Le Sceau de la République
Lire le chapitre 19: The Sewer Route
L'aube n'était pas encore levée quand Marie frappa trois coups contre le mur. Trois coups courts. Le signal.
Célie se redressa sur la paille humide, le cœur battant si fort qu'elle crut qu'il allait réveiller les dormeuses. Autour d'elle, les ombres respiraient lentement — la toux d'une vieille, le murmure d'un rêve mauvais. Elle compta jusqu'à dix, comme Marie le lui avait dit, puis rampa vers l'angle nord de la cellule, là où les pierres rejoignaient le sol dans une fissure noire et graisseuse.
Ses doigts trouvèrent d'abord la boue séchée — Marie l'avait préparée la veille, mêlant de la cendre et de l'argile pour dissimuler son travail. Sous cette couche, une pierre se laissa déplacer, pas assez pour laisser passer le jour, mais assez pour le bout de ses doigts. Elle creusa. L'odeur monta — eau stagnante, fer rouillé, quelque chose de vert et de profond.
Le regard de Marie apparut dans l'ouverture, un fragment de lune dans un puits.
« Roux est en poste. Il a quatre minutes de retard comme toujours à l'heure où il fait sa tournée du matin. Il faut que tu sois dans le boyau avant qu'il ne revienne. »
Célie hocha la tête, bien que Marie ne pût la voir que partiellement. Elle défit le nœud de sa robe de prisonnière, la laissa glisser, et enfila les vêtements que Marie lui passa à travers l'ouverture — une jupe de grosse toile grise, un corsage sans fioritures, un fichu de coton blanc. Des vêtements de blanchisseuse. Invisibles.
« Le linge est dans le panier, » dit Marie. « Il y a du pain, un peu de fromage. De l'argent aussi, soy prudent. »
Elle poussa un paquet enveloppé dans un torchon. Célie le saisit, le serra contre sa poitrine où le sceau jumeau — la fleur de lys — pesait à peine contre sa peau, caché dans une couture que Marie avait recousue elle-même.
« Et lui ? » demanda Célie à voix basse, bien que les autres dorment. « L'homme à l'écharpe verte. Tu es sûre qu'il ne nous suit pas ? »
Un temps. Le silence de Marie pesait autant que l'air de la prison.
« Il ne te suivra pas. Il t'attend. »
Avant que Célie pût lui demander ce que cela signifiait, Marie lui indiqua de se glisser dans l'ouverture. Le passage était étroit — les arêtes de pierre écorchèrent ses épaules, déchirèrent le fichu neuf. Mais bientôt elle était dans le boyau, un conduit si bas qu'on ne pouvait y ramper qu'à plat ventre, le menton dans une eau glacée qui se déversait sans bruit vers le réseau des égouts.
« Tiens ta gauche. Compte quarante coudées. Tu trouveras une grille. »
Célie voulut dire quelque chose, remercier, demander pardon, mais Marie avait déjà replacé la pierre. Elle restait dans une obscurité totale, le cœur suspendu à la promesse qu'elle venait d'entendre.
Elle rampa.
L'eau montait à mesure qu'elle avançait, lui atteignant les coudes, puis la poitrine. Elle essayait de ne pas penser à ce qu'elle touchait — des choses molles, des choses pointues, des choses qui se déplaçaient sous ses doigts. Elle comptait. Trente. Trente-cinq. Trente-huit. L'air se fit plus froid, une odeur nouvelle s'y mêla — l'odeur de la Seine, végétale et sale.
Quarante.
Sa main rencontra le fer. La grille. Elle palpa la serrure, trouva le verrou que Marie lui avait décrit — maintenu par une corde usée qui cédait à la moindre pression. Elle tira.
La grille pivota sans bruit, ou presque. Un grincement de rouille qui parut traverser la pierre. Elle s'immobilisa, écouta. Rien. Que le clapotis de l'eau quelque part et le râle lointain de la ville qui s'éveillait.
