Le Secret de la Restauratrice
Lire le chapitre 25: The Swiss Account
L’avion amorça sa descente vers Zurich dans un silence de plomb. Clara pressait ses poignets bandés contre ses cuisses, la douleur sourde rappelant chaque seconde de leur kidnaping. Adrian, assis à côté d’elle, fixait les nuages sans les voir.
« Tu es sûr que MI5 ne nous a pas tendu un piège ? » murmura-t-elle.
« Ils ont tout à gagner à ce qu’on trouve ce tableau avant Whitfield père ou fils. Ils nous ont donné le mandat, l’adresse du trustee, même un contact local. Si c’est un piège, c’est le plus élaboré de leur histoire. »
Clara sortit de sa poche la copie du microdot agrandie. Derrière les chiffres de la banque, une ligne manuscrite presque invisible : *Pièce déposée en garantie. Restitution aux héritiers légitimes seulement. M. LeFebvre.*
« LeFebvre, répéta-t-elle. Le descendant du collectionneur parisien qui aurait abrité le tableau en 1944. Ma mère m’a dit que mon grand-père a caché des œuvres avec lui. »
Adrian tourna la tête vers elle. « Tu l’as appelée ? »
« Elle doit m’envoyer les lettres. Mais je n’ai pas eu le temps de les lire. Tout est allé si vite. »
L’avion se posa avec un soubresaut. Dans le hall des arrivées, un homme en imperméable gris les attendait, tenant une pancarte au nom de « Ashworth Consulting ». Il se présenta comme Vogel, contact local de MI5. Sans un mot, il les conduisit à une berline noire.
« Le directeur de la banque vous recevra dans une heure, dit-il en démarrant. Soyez précis. Les Suisses n’aiment pas les imprévus. »
Le siège de Brunel & Fils Genève – la succursale zurichoise – était un bâtiment de marbre blanc, impassible derrière ses vitres fumées. Un huissier les fit entrer dans un bureau où un homme d’environ soixante ans, visage taillé au cordeau, les attendait debout.
« Herr Doktor Meier », dit-il en serrant leurs mains. « Nous avons été informés de votre visite par des canaux inhabituels. »
« Des canaux officiels », corrigea Adrian.
Meier hocha la tête, sans conviction. Il ouvrit un dossier épais posé sur son bureau. « Mandat 447-A. Dépôt effectué en 1962 par un client dont nous ne pouvons révéler le nom, conformément au secret bancaire. Le contenu de notre coffre-fort a été déclaré comme une œuvre d’art à titre de garantie collatérale pour un prêt consenti au déposant. »
« Le prêt a-t-il été remboursé ? » demanda Clara.
Meier consulta ses documents. « Le solde a été honoré en 1987. Cependant, le contrat stipule que la pièce ne peut être restituée qu’aux héritiers légitimes, sur preuve documentaire. »
« Nous ne sommes pas les héritiers de M. LeFebvre. Mais nous représentons son intérêt. Le tableau, s’il s’agit du Holbein, a été volé à la National Gallery. »
Meier referma le dossier. « Je suis désolé, Madame Ashworth. Sans l’héritier LeFebvre en personne, ou une procuration notariée, nous ne pouvons pas procéder à une inspection, même visuelle. »
Clara sentit son cœur se serrer. Elle avait appelé la veille une étudiante en histoire de l’art à Paris, Camille LeFebvre, une arrière-petite-fille du collectionneur. Mais Camille avait été prudente, presque méfiante, au téléphone.
« Nous avons besoin qu’elle vienne, dit Adrian. Aujourd’hui. »
Clara sortit son téléphone. Camille décrocha à la deuxième sonnerie.
« Vous êtes à Zurich ? s’étonna-t-elle. Je vous croyais à Londres. »
« Nous avons dû avancer notre voyage. Camille, écoutez-moi. Nous avons des raisons de penser que le tableau de mon grand-père – celui qui aurait été caché par le vôtre en 1944 – est dans un coffre ici. La banque exige que vous soyez présente pour autoriser l’inspection. Je vous en prie. C’est important pour l’histoire de nos familles. »
Un silence. Puis la voix de Camille, plus ferme : « Mon arrière-grand-père a passé sa vie à protéger des œuvres contre les nazis. S’il a caché ce tableau, ce n’est pas pour qu’il finisse dans un coffre suisse. J’arrive. »
Deux heures plus tard, Camille LeFebvre, une femme d’une trentaine d’années aux cheveux noirs tirés en chignon, les rejoignit dans le hall de la banque. Elle portait un passeport, l’acte de naissance de son arrière-grand-père, et une lettre manuscrite qu’elle tendit à Meier. Le directeur l’examina avec une minutie ennuyeuse, puis hocha la tête.
« L’identification est satisfaisante. Suivez-moi. »
Le sous-sol de la banque ressemblait à un bunker. Des portes d’acier s’ouvraient sur des couloirs blancs, puis une chambre forte circulaire, gardée par deux agents en uniforme. Meier composa un code, tourna une clé, et une trappe s’ouvrit dans le mur. À l’intérieur, un écrin de bois sombre.
« L’objet déposé », annonça Meier.
Adrian s’approcha, ouvrit l’écrin. Un panneau de bois peint apparut, protégé par une vitre. Clara retint son souffle. Le Holbein. Le portrait d’homme au col de dentelle, aux yeux gris perçants, la main posée sur un livre.
Adrian sortit une loupe de sa poche. Il passa la lentille sur le bord du panneau, puis la laissa tomber.
« Merde. »
« Quoi ? » demanda Clara.
« Les craquelures. Elles sont régulières, trop régulières. Et la couche de vernis est trop récente. C’est une copie. Une très bonne copie, mais une copie. »
Camille porta la main à sa bouche. Meier, impassible, referma l’écrin.
« Je ne comprends pas, dit Camille. C’est le tableau que mon arrière-grand-père a protégé ? »
« C’est une copie faite par quelqu’un qui connaissait parfaitement le tableau original, répondit Adrian. Peut-être une copie de musée, réalisée pour servir de leurre. »
Clara se sentit vidée. Dans le silence de la chambre forte, elle réalisa que Whitfield n’avait pas seulement menti sur la propriété du tableau – il avait orchestré une mise en scène bien plus profonde, avec des copies à chaque niveau. Mais qui, alors, tenait l’original ?
Ils remontèrent dans la berline. Vogel attendait, silencieux. Clara sortit son téléphone et appela James, son collègue de la National Gallery, qui était resté en convalescence.
« James, il faut que vous regardiez les enregistrements de la salle de conservation. Depuis des mois. Quelqu’un a pu avoir accès aux cadres, ou aux œuvres. »
Une voix faible, mais alerte, répondit : « J’ai quelque chose à vous montrer. Je n’étais pas sûr, mais maintenant… revenez vite à Londres. »
Clara raccrocha. Adrian la regarda.
« On rentre ? »
« On rentre. Mais d’abord, on passe par l’appartement de ma mère. Les lettres de mon grand-père n’ont que trop tardé. »
Dans l’avion du retour, Clara ferma les yeux. Le visage du Holbein dansait derrière ses paupières – faux, copie, leurre. Quelque part, un collectionneur anonyme tenait l’original depuis des décennies, et le fil qui y menait semblait être taillé dans de l’invisible.
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