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Le Roi du Rail

Lire le chapitre 7: The Girl from the Tracks

Les pattes de son pantalon fouettées par la bruine du soir, Jack longeait la voie ferrée en direction du nord depuis trois heures. Il n'avait ni but ni argent, seulement un nom d'emprunt brûlé et une lourdeur dans le ventre qui n'était pas que la faim. À dix yards devant lui, la silhouette accroupie d'un être humain s'agitait près des rails — une masse noircie par le charbon, probablement une carcasse de wagon déraillé.

Il ralentit, la main vers la pince glissée dans sa ceinture.

La silhouette se retourna. Une femme, pas plus de vingt-cinq ans, coiffée d'un bonnet de toile sale, un sac de jute à ses pieds. Elle arracha une plaque de cuivre d'un montant de frein brisé, la fit tinter dans sa paume, puis le dévisagea avec une assurance qui démentait le décor.

« Tu viens pour le cuivre ou la honte ? » demanda-t-elle. Voix nette, ni provocante ni apeurée.

Jack s'arrêta à quatre pas. « La honte, je l'ai déjà. Cuivre, j'ai pas d'usage. »

Elle sourit à peine et rangea la plaque dans le sac. « T'es le type de Bletchworth auquel le shérif courait après ? »

Son sang se glaça. Elle leva une main douce avant qu'il ne réagisse. « Calme-toi. J'étais dans l'aire de triage quand t'as filé entre les wagons. T'as les allures d'un mécanicien — marque de cambouis qui sent pas le neuf, mains dures. Mais t'es pas un criminel de grand chemin. Un criminel courrait vers les haies. Toi, t'as suivi les rails comme un chien rentrant chez lui. »

Jack ne répondit pas. Elle haussa une épaule et ferma son sac.

« Eleanor Briggs », dit-elle en se redressant. « Je ramasse ce que les compagnies jettent après les accidents. Le fer se revend bien, et les gens ne regardent pas une chiffonnière quand ils parlent. »

Cette dernière phrase l'intrigua. Il fit un pas de plus. « Et qu'entends-tu, quand les gens parlent ? »

Elle pencha la tête, le jaugeant. Une lueur calculatrice traversa son regard — pas hostile, seulement prudente.

« Une vaste affaire de terrain dans la vallée de Stoketon. Des hectares entiers rachetés à des veuves et à des paysans endettés. À des prix qui sentent le soufre. »

Jack serra sa mâchoire. La vallée de Stoketon. Le spectre de son père, la ligne enterrée de Hartley, les tombes. Il ouvrit la bouche pour questionner davantage, mais un sifflement lointain de locomotive se fit entendre — et dans son sillage, une voix d'homme jaillit de l'obscurité derrière un talus.

« Par là ! J'ai vu quelqu'un contourner le convoi déraillé. »

Eleanor saisit son sac d'une main et le poignet de Jack de l'autre. « Le détective de la compagnie. Il t'a reconnu aux affiches. Viens. »

Elle le tira — il n'eut pas le temps de protester — vers un fossé à demi enseveli sous des ronces et des traverses pourries. Ils s'y laissèrent glisser, accroupis dans la boue froide, tandis que des pas lourds martelaient les graviers au-dessus d'eux.

Jack retint son souffle. Le détective s'arrêta à quelques pieds de leur cachette. Il tenait un fanal qui déchirait la brume par obliques.

« Mullins ! cria-t-il dans le vide. Jack Mullins ! Je t'ai vu au chantier de Bletchworth. Là-bas, tu as fait tomber un pont d'une semaine de travail avec tes mains. Les mines de charbon t'attendent, espèce de serpent. »

Jack sentit un frisson lui remonter l'échine. Mayhew avait donc répandu sa version — la blame, la noire. Il allait répondre par défi quand la main d'Eleanor se pressa sur sa bouche. Elle secoua la tête, imperceptible.

Le fanal balaya au-dessus d'eux. Une touffe de ronces intercepta la lumière.

« Je te pendrai », ajouta le détective en s'éloignant, plus pour lui-même que pour Jack. « Je te pendrai sur un rail neuf. »

Ses pas se fondirent dans la brume. Eleanor relâcha sa prise. Elle observa Jack, les yeux plissés.

« T'as l'air d'un honnête idiot. Mais un honnête idiot qui intéresse beaucoup de monde. Ça vaut du temps. »

Elle se releva, épousseta le feuillage de sa jupe, et reprit son sac comme si rien ne venait de se passer. « J'ai une remise à une heure d'ici, près de l'ancienne halte de Crowfield. Toiture couverte, paille propre. T'y seras pas dénoncé si tu marches derrière moi et que tu baises la tête quand on croise un cabaret. »

Jack essuya la boue de ses lèvres. La proposition ouvrait une porte — étroite, sale, mais une porte. Il lui emboîta le pas.

