Le Sceau de la République
Lire le chapitre 28: The Seal's Secret
Le souffle court, Célie recula contre la poutre poussiéreuse. Le pistolet du mouchard dessinait un cercle paresseux dans l'air entre eux. La lumière de la lucarne éclaboussait son visage osseux, creusant des ombres sous ses yeux. Elle tenait le livre serré contre sa poitrine, comme un missel.
« Vous me prenez pour une sotte, citoyenne. » Il fit un pas. Ses bottes craquèrent sur les lattes du grenier. « J'ai vu votre main quand vous avez glissé l'objet dans ce faux évangile. Vous croyez que je n'ai pas remarqué ? »
Célie ne répondit pas. Son cœur battait si fort qu'elle l'entendait dans ses oreilles, un tambour sourd qui couvrait presque le bruit du vent contre les volets.
« Rendez-le-moi. » Le canon du pistolet se leva, visant son visage. « Je sais ce qu'il contient. Je sais pour le compartiment. »
Elle serra le livre plus fort. Le cuir usé craquait sous ses doigts. Le sceau — le sceau de la République, celui que son père lui avait confié avec un serment murmuré dans la nuit — reposait à l'intérieur, creusé, vide, son compartiment secret béant comme une tombe.
« Vous ne savez rien. »
Il sourit. Un sourire froid, sans chaleur. « Vous croyez que c'est votre amitié avec la citoyenne Rose qui vous a mise sur cette liste ? Non, non. C'est le sceau. Depuis le début, c'est pour le sceau. Pour ce qu'il cache. »
Un frisson traversa Célie. La liste de noms. La marge où Rose apparaissait. Les registres falsifiés. Tout convergeait vers cet objet de cire et de laiton qu'elle portait depuis si longtemps, accroché à une chaîne sous sa robe.
« Qu'est-ce que vous voulez ? » Sa voix était plus ferme qu'elle ne s'y attendait. « Qui vous envoie ? »
« Un homme qui donne cher pour les souvenirs de l'aristocratie. Qui sait les secrets que les morts emportent avec eux. » Il fit un autre pas. Encore deux mètres, et il pourrait la toucher. « Le sceau de la famille de Montbrun. Ne me dites pas que vous ignorez ce que cette cire recélait avant que vous la brisiez. »
Le souffle de Célie se coinça dans sa gorge. Comment pouvait-il savoir ? Comment ce mouchard de la Force, ce larbin des comités, pouvait-il connaître l'héritage des Montbrun ?
« Nous avons des informateurs partout, citoyenne. Même dans les sacristies où l'on croyait les confessions sûres. » Il avança encore. Un mètre cinquante. Le pistolet était à bout de bras, tire-bouchonné contre le mur derrière elle. « Il y a un document. Plié, scellé dans la cavité. Il a disparu. Avec vous. »
Le document. Célie sentit le monde vaciller. Son père, avant la guillotine, lui avait parlé dans une heure volée, entre deux visites de gendarmes. « Ma fille, le sceau n'est pas qu'un objet d'apparat. Dans son ventre repose ce que notre famille a juré de protéger. Si les républicains le trouvent, ils ne s'arrêteront pas avant d'avoir effacé notre nom de l'histoire entière. »
Et elle l'avait brisé. Pour l'envoyer avec Rose, pourtant déjà entachée. Pour garder le secret près d'elle. Et le secret était parti, confié à une enfant de douze ans qui avait traversé la ville sous un faux nom, portant une vérité enfouie dans son ventre.
Elle n'avait jamais su ce que contenait exactement ce document. Son père était mort avant de pouvoir le lui dire. Mais l'importance qu'il y attachait — les lettres en code reçues de l'étranger, les visites nocturnes d'hommes à cape, les yeux de sa mère qui ne souriaient plus jamais — elle avait grandi avec ce poids sans jamais le comprendre.
« Vous n'aurez rien. » Sa voix trembla. Elle le regretta aussitôt.
