Le Serment de l'Empenneur
Lire le chapitre 17: The King's Council
La toile du pavillon royal se souleva sous la bourrasque, et Thomas entra comme une flèche dans la lumière des torches. Les visages se tournèrent — une douzaine de comtes et de chevaliers, des chanoines en robe, et au centre, sous le dais de velours bleu semé de léopards, le roi Henri lui-même, penché sur une carte tachée de cire.
La lance d’un garde croisa la gorge de Thomas avant qu’il eût fait trois pas.
— Un archer ! souffla le duc de Clarence. On laisse entrer les hommes de troupe, maintenant ?
— Sire ! Thomas jeta la lettre sur la table, entre les chandeliers et les gobelets d’étain. La lettre du capitaine Mercer. La trahison est écrite, noire sur blanc. Les Français frapperont notre flanc gauche à l’aube.
Un silence de fer. Puis le roi leva les yeux, et Thomas sentit le poids de ce regard — jeune, dur, usé avant l’âge.
— Qui es-tu ?
— Thomas Barrow, de la compagnie de Greyhill. Tireur de long arc. Et celui qui a vu le capitaine des gardes négocier avec un espion français au moulin, cette nuit.
— Négocier ? répéta Henri, la voix neutre comme une lame dans sa gaine. Et tu as survécu pour le raconter ? Remarquable.
Mercer se tenait à la droite du roi, immobile, les mains croisées devant lui. Ses gants — ces maudits gants — couvraient ses doigts. La marque des traîtres, cousue dans le cuir, invisible pour qui ne savait pas regarder.
— Sire, dit Mercer, d’une voix douce et peinée, cet homme a été vu cette nuit fuyant le moulin après l’incendie. Il a attaqué le lieutenant Roger, qui est maintenant sous les fers pour avoir prétendu la même chose. Il cherche à noyer le poisson en accusant un officier loyal pour couvrir sa propre désertion.
— Désertion ? Thomas cracha presque. Sire, il a tué mes hommes. Il a saboté les flèches de toute ma compagnie. Il a vendu l’heure de l’attaque au comte de Vendôme.
— Où sont tes preuves ? demanda Clarence, les doigts tambourinant sur la garde de son épée.
Thomas saisit la lettre et la retourna.
— Le sceau est brisé. Mais le capitaine n’a pas besoin d’encre pour trahir — il porte son crime sur la main. La même marque que sur les flèches faussées, que sur la corde qui a cédé sous mon doigt au premier assaut.
Le roi prit la lettre, la parcourut, et la laissa tomber.
— Forgée, dit-il. Une écriture trop nette. Un commandant qui veut salir mon capitaine des gardes n’aurait pas pris tant de soin.
Le sang de Thomas martela ses tempes.
— Sire, je vous jure sur l’âme de mon père —
— L’âme de ton père ne pèse pas lourd contre la parole de mon capitaine. Henri se redressa. Je connais Mercer depuis Azincourt l’autre jour, depuis Harfleur, depuis que nous avons mis le pied sur ce sol de France. Tu es un tireur hors rang, Barrow — j’ai entendu parler de toi. Mais un homme peut être brave et fou.
— Nous sommes tous fous à l’aube, dit une voix calme.
Greyhill s’avança du côté sombre de la tente, son manteau humide de pluie, sa barbe grise étincelante de gouttes. Il ne portait ni épée ni heaume — seulement son bâton de commandement, qu’il planta devant lui.
— Sire. Sir John Greyhill. Comme vous le savez, Roger Dampierre était mon écuyer. Son accusation m’a étonné, puis méfié — car c’est un homme que j’ai élevé, et non un menteur. Quand il m’a parlé de moulin, de nuit, de la voix de son propre maître, il m’a fallu choisir.
— Choisir ? fit Henri.
— Entre ma réputation et la vérité. Greyhill ôta son gant et montra une bague d’argent terni. J’ai envoyé cette bague à Barrow cette nuit, en signe de confiance. C’est lui qui est venu de la boue, pas Roger. C’est lui que je crois.
— Et moi ? demanda Mercer, dans un murmure qui portait pourtant. Sir John, vous me connaissez depuis des années. Nous avons chassé ensemble en Guyenne.