Ils marchèrent en silence à travers les champs noyés, contournant la masse sombre d'une ferme, puis longeant un ruisseau fétide qui alimentait sans doute les ateliers de la compagnie. Une heure plus tard, une masure à moitié effondrée se dressait contre le talus, sa porte de planches à moitié arrachée masquée par un saule pleureur. Eleanor poussa le vantail. À l'intérieur régnait une demi-nuit tiède, entrecoupée des lueurs d'une petite forge installée sur des briques — invention d'elle, semblait-il. Des pièces de machine alignées, des spirales de cuivre, une toilette de fortune.

Elle jeta son sac contre un mur, alluma une lampe, puis sortit un pain dur d'un coffre et le coupa en deux morceaux dont elle lui tendit la moitié sans façon.

Jack mordit dedans, la bouche sèche. La chaleur du foyer le gagnait lentement. Il la regarda s'affairer, dégrafant son manteau, révélant sous son foulard une étrange netteté — les manières d'une autre vie, peut-être.

« Pourquoi m'aider ? » demanda-t-il, la voix encore rauque.

Eleanor se figea un instant, puis se tourna. Une flamme plus sombre dansait dans son regard.

« Parce que tu vas chercher dans la vallée de Stoketon ce que d'autres veulent y enterrer plus profond. Et comme j'ai besoin d'une paire de mains solides pour une affaire de mon cru, on peut se rendre service. »

Elle posa son menton sur ses doigts. « Tu connais le tracé de la ligne Hartley, celui qui traverse le pont de Brenton, par là ? »

Jack se retint de révéler la carte cachée dans son manteau, mais la coïncidence le frappa en pleine poitrine. « Je l'ai vu de loin. Pourquoi çà ? »

Eleanor sourit — un sourire sans joie, presque une cicatrice. « Parce que des hommes — des investisseurs, des agents, qui sait — achètent des parcelles au nom de compagnies prête-nomqu'il n'existent pas. Et qu'il y a un second tracé, plus ancien, plus secret, que personne ne connaît excepté ceux qui ont laissé des os dans la boue. Si je mets la main sur cet itinéraire avant eux, j'ai de quoi être riche pour toujours. »

Jack sentit la chaleur du pli de la carte contre sa poitrine — pas encore révélée. Un atout, et un danger.

« Et moi dans tout ça ? »

Elle remplit deux gobelets d'un cidre tiède. Sa voix prit une couleur mesurée, presque douce.

« Toi, tu m'aides à dérober le matériel de levage d'un arpenteur concurrent — rien de sanglant, une simple expédition nocturne à l'atelier de Drayfield, à deux lieues d'ici. En échange, je t'offre un toit, un repas, et tout ce que j'ai glané sur les terrains de la vallée. »

Jack fixa le cidre, les flammes, les ombres de la pièce. Son passé le fuyait. Sa fausse identité brûlée. Le locket de Tom Wheeler, la dette de Griggs, la menace d'une pendaison qui s'étirait derrière lui comme un ruban de chemin de fer sans fin.

Il leva le gobelet. « Acquis. »

Elle trinqua sèchement. Mais dans le silence qui s'ensuivit, elle baissa la voix et glissa, presque en aparté :

« Une chose encore, Mullins. La carte que tu caches — celle qui sent le suif et le vieux sang — l'homme qui la cherche n'a que faire d'un vivant qui la possède. »

Jack blêmit. Il n'avait parlé de cette carte à personne.

« Comment le sais-tu ? » souffla-t-il.

Eleanor baissa les yeux vers son propre sac. De sous les plaques de cuivre, elle tira une copie grossière du locket de Hartley, gravée aux traits identiques.

« Parce que Tom Wheeler me l'a envoyée, trois jours avant de mourir dans son "accident". Et qu'il me l'a dit dans sa lettre : si quelqu'un arrive avec cette carte, sauve-le. Sauf que toi, tu es arrivé pieds nus, sans la montrer. »

L'air de la masure devint glacé. La flamme vacilla.

Jack regarda la copie, puis les yeux d'Eleanor — brillant d'une intelligence funèbre. La femme n'était pas une simple chiffonnière. Elle était un fil tendu dans l'histoire, un fil qui remontait jusqu'au cœur de son passé.

Dehors, un lointain sifflet de locomotive perça la nuit.