« Je n'ai pas besoin que vous me le donniez. » Le pistolet se baissa légèrement. « J'ai besoin que vous me disiez où il est parti. Et vous allez me le dire, parce que vous êtes une femme de foi, et que chez nous, les femmes de foi ont des faiblesses bien connues. Nous avons la liste, citoyenne. Nous savons où vos petits orphelins dorment. Louise à la nourrice de la rue des Blancs-Manteaux. Jacques chez les sœurs de Picpus. Vous choisirez : le papier ou les enfants. »
Le monde entier se réduisit à une brûlure. Louise, aux cheveux roux, qui riait en courant dans la cour. Jacques, sombre, qui dessinait des soldats avec du charbon. Les enfants de Rose. Les enfants qu'elle avait juré de protéger au prix de sa propre vie.
« Vous êtes un monstre. »
« Je suis un fonctionnaire. » Il haussa les épaules. « Rendez-moi le sceau, citoyenne. Je vous laisserai partir. Vous irez trouver le document vous-même. Je vous suivrai. Vous me donnerez l'enfant qui le détient. Et tout sera fini proprement. »
Fini proprement. Célie sentit le froid de la folie la gagner, ce calme étrange qui descend sur les condamnés. Elle regarda la lucarne derrière l'homme. Le volet cassé qui battait. Le vide vert et sombre de la vallée au-delà.
Elle n'aurait pas le temps de penser. Son corps déciderait seul.
« Le sceau, » elle répéta. Sa main sortit le livre devant elle, le tint à hauteur de poitrine. « Vous voulez le sceau ? »
L'homme plissa les yeux. Méfiance. Mais sa main libre se tendit.
« Jetez-le-moi. »
Célie recula d'un pas contre la poutre. Elle sentit son poids contre son dos. L'espace au-dessus d'elle. Le grenier du château avait servi de colombier autrefois ; le toit était troué, le plâtre tombait en poudre.
« Vous saurez qu'il est vide. » Elle dit les mots lentement. « Vous saurez que j'ai brisé son ventre. Vous saurez que le document est déjà loin. »
La grimace de fureur qui déforma son visage lui indiqua qu'elle avait visé juste. Il fit un bond inattendu d'être grand et mince — sa main attrapa le livre, le tira, et Célie fut entraînée avec lui dans la lumière oblique de la lucarne.
Le pistolet tira. Le bruit fut énorme, immédiat, déchirant l'air. Une douleur brute lui brûla l'épaule comme un fer rouge. Mais elle ne lâcha pas le livre. Ils roulèrent ensemble, plâtras et poutres croulantes, vers le volet arraché — le trou vide où le ciel de dix-sept cents quatre-vingt-quatorze s'ouvrait, pâle et indifférent.
Le bord du vide. Le poids de l'homme. La chute.
Elle entendit son propre cri, ou peut-être le sien — impossible de distinguer. Le livre lui échappa. Sa main trouva quelque chose — la manche de sa veste, son col de veste, son cou. Elle l'agrippa avec la fureur des noyées, l'entraînant dans le vide.
La terre monta à une vitesse impossible. Le visage de l'homme passa devant elle, yeux écarquillés, bouche ouverte. Puis un arbre — une branche — quelque chose de dur et d'humide qui s'abattit sur sa tempe.
Le noir.
Quand les sens revinrent, ce fut d'abord une odeur de foin et de lait. Puis une voix, grave et paysanne, poussant un juron étouffé. Puis une douleur lancinante à la tête, à l'épaule, partout. Et le souvenir, si puissant qu'elle faillit sombrer de nouveau : un bruit sourd, comme une noix qu'on casse. Le corps de l'homme sur la pierre du pressoir à deux mètres d'elle, tête tordue, regardant le ciel sans le voir.
Elle était vivante. Mon Dieu. Elle était vivante.
Des mains la soulevèrent, la porteront. Une femme criait. Le foin remua sous son dos. Elle ouvrit les yeux — la lumière d'une lampe à huile, un plafond bas de ferme, une vache qui meuglait quelque part.
Le livre qui contenait le sceau était resté dans leur chute. Perdu. Elle ne savait pas où.
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