Elle passa la tête dans l'ouverture.
Elle était dans une niche obscure, sous une arcade peu profonde, le gravier de la grève sous ses mains. Au-dessus d'elle, la Seine, grise et lente, reflétait les premières lueurs bleues du jour. Pendant un moment, elle crut être éblouie — elle n'avait pas vu le ciel depuis si longtemps que sa lumière semblait étrangère, trop large, trop nue. Puis elle se hissa hors de l'eau, s'assit sur ses talons, et regarda autour d'elle.
Quai de la Mégisserie. Elle le reconnut aux boutiques de volailles fermées, aux étals de fleurs encore enroulés dans la toile. Mais à sa gauche, là où elle aurait dû voir le Pont Neuf, il n'y avait qu'un chantier — le Palais de Justice qui prenait des allures de forteresse, des barricades dressées au petit matin.
Elle n'était plus la même femme que celle qui était entrée dans la prison trois semaines plus tôt. Mais Paris non plus.
Elle se releva, arrangea son fichu, et suivit le quai vers le nord, en direction de la place du Châtelet. Elle portait son panier — un panier que Marie avait rempli avec des draps de lit soigneusement pliés. Elle passait. Une blanchisseuse de plus qui va porté son ouvrage. Personne ne la regardait.
Elle atteignit la rue Saint-Denis, demanda la rue Neuve-des-Petits-Champs à une poissonnière qui lui indiqua le chemin sans se retourner. Le trajet lui prit trois quarts d'heure — elle n'osait pas courir, de peur d'éveiller les soupçons. Elle passa devant la fontaine des Innocents, où des femmes lavaient déjà leur linge dans des baquets, et tourna enfin dans une rue étroite aux maisons basses.
Le numéro était là — une porte de bois simple, délavée par trois ans de pluie révolutionnaire. Le nom de Jacques Milon était peint sur une plaque d'étain au-dessus de la porte.
Mais elle s'arrêta à quelques pas. Une voiture était garée non loin — une simple berline de famille, mais trop propre, trop bien entretenue pour ce quartier où tout passait à pied. Et dans sa voiture, un homme en manteau brun lisait un journal dont il ne tournait jamais les pages.
Surveillance.
Célie continua son chemin sans ralentir, le panier serré contre sa hanche. Elle marcha jusqu'à l'angle de la rue, tourna, s'appuya contre la façade d'une boulangerie fermée. Son cœur battait contre ses côtes — pas de la course, mais de la pensée de Marie. L'homme à l'écharpe verte savait. Il avait toujours su.
Et s'il avait conduit la surveillance jusqu'à la porte de Louise ? Ou pire — s'il était la surveillance, s'il était venu pour elle, pour l'empêcher de retrouver sa sœur ?
Elle regarda la maison depuis le coin de la rue. Une lumière s'alluma au premier étage. Une ombre passa derrière la fenêtre — une femme, courbée sur une table, occupée à quelque ouvrage du matin.
Célie recula plus profondément dans l'ombre de la boulangerie. Elle attendrait. Elle observa l'homme au journal tourner enfin une page — une page qu'il n'avait pas lue. Un pigeon s'envola d'un toit, et elle sursauta.
Elle avait le sceau jumeau, la foi de Marie, un panier de draps propres et un nom — Louise. Mais c'était tout ce qu'elle avait, et la fenêtre du premier étage s'éteignit, comme si la femme qui s'y tenait avait reculé dans la pièce, et que quelque chose d'autre, quelque chose d'invisible, s'était mis en mouvement dans la rue.
Elle sentit alors — plutôt qu'elle ne le vit — deux hommes qui venaient du côté de la place des Victoires. Ils ne se tournaient pas vers elle, ne couraient pas. Ils marchaient le long de la rue Neuve-des-Petits-Champs à pas réguliers, l'un la main dans sa poche, l'autre un chapeau sous le bras.
Mais leur chemin les menait directement à la porte de Milon.
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