je ne mens pas », rétorque Eleanor. « Je t’ai vu au télégramme, ce matin, quand tu croyais que je ne regardais pas. Tu as envoyé des instructions à un agent à Leeds pour saboter la signature de demain. Tu n’as jamais voulu aider Jack. Tu voulais t’emparer de sa compagnie et la revendre à ton père pour te racheter. »
Le silence retombe, plus lourd que jamais. Fenwick examine le câble, puis lève les yeux vers Silas, qui recule d’un pas.
« Qu’est-ce que vous dites de cela, jeune homme ? »
Mais avant que Silas ne puisse répondre, une porte latérale s’ouvre à la volée. Ashworth lui-même se tient sur le seuil, le visage déformé par une fureur meurtrière. Il n’a pas fui Londres, comme Jack l’avait cru. Il a attendu, planqué, prêt à frapper.
« Assez de ces comédies », grogne-t-il en s’avançant. Sa main droite sort de son manteau, et la lumière de la lampe à gaz accroche le canon d’un pistolet. Il le braque sur Jack. « Toi, salaud de faubourg. Tu as ruiné mon nom, volé mes parts, retourné mon propre fils contre moi. Mais ça s’arrête ici. »
La salle explose. Des cris, des chaises renversées, des gardes qui se précipitent. Jack ne bouge pas, les yeux rivés sur le canon. Eleanor s’interpose, les bras écartés.
« Edgar, ne fais pas ça ! »
« Écartez-vous, femme. »
Un garde tente de s’approcher, mais Ashworth tourne le pistolet une fraction de seconde, le menaçant. « Personne ne bouge, ou je tire. »
Jack sent le poids du médaillon dans sa poche — celui de sa mère, jamais ouvert — et une colère sourde monte en lui. Il fait un pas en avant, les mains ouvertes.
« Si tu veux tirer, vise juste », dit-il, la voix étrangement calme. « Parce que si tu me rates, je te jure que je passerai le reste de ma vie à te détruire, même depuis ma tombe. »
Ashworth ricane, le doigt sur la détente. « Tu es exactement comme ton père. Un homme mort qui ne le savait pas encore. »
Derrière eux, la foule murmure. Quelqu’un crie, quelque part. Jack n’entend plus que le battement de son propre cœur et le cliquetis métallique du chien du pistolet qui se soulève.
Le temps se suspend — une seconde entière, blanche.
Puis il y a un éclat de lumière, mais pas le coup de feu de Jack. C’est la porte arrière de la salle qui s’ouvre, et une voix qu’il connaît traverse le brouhaha.
« Spanner ! »
Il n’a pas le temps de voir qui c’est. Ashworth tourne la tête, et son bras tremble.
Jack sait que la balle va partir. Il la voit venir.
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