Le Serment de l'Empenneur
Lire le chapitre 18: Captured
La lame du capitaine Mercer siffla dans l'air, cherchant la gorge de Thomas, mais les gardes du roi furent plus rapides. Trois lances convergèrent, et le capitaine bascula en arrière, le corps traversé de part en part. Il s'effondra sur le sol de la tente, la paille absorbant le flot écarlate qui jaillit de sa poitrine.
— Non ! Pas comme ça !
Le cri déchira la nuit, puis se mua en gargouillis. Mercer, à genoux, cracha du sang, ses doigts griffant le sol comme s'il pouvait arracher la mort elle-même. Thomas resta immobile, son arc encore tendu, les yeux fixés sur l'homme qui avait failli le tuer deux fois.
Le roi Henri s'approcha, son visage pâle éclairé par les torches vacillantes. Il contempla le capitaine mourant avec un dégoût froid.
— Tu avais juré fidélité à la couronne, Mercer. Tu as trahi ton serment, ton roi, et tes frères d'armes.
— Vos frères d'armes se sont vendus avant moi, sire, râla Mercer, les yeux déjà vitreux.
— De qui parles-tu ? Exigea Greyhill, la main sur la garde de son épée. Parle, ou que ton âme se damne avec tes mensonges.
Mercer rit, un son humide et brisé. Il tourna la tête vers Thomas, et un éclat de malice traversa son regard mourant.
— La flèche était destinée à l'archer, murmura-t-il. Et elle viendra de l'intérieur.
— L'archer ? Lequel ? Thomas s'accroupit à sa hauteur, saisissant le col de sa tunique maculée de sang. Dis-moi.
— Ce fieffé imbécile qui pense que ses boyaux valent mieux que ceux des chevaliers… Il chercha son souffle. Jean… Jean nous a dit que tu mènerais la compagnie de Greyhill. Jean savait. Il sait tout.
— Jean ? De qui parlez-vous, bon sang ? Rugit Greyhill, le visage rouge de fureur.
Mercer eut un sourire détaché. Ses doigts se crispèrent sur le poignet de Thomas.
— Ton écuyer n'est pas ce qu'il paraît, Barrow. Jean ne travaille pas pour toi. Il travaille pour la France. Et il n'est pas seul. Il y a un second plan. Un second… tunnel…
Ses yeux se révulsèrent, et son corps s'affaissa dans un dernier râle. Le silence s'abattit sur la tente, épais comme le sang qui s'étalait sur le sol.
Le roi se tourna vers Thomas, le regard dur comme de l'acier trempé.
— L'écuyer de Greyhill. Ce Jean. Vous en connaissez l'existence, Barrow ?
— Oui, sire. Je l'ai vu au camp. Il cire les bottes de Greyhill et remplit ses brocs de vin. Mais je n'ai jamais su d'où il venait.
Thomas jeta un coup d'œil à Greyhill, dont le visage s'était décomposé.
— Il y a un autre tunnel, sire, reprit Thomas. Mercer venait de le dire. La cachette de la herse n'est qu'une partie du piège. Ils veulent nous prendre de l'intérieur. Et si ce Jean est leur lien, il connaît les positions de nos archers mieux que quiconque.
Le roi fit quelques pas, les mains croisées dans le dos, ses éperons d'or argent retentissant sur le sol.
— On m'a appris à ne pas me fier aux rumeurs d'un traître mourant. Mais je t'avoue, Barrow, que les événements de cette nuit m'ont rendu méfiant envers mes propres officiers. Le capitaine Mercer était l'un de mes hommes de confiance, et il était corrompu jusqu'à la moelle.
Il s'arrêta devant Thomas, le dévisageant avec une intensité presque douloureuse.
— Tu m'as offert la vérité au prix de ta propre vie. Je te dois une chance. Tu as jusqu'à l'aube pour nettoyer mon camp de ces vermines. Après le premier chant du coq, je lève le camp et nous marchons. Si tu échoues, tu seras pendu pour trahison. Si tu réussis, tu auras ma gratitude et une bourse d'or. Va, Barrow.
