Le Serment de l'Empenneur
Lire le chapitre 13: Confrontation at the Mill
Les planches du grenier gémissent sous son poids alors qu'il se laisse tomber dans la poussière du moulin. Roger sursaute, la main déjà sur la garde de son épée, mais Thomas a l'avantage de la surprise. Il roule sur l'épaule, se redresse, et frappe le poignet du squire d'un revers de l'avant-bras. L'épée de Roger tournoie dans l'air sombre et tombe dans la paille avec un bruit sourd.
— Tu es mort, Roger. Tu le sais, non ?
Le squire recule d'un pas, les yeux écarquillés, la bouche entrouverte. Il jette un regard vers la porte où Jean s'est déjà éclipsé dans la nuit, sans un bruit. Traître jusqu'au bout, même entre traîtres.
— Thomas Barrow. Je te croyais mort au ruisseau.
— Beaucoup de gens se trompent sur moi.
Thomas avance, ramasse l'épée tombée, la jette derrière lui dans un angle mort. Roger tremble, mais un sourire étrange commence à étirer ses lèvres. Ce n'est pas la peur qui anime ses yeux, c'est autre chose. Une certitude.
— Tu crois m'avoir attrapé, archer ? Tu ne vois rien. Tu n'as jamais rien vu depuis le début.
— J'ai vu assez. Ton père exécuté à Harfleur. Ta vengeance. Le cache d'arcs sabotés. Le portail est, l'aube, le raid français. Tu as tout vendu pour deux cent livres de bon argent.
Roger ricane, mais le son est sec, sans joie.
— Deux cent livres ? Le prix d'un père, archer ? Le prix du sang ? Tu es aussi sot que les capitaines qui t'envoient mourir sur leurs chevaux pendant que toi tu rampes dans la boue.
— Je ne rampe pas. Je te tiens.
Des pas à l'extérieur. Plusieurs hommes, lourds, disciplinés. Le bruit des protections qui claquent sur les cuirasses. Roger éclate de rire, cette fois plus haut, presque hystérique.
— Tu m'entends ? La garde du duc. Ils t'ont suivi, archer. Ils t'ont vu entrer. Et maintenant ils te trouvent avec l'épée d'un squire à la main et un traître que tu accuses de mots en l'air. Qui vont-ils croire ?
Thomas n'a pas le temps de répondre. La porte du moulin s'ouvre à la volée. Des torches inondent l'espace d'une lumière orange et mouvante. Le capitaine de la garde entre le premier, la main sur la poignée de son épée, le visage dur sous le heaume relevé. Derrière lui, six hommes d'armes dégainent, pointes dirigées vers Thomas.
— Barrow. Encore toi.
— Capitaine Mercer. Dieu merci. J'ai le vrai traître.
Thomas recule d'un pas, désigne Roger qui se tient maintenant droit, hautain, les mains légèrement levées dans un geste d'innocence.
— Ce squire de Lord Greyhill. Il a vendu notre position aux Français. Il a saboté des arcs, payé des gardes, corrompu des sergents. Je l'ai entendu de mes propres oreilles.
Le capitaine Mercer jette un regard bref à Roger, puis revient à Thomas. Ses yeux sont deux fentes sombres dans un visage taillé à la hache.
— Roger de Greyhill, écuyer de la maison du comte. Tu entends ça ?
— Des mensonges d'archer misérable, capitaine. Il a perdu la raison. Il accuse tout le monde depuis la mort de son page. Il a même volé la bague de mon maître pour accréditer ses fables.
Thomas serre les poings.
— C'est lui qui a tué le page. Lui ou son complice au quartier-maître. L'enfant est mort, capitaine. Étranglé au bord du ruisseau.
Un silence. Les torches crépitent. Le vent s'engouffre par les planches disjointes du moulin, fait danser les ombres.
— Le professeur Prentice est-il au courant ? demande Mercer d'une voix étrangement calme.
Thomas fronce les sourcils.
— Prentice ? Le sergent du portail est ? C'est lui le contact.
— Le professeur Prentice, dit Mercer avec un accent appuyé sur le titre, est un homme de confiance du duc. Je le connais depuis vingt ans.
— Vous vous trompez.
— C'est toi qui te trompes, Barrow.
Mercer fait un pas en avant, et la lumière d'une torche attrape sa main gantée. Sur le gant, à la base du pouce, un détail que Thomas n'aurait jamais remarqué s'il ne cherchait pas, s'il ne savait pas déjà quoi chercher. Une couture. Un motif. Une marque de cuir tressé en forme de clef, presque invisible, mais identique à celle qu'il a vue sur la bourse de Roger au bord du ruisseau, identique au sceau sur les flèches sabotées qu'il a découvertes dans le puits de l'ouest.
Thomas sent le froid lui glisser le long de l'échine.
— Vous, murmure-t-il. Vous êtes dans le coup.
Mercer sourit, une plissure de peau parcheminée.
— Le professeur Barrow, je crois que tu as abusé de la patience du duc. Ta santé mentale est un sujet de préoccupation. On m'a demandé de m'assurer que tu ne fasses pas de mal à toi-même ou aux hommes de cette armée.
— Vous en êtes, répète Thomas, pour que les autres entendent, pour qu'ils comprennent. Le capitaine de la garde du duc de York. Vous êtes le contact principal.
— Saisissez-le, ordonne Mercer d'une voix soudain glaciale.
Les hommes d'armes avancent. Roger éclate d'un rire amer.
— Je te l'avais dit, archer. Nous ne sommes pas les seuls.
Thomas n'attend pas la suite. Il avait laissé l'épée de Roger dans le coin, derrière lui, à contre-sens. Mais il a autre chose : une dague de jet glissée sous sa pauldron depuis le camp de Jean, jamais utilisée, jamais révélée. Il l'extrait, la lance vers la torche la plus proche. La flamme bascule, la paille s'embrase entre lui et les gardes. Une seconde de chaos, les hommes battent en retraite, les ordres contradictoires de Mercer se perdent dans le crépitement.
Thomas fonce vers la porte arrière du moulin. Une patte de bois arrachée au passage, il la jette vers les jambes des premiers poursuivants. La porte vole, la nuit est là, profonde, immense, pleine de brouillard et de ténèbres.
Derrière lui, la voix de Mercer, teintée de fureur et d'assurance :
— Fermez les portes du camp. Il ne doit pas atteindre le duc.
Thomas plonge dans le noir.
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