Le Serment de l'Empenneur
Lire le chapitre 15: The Bowstring Revisited
Il tira la corde entre ses doigts, la faisant glisser comme s'il s'agissait d'un serpent endormi. Le nœud — ce fichu nœud — se tenait là, net, précis, presque élégant dans sa trahison. Thomas ferma les yeux et revit la scène du moulin : la main gantée de Mercer, le cuir souple qui se plissait à la jointure du pouce, et sur la lanière du poignet, ce motif tressé qui lui avait semblé familier sans qu'il pût dire pourquoi.
Maintenant il savait.
— Le même nœud, murmura-t-il dans l'obscurité de la tente de Greyhill.
Il posa la corde cassée à côté de l'épée que le vieux chevalier lui avait confiée, puis déroula la carte de parchemin. Les passages secrets du camp y figuraient en traits rouges, méticuleusement tracés — des allées entre les tentes, des fossés d'évacuation, des boyaux creusés par les servants pour déplacer les tonneaux sans croiser les patrouilles. Greyhill connaissait ces lieux comme sa propre poche, et il les lui avait offerts comme on offre une dernière cartouche.
La tente de Mercer se trouvait à l'ouest, près du quartier des chevaux, à l'écart des archers. Un choix intelligent pour un homme qui orchestrait leur perte.
Thomas s'enveloppa d'un manteau sombre trouvé dans le coffre de Greyhill, glissa l'épée dans sa ceinture et sortit par le pan arrière de la toile. La nuit était froide, chargée de brume, et les feux de camp mouraient un à un. Quelque part dans le camp, un cheval hennit nerveusement, comme s'il sentait ce qui approchait.
Il avançait par à-coups, s'arrêtant aux coins des tentes, écoutant les murmures des sentinelles. Le mot de passe circulait — « saint Georges » — mais Thomas n'en avait pas besoin. Il connaissait les patrouilles, leurs horaires, leurs faiblesses. Dix ans de campagne lui avaient appris que les gardes regardent toujours vers l'extérieur, jamais vers leurs propres lignes.
Le fossé d'évacuation sentait l'urine et la paille pourrie. Thomas s'y laissa glisser, rampa sur une vingtaine de pas, puis remonta derrière une tente de forge. La tente de Mercer se dressait à quinze toises, sa toile grise à peine éclairée par une lampe intérieure.
Il s'accroupit, observa. Pas de garde à l'entrée — les gardes étaient pour les hommes qui avaient peur, et Mercer avait trop confiance en son stratagème. Ou peut-être avait-il déjà renvoyé ses hommes pour préparer le coup de l'aube.
Thomas compta jusqu'à trente. Rien ne bougeait. Il se leva, traversa l'espace découvert d'un pas feutré, et souleva le pan de toile.
L'intérieur était ordonné comme un livre de comptes. Un lit de camp étroit, une table pliante couverte de parchemins, un coffre fermé à clé au pied du lit. Une armure bien entretenue reposait sur un support, la tunique propre posée dessus avec soin. L'homme était un soldat méticuleux — ce qui rendait sa trahison d'autant plus froide.
Thomas s'approcha de la table. Il déplaça les parchemins d'un doigt rapide : ordres de patrouille, listes de fourrage, rapports de pertes. Rien d'important. Puis ses yeux s'arrêtèrent sur une liasse scellée à la cire rouge.
La cire portait une empreinte qu'il n'avait jamais vue — un fleur de lys stylisé, brisé en deux par une épée. Le sceau français.
Il brisa le sceau d'un coup de pouce et déplia la lettre. Le texte était en français, écrit d'une main rapide et serrée.
« *Au capitaine commandant le quartier des archers anglais. Au premier chant du coq, notre colonne frappera le flanc gauche. Votre signal : la porte est, non verrouillée, trois torches levées au rempart intérieur. Les cordes seront rompues, les flèches épointées. Vos hommes devront rester en arrière. Ne faillissez pas, comme votre prédécesseur a failli.* »
Thomas relut le passage trois fois. Le flanc gauche. Là où il avait planté ses piquets, où dormaient ses compagnons, où Jack ronflait paisiblement contre son étui à flèches. Les cordes seront rompues — il toucha la corde cassée dans sa poche — et les flèches épointées. Combien de ses camarades allaient tirer leurs arcs une fois, deux fois, et voir les cordes céder entre leurs doigts ? Combien allaient saisir des flèches dont l'empennage tombait en vol, la pointe émoussée, inoffensive ?
Le nom sous la signature n'était pas un nom français. C'était une initiale — « M » — suivie de trois mots : *plutôt mort que vassal*.
Thomas plia la lettre et la glissa dans sa tunique. Puis il se tourna vers le coffre.
La serrure était simple, une affaire de soldat, pas de serrurier. Il sortit un poinçon de la trousse que Greyhill lui avait donnée, s'introduisit dans le mécanisme et força d'un coup sec. Le couvercle s'ouvrit.
À l'intérieur, soigneusement enroulée dans un linge huilé, une corde d'arc vierge. En dessous, un anneau d'or simple. L'anneau de Greyhill — celui que Roger était censé porter en signe de passage. Et au fond, un carquois de flèches dont les pointes avaient été limées à ras, ne laissant qu'un moignon inefficace.
Thomas en saisit une. La hampe portait encore la marque du fletcher de York — une plume peinte — et il reconnut son propre travail. Des flèches qu'il avait fabriquées des semaines plus tôt, qui avaient traversé la Manche dans les charrettes de ravitaillement, qui devaient protéger ses frères contre la cavalerie française.
Il la laissa tomber dans le coffre avec un bruit sourd.
Il aurait pu prendre l'anneau. Il aurait pu prendre la corde vierge comme preuve. Mais à la place, il sortit une plume de sa poche — une plume d'oie blanche, qu'il portait toujours pour refaire les empennages — et la planta dans la serrure forcée du coffre, bien visible.
Une menace. Un défi.
*Je suis passé ici. Je sais tout. Et je reviendrai.*
Il souleva la lampe, souffla la flamme d'un seul coup, et laissa l'obscurité l'envelopper.
Dehors, la brume s'était épaissie. Les feux du camp n'étaient plus que des braises humides, et dans le lointain, vers l'est, quelque chose brillait — l'éclat d'une lance ou d'un heaume, là où les éclaireurs français s'assemblaient en silence.
Thomas remonta le fossé, refit le chemin en sens inverse. Dans la tente de Greyhill, il s'assit sur le coffre de l'armurier, posa la lettre scellée sur ses genoux, et regarda la corde cassée par terre.
Le nœud de Mercer, le sceau français, le nom du flanc gauche, l'heure du coq. Tout se tenait, tout s'emboîtait comme des chevilles de bois dans un mortier de plomb.
Mais une question demeurait — une question qui le rongeait depuis le moulin. La corde cassée qu'il avait trouvée près de l'endroit où Will était mort, celle qu'il portait encore dans sa poche, avait le même nœud que celle de Mercer. Mais Will était mort avant la première bataille. Comment Mercer avait-il pu saboter une corde qu'il n'avait jamais vue ?
Et si le garde-capitaine n'était pas le seul à connaître ce nœud ?
Et si l'homme qui avait tué Will se trouvait encore parmi les archers, invisible, patient, attendant l'aube pour frapper ?
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