Thomas salua brièvement, le cœur battant à tout rompre. Il ne lui fallut pas plus de dix secondes pour quitter la tente royale, Greyhill sur ses talons.
— Thomas ! Attends.
Greyhill le rattrapa par l'épaule, son visage crispé d'une angoisse qu'il ne cherchait pas à masquer.
— Ma bague. Mercer l'avait toujours sur lui. C'était le signal pour les Français. S'il a réussi à la donner avant de mourir, l'attaque viendra plus tôt que prévu.
— Je sais. Mais il y a plus pressé, lord Greyhill.
Les deux hommes atteignirent le bord de la tente des archers de Greyhill. Thomas s'arrêta soudain, la main sur le poteau de corde.
— Will.
— Ton compagnon ?
— Il n'est pas revenu de la rivière. Je l'ai envoyé chercher de l'eau avant que Mercer ne me capture. Il aurait dû être de retour depuis des heures.
Thomas sentit une main glacée lui serrer la nuque. Il avait cru que la trahison de Mercer était la fin du danger ; mais l'insistance de Mercer sur « un second plan » creusait un trou béant dans sa certitude.
— Si Will a été pris par Jean ou l'un de ses hommes, ils savent que nous sommes au courant. S'ils ont un tunnel sous la palissade, ils n'ont pas besoin de passer par les portes, ni par la herse. Ils peuvent déverser une centaine d'hommes au cœur du camp sans que personne ne donne l'alarme.
— Alors nous devons trouver ce tunnel et le sceller avant qu'ils n'y entrent, dit Greyhill. La carte, Thomas. Je t'ai donné la carte des passages secrets du camp.
Thomas fouilla dans son pourpoint, en sortit le parchemin froissé. Il le déroula à la lueur d'une torche, et ses yeux parcoururent les fines lignes encrées. Il n'y avait rien qui indiquât un tunnel extérieur.
— Rien. Ils l'ont creusé en secret, sans que les ingénieurs du camp n'en sachent rien.
Il replia la carte et la glissa dans sa ceinture.
— Il faut trouver Will.
— Par où commencer ?
Thomas regarda le ciel nocturne, comptant les heures qui restaient par la trajectoire de la lune. Trois heures, au plus. Avant l'aube, ses camarades seraient sur le champ de bataille, alignés pour un massacre. Et derrière eux, un trou dans la terre leur donnerait la mort par-derrière.
— La rivière. Il y va toujours au même endroit.
Il se remit en marche, Greyhill sur ses talons, traversant le camp endormi en silence. Les soldats dormaient dans leur tente ou jouaient aux dés en silence, ignorant le fragile équilibre au-dessus de leur tête.
Ils atteignirent la rivière en quelques minutes. La berge était boueuse, encore marquée par les sabots des chevaux venus s'y abreuver. Thomas s'accroupit, scrutant le sol à la recherche d'une trace fraîche.
— Ici, dit-il à voix basse.
Une empreinte, plus petite que celle d'un homme adulte, s'enfonçait dans la boue, talonnée par une deuxième, plus profonde. Quelqu'un avait fait glisser un corps.
— Des traces de traîneau, murmura Greyhill, suivant son regard.
Thomas remonta la trace des yeux, jusqu'à ce qu'elle longe la palissade et disparaisse derrière un bosquet de saules, là où la palissade semblait toucher le sol.
— Ils ne l'ont pas tué, murmura-t-il. Ils l'ont emmené de l'autre côté. Ils veulent l'interroger.
Il se releva, le visage gravé dans la pierre.
— Gardez ma route, lord Greyhill. S'ils sont une dizaine, je peux le ramener. S'ils sont plus…
Il n'acheva pas. Greyhill dégaina son épée, son acier luisant sous la lune.
— Nous y allons ensemble, Thomas. Un vieil homme et un archer maudit. Ils verront que la vieille Angleterre sait encore mordre.
Thomas lui jeta un regard en coin, esquissant une lueur de sourire qui mourut avant de naître. Il tapota sa ceinture, s'assurant que sa dague et son épieu étaient en place, et s'engagea dans le couvert des saules, bientôt avalé par les ténèbres, la promesse de l'aube suspendue au-dessus d'eux comme une lame.
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