— Oui, dit Greyhill. Et c’est pourquoi je suis désolé de ce que je dois dire.
Il se tourna vers le roi.
— Quand on m’a apporté les flèches faussées de la compagnie de Barrow, j’ai fait marquer les boîtes d’un trait à la craie, après inspection. Cette nuit, j’ai envoyé un homme vérifier le dépôt. Certaines flèches ont été remplacées — mais pas les miennes. Seul quelqu’un qui sachait lire mes marques aurait pu les substituer.
— Et qui sait lire tes marques ? demanda le roi, lentement.
Greyhill ne répondit pas. Il laissa son regard glisser vers Mercer — un geste d’une précision si chirurgicale que même les plus lents saisirent.
Le capitaine ne bougea pas. Mais sa mâchoire se contracta.
— Voilà une accusation grave, dit Henri, la voix soudain durcie. Greyhill, prends garde. L’amitié ne pardonne pas les calomnies.
— Ce n’est pas une calomnie, dit Thomas. C’est une preuve.
Il fit un pas en avant, ignorant la lance toujours pointée sur sa gorge.
— Sire, demandez-lui de tirer son arc.
Un silence de glace.
— Quoi ? fit Clarence.
— La corde, dit Thomas. Pendant qu’il négociait au moulin, une corde a rompu sur mon arc. J’ai retrouvé la moitié — et le nœud est le même que celui de la corde du capitaine, celui qu’il utilise depuis que je suis dans cette armée. Demandez-lui de tendre son arc, ici, devant vous. S’il est innocent, la corde tient. S’il est coupable, elle cède.
Mercer éclata d’un rire sans joie.
— Mon arc ? Sire, cet homme divague. Une corde d’arc ne cède pas sur commandement.
— Non, dit Thomas. Elle cède quand on l’a limée à demi, au même endroit, avec le même soin que les flèches de ma compagnie. La seule différence, c’est que toi, tu sais quel côté tirer.
Le roi les regarda tour à tour. Puis il fit un signe.
— Mercer. Ton arc.
Le capitaine pâlit légèrement.
— Sire, je ne vois pas —
— Ton arc, répéta Henri. Je viens de te donner un ordre.
Un garde tendit à Mercer un arc de guerre — un arc d’if, long de six pieds, sa corde de chanvre soigneusement enroulée. Le capitaine le prit, lentement, comme on prend une couleuvre. Ses yeux allèrent de Thomas à Greyhill, puis à la sortie.
— Si je tire, dit-il, la pointe de la lance s’enfonça dans le cou de Thomas d’un pouce. Une autre suffira.
— Tire, dit Henri.
Mercer n’avait pas le choix. Il engagea la corde dans la coche, planta la base de l’arc entre ses pieds, et tira. Ses muscles se gonflèrent sous le velours. La corde geignit, s’étira, monta à mi-chemin — puis céda avec un bruit sec et propre.
Le bois claqua. Mercer chancela en arrière, l’arc brisé pendant à son bras, la corde coupée net au même endroit où la moitié de celle de Thomas s’était rompue — le nœud de traître, précis, au centre exact de la fibre.
Le roi ne dit rien. Pendant une seconde, la tente entière retint son souffle.
Puis Henri se leva, lentement, ses yeux ne quittant pas la corde pendante.
— Qui a limé ta corde, Mercer ?
Le capitaine recula d’un pas. Un autre. La main de Clarence se posa sur son épée, et Greyhill s’interposa entre Mercer et la sortie.
— C’est une erreur, dit Mercer, la voix soudain pâle. Une usure. Une corde vieille de —
— Vieille de trois jours, dit Thomas. Je l’ai vue neuve dans ton coffre avant la bataille de la nuit. Je sais ce que je sais.
Mercer fit volte-face. Il arracha un poignard de sa ceinture — l’acier jaillit dans la lumière des torches — et le roi lui-même ne bougea pas.
— Arrêtez-le, dit Henri, sans hausser le ton.
Les gardes bondirent.
Mais Mercer s’était déjà tourné vers la paroi de toile, le poignard levé pour tailler une issue. Il avait une chance — une seule — et il la prit.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.